Merci à Strider pour ses précisions
I. Nolan Bushnell et la préhistoire
des jeux video.
Voici une courte histoire d'un des plus grands
noms de l'industrie du jeu vidéo et de la micro-informatique.
Atari, est un terme qui provient du jeu de Go. En gros, "Atari !" est au
jeu de Go ce que "Echec !" est au jeu d'échecs. Le logo de la société représente
le mont Fuji, volcan situé (trop) près de Tokyo. Au départ, Atari a failli s'appeler
Sysygy, terme qui désigne l'alignement parfait de trois corps célestes, mais ce nom était
déjà utilisé par une entreprise de bâtiment. C'est
donc la société Atari que fonde Nolan Bushnell le 27 Juin 1972, et crée un des premiers
jeu vidéo commercialisés : Pong, à savoir le jeu de tennis où les joueurs
sont représentés par des bâtons, que tout le monde connaît. Bushnell n'est alors
pas un débutant en la matière puisque il a déjà à son actif la création
d'une machine d'arcade, Computer Space (éditée par Nutting Associates), mais celle-ci est
passée quelque peu inaperçue. Pour ce jeu, Bushnell s'était inspiré d'un projet
universitaire : Spacewar, crée en 1962 par Steve Russel (et ses amis
du MIT) sur un mini-ordinateur DEC PDP-1, un jeu plutôt complexe et difficile
prendre en main. De cet échec il tire la conclusion, et il sera un pionnier en la matière,
qu'un jeu vidéo ne peut avoir d'avenir que s'il est simple, compréhensible instantanément.
Pong découlera directement de cette idée qui, régulièrement au cours de l'Histoire
future des jeux vidéo, refera surface régulièrement.
Le concept de "tennis pour deux" n'est
pas non plus son invention, mais celle de Ralph Baer, l'authentique père
des jeux vidéo qui travaille sur l'idée depuis le début des années 50 mais
ne pourra en tirer une version commerciale qu'en 1973 avec la console Odyssey. Bushnell n'est donc pas
forcément le génie créatif que l'on présente souvent. En revanche il est clair
que la notion de jeu d'arcade est son idée. C'est même celle là qui va lui permettre
de devancer ses premiers concurrents.
Nolan Bushnell, le père des jeux d'arcade, et pionnier des jeux
vidéo modernes.
Le premier prototype de Pong est ainsi installé
dans un bar du nom de Andy Caps à Sunnyvale, Californie. Le succès est immédiat.
On raconte que Bushnell fut rappelé par le patron du bar au bout de deux heures, la machine étant
déjà tombée en panne, mais la vérité est qu'en fait le monnayeur, pris
d'assaut par les joueurs, avait atteint sa limite de contenance de pièces de 25 cents. Ainsi commençe
l'histoire d'Atari. Par un coup de génie, l'idée de lancer le jeu sous forme de machine
à sous permettant d'avoir un retour immédiat du public visé, argument solide pour
convaincre les investisseurs.
La borne d'arcade Pong.
Peu après la sortie de Pong, Bushnell
est poursuivi par la société Magnavox, qui fabrique et distribue l'Odyssey, première
véritable console de jeu de l'histoire (elle peut faire fonctionner plusieurs jeux, dont le tennis
inspirateur de Pong, grâce à des cartouches). Bushnell jure ne pas avoir copié les
travaux de Ralph Baer, mais ne parvient pas (et pour cause) à convaincre le juge, et Atari commence
à payer des royalties à Magnavox.

Pong (photo d'écran) et console Pong.
En 1973, le processus s'inverse : Atari remporte
un autre gros succès avec Ping-pong, un autre jeu d'arcade, qui est à son tour copié
par des dizaines d'autres jeux. En 1974, Atari triomphe avec des jeux tels que le fameux Tank, et un jeu
de football, toujours cantonnés aux bars et salles de jeu. Bien
que la majorité des employés de la société soit contre l'idée de faire
entrer les jeux vidéos dans les foyer, Bushnell désire produire une version grand public
de Pong, qui est finalisée dès la fin 1974. Grâce à la chute du prix des composants
et au fait qu'elle se limite à un seul jeu, cette version de Pong est vendue moins cher que l'Odyssey
tout en proposant de meilleurs graphismes, le jeu étant utilisable sur un téléviseur
couleur.
