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NEC PC Engine (Turbo Grafx-16)
(1987 - 1994)

 
 

NEC PC Engine (Japon et Europe) et

- Merci à Petitevieille pour ses infos -

Lancement et carton au Japon

Au Japon, en Octobre 1987, le géant de l'électronique NEC (Nippon Electronic Company) entre dans le marché des jeux vidéo avec une console voulue de "nouvelle génération", la PC Engine. Bien que ne payant pas de mine avec son boîtier tout petit (il a la taille d'un lecteur de CD portatif), la PC Engine est une console puissante, et avec son processeur graphique 16-bits capable d'afficher 256 couleurs dans toute une variété de résolutions et son processeur sonore 6 voies, elle surpasse la Famicom en tous points, bien que son microprocesseur soit le même, à savoir le 6502 (8-bits), cadencé cette fois à 7.6 Mhz. La PC Engine utilise des jeux stockés sur des cartes mémoires, qui changent des habituelles cartouches, appelées HuCards ou Turbochips. C'est aussi une des premières consoles à utiliser un lecteur de CD-ROM (avec l'extension Super CD-ROM²) pour ajouter aux jeux des musiques enregistrées par un orchestre et des séquences vidéo. Au Japon, la PC Engine connaît une popularité énorme, menaçant pendant un temps la suprématie de la NES.


Exemples de jeux sur PC Engine : Turrican (aussi bien que sur Amiga !) et Cadash.
 

Dérapage aux USA


Nec Turbo Grafx-16 (USA)

En 1989, deux ans après son introduction sur le marché Japonais, NEC annonce ses projets de commercialisation mondiale de la PC Engine suite au renouveau des consoles initié par le succès de la NES aux USA. Avec sa cohorte de jeux d'origine Japonaise et ses excellentes performances, le succès de la console semble assuré.A l'époque, la NES est le système numéro 1 aux US. La production de cartouches pour Atari 7800 s'est arrêtée, et la Sega Master System ne perce vraiment qu'en Europe. Les micro-ordinateurs imposent de nouveaux standards en matière de graphisme et de son, et la NES commence à être gravement dépassée, ce qui laisse penser qu'une nouvelle console réellement plus puissante pourrait la détrôner.

Peu après l'annonce de la sortie de la PC Engine aux USA, Sega présente la Megadrive (sortie au Japon un an après la PC Engine) au public Américain pour qui elle s'appellera la Genesis. Au Japon, la Megadrive est victime d'une désaffection étonnante de la part du public, qui s'explique peut-être par le lecteur de CD-ROM disponible pour la PC Engine qui lui donne un aspect plus novateur, en dépit de sa légère infériorité graphique et sonore sur la 16-bits de Sega. Aux USA, NEC ne voit donc pas la Genesis comme une menace sérieuse pour la TurboGrafx-16 (appellation Américaine de la PC Engine). Relookée dans un boîtier plus imposant (on est en Amérique, ne l'oublions pas), la TG16 à plus de jeux sur son catalogue, et elle utilise le support CD-ROM. C'est à Noël 1989 que la guère commence.


Keith Courage in Alpha Zone

Les ventes des deux machine décollent rapidement, grâce aux campagnes de promotion agressives de NEC et Sega. Sega s'appuie sur ses jeux d'arcade, très populaires, et livre la Genesis avec Altered Beast, une conversion très médiocre d'un de ses succès en arcade. La TG-16, quant à elle, ne fait guère mieux en la matière avec Keith Courage in Alpha Zone, le jeu avec lequel elle est livrée, qui fait passer Altered Beast sur Genesis pour un chef-d'œuvre.Au bout de quelques mois, il devient évident qu'aux USA la Genesis est préférée des joueurs à la PC Engine. Cela s'explique peut-être par la sortie de Phantasy Star 2, un jeu de rôle à la Japonaise (le premier volume était sorti sur Master System) qui est une pure merveille, et dont il n'existe pas d'équivalent dans la ludothèque de la TG-16.

De plus, le nombre de bits du microprocesseur devient pour la presse spécialisée comme pour le public une véritable obsession, et la NEC n'a de 16-bits que son processeur graphique, contrairement à la Genesis qui arbore fièrement son MC68000, processeur 16-bits qui la met au niveau des Atari ST, Amiga et Macintosh.Pourtant, au vu des jeux, la supériorité de la console de Sega sur sa concurrente est loin d'être aussi évidente. Les graphismes des deux machines sont équivalents et le son est peut-être légèrement plus percutant sur Genesis, mais à peine. Il n'y a guère que la vitesse globale des jeux qui trahissent une certaine différence en faveur de Sega.


Bonk Adventure

Pendant la cruciale première année d'exploitation de la TG-16 aux USA, 1990, NEC met un temps regrettable à traduire en Anglais les jeux Japonais qui ont cartonné sur sa console. De plus, ce ne sont pas toujours les meilleurs titres (la série des Bonk ou Military Madness) qui sont mis en priorité. Certains titres excellents ne peuvent par ailleurs pas être exploités aux USA à cause des contrats d'exclusivité sur le territoire Américain que Nintendo a fait signer à leurs développeurs, et qui les oblige à ne sortir que les versions NES. Ces abus perpétrés par Nintendo ne seront vilipendés que beaucoup plus tard par la justice Américaine, et feront beaucoup de mal à la TG-16. Hudson Soft, par exemple, est le principal développeur sur NEC PC Engine au Japon, mais réalise des profits énormes avec les versions NES de ses jeux aux USA. Sortir ses nouveaux titres sur TG-16 aux USA signifierait se priver des versions NES, et de millions de ventes assurées, pour se consacrer à une console qui à du mal à percer face à sa concurrente principale. Du coup, de tous les titres qui avaient marché au Japon, seul Bomberman sera exploité sur TG-16.


Bomberman

Sega est beaucoup moins affecté que NEC par la politique tentaculaire de Nintendo, dans la mesure où de nombreux développeurs se rangent du côté de la Genesis, et les adaptations des jeux d'arcade de Sega sont à elles seules en mesure de fournir une base satisfaisante.
 


La PC Engine (ici une Core Grafx) et son lecteur de CD, le Super CD-ROM²

Autre coup fatal porté à la carrière de la TG-16 aux USA, le lancement raté du Super CD-ROM². Alors qu'au Japon, la quasi-totalité des possesseurs de PC Engine en ont un, en faisant une composante indispensable de la console, il est vendu beaucoup trop cher, et se montre très difficile à