Début 1975, un investisseur de Sears propose à Bushnell de
lui acheter toutes les unités de Pong qu'il peut produire dans l'année et s'occupe de la
publicité et de la commercialisation. Pour les fêtes
de Noël 75, Pong est l'évènement dont tout le monde parle. En
1976, la console Fairchild Channel F est introduite sur le marché. Comme l'Odyssey, cette machine
offre la possibilité de jouer à différents jeux, sauf que ceux-ci sont stockés
dans les cartouches insérables alors que sur la console Magnavox les jeux étaient tous "contenus"
dans la console, les cartouches ne servant qu'à les débloquer. La Channel F peut donc accueillir
une ludothèque illimitée. Atari doit se dépêcher de contre-attaquer, car il
s'agît là d'une sérieuse menace de concurrence, et commence à travailler sur
un projet appelé Stella (dont l'un des développeurs n'est autre que Jay
Miner, futur créateur de l'Amiga), qui ne vient hélas pas à terme faute de crédits
suffisants. Bushnell ne désarme pas et s'accroche à la tête d'Atari, se mettant en
quête de nouveaux capitaux.
En Octobre 1976, Atari est racheté par la Warner pour 28 millions de dollars. Une nouvelle ère
commence. Warner veut faire d'Atari un grand nom du jeu vidéo,
et investit 100 millions de dollars dans le projet Stella, futur VCS (Video Computer System), console
de jeu fonctionnant avec des cartouches, en basant la recette du succès sur le marketing.
II. L'ere des consoles.
L'Atari VCS 2600, qui s'est vendue à plus de 25 milions d'exemplaires
En octobre 1977, la VCS est commercialisée
pour un prix de 200$ qui entraîne dans un premier temps peu de profit, ainsi que 9 jeux développés
par les programmeurs maison. C'est une période difficile, qui va aboutir au départ de Nolan
Bushnell, congédié par les dirigeants de Warner pour ses methodes de travail trop décontractées. La division jeu d'arcade d'Atari va par la suite rencontrer une féroce
concurrence, de la part notamment de Bally (qui lance en 1978 la console Professionnal
Arcade). En 1978 Taito, une société Japonaise, crée un jeu d'arcade nommé
Space Invaders, qui rencontre un énorme succès. Malgré
ces menaces sérieuses, Atari aura son mot à dire, grâce à un grand nombre de
jeux développés, comme Asteroids, sorti en 1979.
Mais revenons à 1978. Atari pénètre le marché de la micro-informatique familiale
en annonçant les ordinateurs Atari 400 et 800 (qui ne seront lancés que l'année suivante).
Plutôt que de créer des modules permettant de transformer leur console en ordinateur, ce
sont de tout nouveaux systèmes qui sont produits, basés sur le microprocesseur 6502, ainsi
que différents périphériques. Nolan Bushnell quitte Atari, et la direction adopte
alors un nouveau style : l'heure du costume-cravate et des horaires flexibles est venue, fini l'état
d'esprit hippie. Un premier produit, Touch Me, une sorte de version portable de Simon (encore une création
de Ralph Baer que Atari repompe !), est ainsi commercialisé. C'est le premier jeu portable d'Atari.

Atari 400 et 800, et Touch Me.
En 1979 et 1980, les jeux vidéos deviennent
de plus en plus populaires. Atari sort 12 nouveaux jeux pour VCS, et signe avec Space Invaders la première
licence d'adaptation d'un jeu d'arcade pour console (et en plus c'est une vraie réussite : l'adaptation
est parfaite). Lorsque le jeu, en Janvier 1980, sort de l'archipel japonais pour conquérir les
salles d'arcade du monde entier, beaucoup d'américains achètent une console VCS pour pouvoir
y jouer chez eux. Rien ne semble alors pouvoir arrêter Atari. Pourtant,
c'est aussi pendant cette période que des programmeurs de jeux de génie qui travaillent
pour la société se révoltent contre une direction qui les traite en techniciens plutôt
qu'en artistes. Ainsi durant l'année 1980, David Crane, Alan Miller, Bob Whitehead et Larry Kaplan
quittent Atari pour fonder Activision, une société qui, dans un premier temps, développera
des jeux pour VCS.
L'une des clés du succès d'Atari sur le marché des consoles
de jeux est sa capacité à produire de bonnes adaptation pour VCS des jeux d'arcade qui ont
bien marché, comme Missile Command en 1981. C'est aussi en 1981 qu'est annoncée leur nouvelle
console, appelée Atari VCS 2600. Depuis la VCS, la technologie a beaucoup avancé, et la
VCS 2600 ne reflète pas cette avancée, aussi Atari sort également la VCS 5200, qui
correspond en gros à un Atari 400 sans clavier et équipé d'un joystick analogique,
capable de graphismes bien supérieurs à ce qu'offre la 2600. Si
la 2600 est un triomphe historique, la 5200 ne connaît pas le succès, principalement à
cause de son incompatibilité avec la 2600 qui réduit son parc de jeux disponibles, et aussi
parce que le public de l'époque n'est pas demandeur de l'utilisation d'un joystick analogique pour
jouer.
La 2600, en revanche, se vend tout de suite très bien (y compris en
Europe, où le jeu vidéo commence enfin à percer), et en 1982 un nouvel engouement
pour les jeux vidéos est suscité par l'adaptation sur cette console de Pac-Man,
qui est un énorme succès malgré la pauvreté de ses graphismes (comparé
à la version arcade). Des concours de Pac-Man sur 2600 s'organisent dans les rayons jeux vidéos
des grandes surfaces, et les gamins sont hypnotisés. Atari, qui est devenu une des sociétés
les plus reconnues au monde, tous secteurs d'activité confondus, emploie 10.000 employés
et possède plusieurs buildings dans la Silicon Valley. Il ne
faut pas oublier qu'en plus du marché des consoles, Atari brigue une bonne place durant ces années
sur le marché des micro-ordinateurs. Bien que leurs produits, les Atari 800 XL, ne soient pas reconnus
comme des systèmes semi-professionnels pour des raisons liées à l'image de leur constructeur
(à l'époque, les jeux vidéo sont encore exclusivement vendus dans les magasins de
jouets), ils excellent dans un usage familial grâce à leur jeux et leurs applications éducatives.
L'Atari 800 XL
1983 marque la fin de l'ère des consoles
de jeu. Celles ci subissent une concurrence terrible de la part des micro-ordinateurs qui les dépassent
en terme de jeu, tout en proposant de nombreuses autres applications. De plus, peu de nouveaux jeux vraiment
originaux sortent. Au salon Winter CES (Computer Entertainment Show)
de 1984, Atari surprend pourtant tout le monde en présentant la console VCS 7800, qui offre d'excellents
graphismes et une totale compatibilité avec la 2600. Mais la commercialisation est encore loin.
III. Des hommes nommés Tramiel
Le marché du jeu vidéo grand public
(c'est à dire, à l'époque, sur console) est mort, les micro-ordinateurs d'Atari sont
à la traîne derrière les Commodores et les Apples et ne décollent pas. Warner
veut en finir. En 1984, Atari est ainsi revendu, à Jack Tramiel,
le fondateur de son pire ennemi, Commodore, qu'il vient de quitter pour fonder TTL (Tramiel Technology
Limited) dans le but de développer un micro-ordinateur 16-bit. Tramiel est l'exemple même
du "self-made man", un immigrant Polonais, rescapé de l'Holocauste, qui a fait fortune en Amérique
dans les années 50. Le rachat d'Atari lui permet d'associer son projet à un grand nom de
l'industrie, bien qu'avec Atari, de nombreux problèmes financiers se posent. Tramiel possède
la division micro-informatique d'Atari, la division jeux d'arcade restant propriété de la
Warner, rebaptisée Atari Games. La première chose que
Tramiel fait à son arrivée est de nommer à la tête d'Atari ses lieutenants,
qui travaillaient pour lui chez Commodore. Il s'entoure aussi de ses trois fils, Sam, Leonard et Garry.
Ils épurent au maximum les effectifs et se concentrent sur le marché des micro-ordinateurs.
Leur première action est de casser les prix des Atari 400 et 800 XL.
Jack Tramiel, entouré de ses fils Gary, Sam et Leonard
Au Winter CES de 1985, à Las Vegas, les
Tramiel et leur équipe présentent les nouveaux ordinateurs Atari. Il y a d'abord un nouveau
8-bit, l'Atari 800 XE, qui est compatible avec les précédents, mais les vraies stars du
show sont les 130 ST et 520 ST. Ces ordinateurs 16-bit sont basés sur le puissant microprocesseur
MC68000 de Motorola, et possèdent une interface graphique, le GEM de Digital Research, très
similaire à celle des Macintosh d'Apple. Mais le plus incroyable de l'affaire est le prix annoncé
: 599$ pour un 520 ST avec 512 Ko de RAM. Le tiers du prix d'un Macintosh, pour une machine comparable,
avec un affichage en couleurs en prime. La présentation fait l'effet d'une bombe, mais il reste
encore de longs mois de travail pour l'équipe de développement, centrée sur Shiraz
Shivji, avant la commercialisation. En dépit des rumeurs défavorables,
l'Atari ST est bel et bien lancé à l'été 85, et commence une course contre
Commodore qui vient de sortir également un ordinateur 16 bits, l'Amiga,
après avoir racheté la petite société du même nom qui à initié
le projet.
L'Atari 520 ST
Dans l'équipe de développement
de l'Amiga figurent des ingénieurs qui ont travaillés sur les Atari 400 et 800, et à
l'époque ou Atari appartenait à la Warner, celle-ci avait investi dans la société
Amiga. De cet imbroglio débouche une longue bataille juridique entre Commodore et les Tramiels. L'Atari ST est un succès, et 1986 voit la sortie du 1040 ST, le premier
micro-ordinateur grand public à atteindre 1 Mo de RAM. Son prix est toujours aussi serré.
Atari reprend du poil de la bête, d'autant plus que les consoles VCS 2600 sont toujours sur le marché.
Celles-ci se voient relookées, pour un design plus moderne et dépouillé, et la console
7800 commence enfin à se vendre un peu. Beaucoup de rumeurs
circulent, et à chaque salon les yeux sont en majorité braqués sur le stand Atari.
L'année 1987 est celle de la PAO (Publication Assistée par Ordinateur). Atari annonce la
sortie des Mega ST 1, 2 et 4 (en fonction du nombre de mégas de RAM), et d'une imprimante laser
Atari. Pour la première fois, un système complet de PAO complet est vendu moins de 3000$.
Atari attaque aussi le marché des PC avec l'Atari PC1.

L'Atari Mega ST, et le TT
L'Atari PC1, le PC selon Atari
La demande pour les Atari ST grandit plus vite
que ce que les chaînes de montages ne peuvent produire. La compagnie se concentre sur les demandes
qui viennent d'Europe, car le ST y est surtout vendu en tant que machine de jeux, et c'est là qu'il
y a de l'argent à faire. En 1988, deux nouveaux ordinateurs sont annoncés, le TT et l'ATW,
aux sujet desquels des rumeurs circulent depuis 86, selon lesquelles il s'agirait de systèmes Unix
à base de CPU 68020. Atari révèle qu'en plus d'Unix, le TT pourra tourner sous TOS,
le système d'exploitation des ST accompagné du GEM et qu'ils seront compatibles avec les
ST et Mega ST. L'ATW quant à lui est une machine fabriquée en Angleterre, basée sur
le processeur Transputer qui promet une grande puissance. Une autre nouveauté est présentée
cette année là, le Stacy, un ST portable, dont la carrière tournera court à
cause de ses problèmes d'autonomie et de poids. Le ST est, lui, devenu l'ordinateur préféré
des musiciens grâce à son interface MIDI intégrée et au logiciel Pro 24, futur
Cubase. C'est tout spécialement à eux que le Stacy s'adresse, mais ceux-ci attendront le
ST Book sorti deux ans plus tard pour franchir le pas.
Au cours d'une convention Atari 1989 à Düsseldorf, le TT est
présenté. Cette puissante machine, architecturée autour du CPU Motorola 68030 s'adresse
avant tout aux utilisateurs de PAO, mais on est encore à un an de sa commercialisation. Le STE
1040 est aussi présenté, un ST qui offre de meilleures possibilités sonores que le
ST, rattrapant le retard sur l'Amiga. Atari possède aussi une
gamme complète de PC, ainsi qu'un petit ordinateur portable qui sert d'organiseur personnel amélioré,
le Portfolio, qui se vend très bien. Entre temps, les consoles
sont réapparues en force sur le marché (pour ne plus le quitter cette fois) avec Sega
et Nintendo. 1989 est donc aussi l'année de la Lynx,
la console de jeu portable d'Atari, qui prétend détrôner la Game
Boy (Nintendo) en apportant la couleur (et la lumière) à son affichage LCD.


Le Stacy, le STBook, et le Portfolio.
On peut voir qu'Atari, dirigé par Sam
Tramiel, est présent sur tous les fronts. Le responsable de l'ingénierie est Richard Miller,
un des ingénieurs qui ont travaillé sur le Transputer. Leonard Tramiel dirige le développement
du TOS, et Henri Plummer celui des systèmes pour Unix. Quant au département jeux vidéos,
il est sous le contrôle de John Skruch. Au salon CeBIT de 1990, Atari fait une première démonstration
du TT tournant sous Unix, six mois après son lancement, faisant pour l'occasion passer la fréquence
du CPU de 16 à 32 Mhz. Les systèmes Atari Transputer (ATW) sont montrés de salon
en salon, mais leurs ventes ne décollent pas. Le TT connaît un relatif succès auprès
des utilisateurs de PAO (notamment la presse), grâce notamment à un puissant logiciel nommé
Calamus, ainsi qu'un traitement de texte (français) nommé Le Rédacteur, qui est un
des meilleurs au monde (surtout en ce qui concerne la correction orthographique, et du reste Libération
a été rédigé quelque temps avec le Rédacteur et réalisé
avec Calamus, sur TT, à moins que ce ne soit sur Mega ST, ça reste à vérifier).
Plutôt que de commercialiser ses systèmes Unix cette année, Atari préfère
attendre que la version V.4 de leur système d'exploitation soit finalisée, les promettant
pour début 91.
En 1991, Atari remplace la ligne Mega ST par les Mega STE 2 et 4, dont le
CPU 68000 est cadencé à 16 Mhz, équipés d'un disque dur et d'un bus VME. Deux
autres machines sont présentées au CeBIT de 1991, le STBook et le STPad. Le premier est
un organiseur personnel portable à forte autonomie basé sur une architecture ST, un CPU
68000 avec 1 Mo de RAM et une mémoire de stockage de 1Mo qui compense l'absence de lecteur de disquette,
et le deuxième est identique au premier mais équipé à la place du clavier
d'un système de reconnaissance d'écriture manuscrite. Le STPad ne sera jamais commercialisé,
et le STBook sera vendu en petites quantités, et en Europe uniquement, début 92.
C'est cette même année qu'Atari lance son ordinateur multimédia,
le Falcon 030. Ce 16-bit propose un affichage en couleurs "true color 16-bits" (65536 couleurs sur une
palette de 262144), un processeur Motorola 68030 et un DSP (Digital Sound Processor, qui permet un travail
très poussé sur le son). Le TOS est à l'occasion entièrement revu et mis à
jour, et un autre OS fourni nommé MultiTOS offre de vraies possibilités multi-tâches.
Le système sous Unix est enfin lancé à la fin de l'été après
deux ans de developpement. Les fans d'Atari dans le monde entier attendent une autre machine avec impatience,
celle-ci étant annoncée depuis l'été 91, le puissant Falcon 040, et son CPU
68040.

L'Atari Falcon 030.
IV. La fin d'une époque
A ce moment, les grandes compagnies que sont
Atari, Commodore et Apple subissent une forte concurrence des compatibles PC à bas prix importés
de Taiwan. Avec l'apparition de Windows 3.0, le PC se met enfin à l'heure de l'interface graphique
utilisateur, et reçoit le soutien d'un grand nombre de sociétés de développement
logiciel à travers le monde. Les ventes d'Atari et de Commodore ne sont plus ce qu'elles étaient.
Une période de doute et de remise en question commence. Les
Tramiel réalisent que si le marché de la micro-informatique leur est devenu difficile, il
reste de l'argent à se faire avec les jeux vidéos et les consoles. Atari se lance dans l'étude
d'une console 64-bits révolutionnaire, la Jaguar. Le design original est
confié à une compagnie anglaise nommée Flair, dont les ingénieurs sont rapidement
transférés de l'autre côté de l'Atlantique, et le développement est
dirigé par John Matheson. 21 ans après Pong, Atari se lance de nouveau tête baissée
dans le jeu vidéo.
En Novembre 1993, Atari présente la Jaguar à New York, et le
lancement commercial a lieu en Décembre. La Jaguar est à l'époque la console de jeu
la plus puissante jamais vue, du moins sur le papier. Malheureusement, l'année suivante ne verra
qu'un petit nombre de jeux sortir qui plus est pas tous intéressants ni vraiment impressionnants
techniquement. Ce n'est qu'à Noël 94 qu'Atari édite des jeux valables, comme Alien
vs Predator (un hit adapté sur de nombreux formats, mais les défenseurs de la Jaguar soutiennent
non sans raison que leur version est la meilleure). Eté 95, Atari produit des périphériques
CD-ROM pour Jaguar. Il est clair que la compagnie a totalement abandonné le marché des ordinateurs
pour celui du jeu vidéo, mais les ventes de la Jaguar et de la Lynx sont largement en dessous des
objectifs, en raison notamment d'un manque flagrant de marketing.

La Jaguar et la Lynx.
Atari n'a alors plus qu'à se rabattre
sur l'édition de jeux pour PC. Début 96, les Tramiels
assurent à Atari deux rentrées d'argent considérables. L'une par la vente d'usines
Taiwanaises, l'autre grâce à un procès gagné contre Sega après un litige
sur des licences de jeu. Ils renoncent au marché du jeu vidéo, jugé trop aléatoire,
et préfèrent investir dans un autre secteur. Une opportunité se présente lorsque
Tom Mitchel de JTS, une société qui fabrique des disques durs, leur propose une association.
Mitchel a déjà vendu des disques durs à Tramiel à l'époque de Commodore,
et à participé au développement de Seagate et Conner, deux grands noms du HD. Le
produit le plus novateur que prépare JTS est un disque dur de 3 pouces pour organiseurs personnels
électroniques et une association avec Atari pourrait, grâce à la main d'oeuvre et
aux usines ainsi acquises, les aider à faire face à la demande. Le
30 Juillet 1996, la fusion est officielle, et Atari devient une subdivision de JTS. Atari revend par la
suite de nombreuses licences de jeu et continue quelque temps à vendre ses Jaguar et ses Lynx.
Après 25 ans passés au sommet, Atari est devenu une entreprise de seconde zone.
V. Atari bradé, Atari français, Atari
qui renait
Le 23 Février
1998, JTS vend pour 5 millions de $ ses parts d'Atari à Hasbro Interactive, qui fait de la Jaguar
une plate-forme ouverte à tous les développeurs. Il est maintenant possible de vendre, sans
avoir à verser de droits à Hasbro, des jeux ou des périphériques pour cette
console, qui bénéficie en dépit de son échec commercial du soutien d'un certain
nombre de fans. Le 14 Mai 1999, à l'E3 de Los Angeles, Hasbro annonce qu'Atari sera son label préférenciel
pour l'édition de jeux vidéo. Peu après, on voit apparaître dans les bacs des
jeux Atari pour PC, N64 et Playstation, vendus à des prix "budget". Il s'agit de versions 3d des
classiques de la compagnie : Pong, Missile Command, Frogger ou Star Raiders. Hasbro entend ainsi rentabiliser
ces licences qui furent jadis prestigieuses. Ces sorties ont peu de répercussions. Les joueurs
modernes préfèrent des concepts nouveaux, ou se replonger carrément dans les versions
originales des hits d'antan grâce à l'émulation. Atari est donc toujours vivant au
travers de ces rééditions, mais ses propriétaires enferment toujours plus le label
dans le rayon des reliques d'un autre âge.
A partir de 2000, des rumeurs commencent à
filtrer : Infogrames serait intéressé par le rachat d'Hasbro. Les rumeurs disent même
qu'il ne s'agirait pas d'un simple rachat, mais qu'Infogrames désire à terme être
tout simplement rebaptisé Atari. Pendant l'année qui suit, on voit Bruno Bonnell, le patron
d'Infogrames, s'afficher avec un t-shirt Atari un peu partout. En
fait, il s'agit d'une opération de communication à usage des USA. L'implentation d'Infogrames
aux USA ne donne pas les fruits espérés. La société lyonnaise, côtée
en bourse, n'est pas au mieux à Wall Street. Rien de tel dans ce cas que de lui donner une image
familière aux yeux des Américains. Le rachat d'Hasbro aurait donc été essentiellement
motivé par la possession du label Atari. En Juin 2001, des
rumeurs qui commencent à être prises pour argent comptant tant elles sont persistantes prétendent
qu'Infogrames ne va plus vendre de jeux au USA que sous le label Atari. Cette opération ne concernerait
pas seulement l'exploitation des licences Atari, mais tous les jeux édités par Infogrames. En attendant, le 18 Juillet, Infogrames lance une compilation de 12 classiques
Atari pour PC et Dreamcast intitulée Atari Anniversary Edition, célébrant le 30e
anniversaire de la marque.

Qu'est-ce donc ? Une nouvelle console Atari ?
En 2001, Bruno Bonnell révèle officiellement son plan : Infogrames
va progressivement devenir Atari. Il promet toutefois que le label sera uniquement
associé à des jeux importants et novateurs. On entre alors dans
l'ère des consoles 128-bits, qui vont faire une lourde concurrence au PC
sur le marché du jeu vidéo, prenant même progressivement le
dessus. Sega a ouvert le bal avec la Dreamcast, puis s'est retiré, faute
de moyens financiers, avant que Sony ne lance la PS2 et n'entame de longues années
de règne sans partage, suivi par Nintendo (Game Cube et Game Boy Advance)
et Microsoft (Xbox, première console américaine à perdurer
depuis bien longtemps). L'Atari nouveau développera sans distinction sur
tous les formats existant. Le succès est bien souvent au rendez-vous, avec
notamment des titres comme Enter the Matrix et Driver 3, qui squattent le haut
des charts pendant de longs mois, ou encore de sympathiques initiatives comme
l'édition officielle d'Ikaruga sur Game Cube
ou le rachat de la licence Donjons&Dragons (avec à la clé l'excellent
D&D Heroes)... En 2004, Atari est devenu un éditeur important, qui
lance une très grande quantité de jeux et entend tenir la dragée
haute à Ubi Soft ou même Electronic Arts avec des titres comme Rollercoaster
Tycoon 3, Sid Meier's Pirates (version modernisée du classique sur 16-bits)
ou la série des Unreal Tournament, très populaire chez les joueurs.
Fin 2004 survient un
évènement dont on ne sait pas encore s'il va avoir une réelle
portée historique pour Atari : le retour de la VCS 2600, relookée,
rebaptisée Atari Flashback et vendue pour environ 45$ (elle ne sortira
qu'aux USA) avec deux manettes et 20 jeux d'époque (dont un inédit
!) inclus dans la console elle même. La console a un aspect à la
fois moderne et rétro, et les manettes semblent bien plus ergonomiques
que celles que la console utilisait il y a 25 ans...
a suivre.....
Laurent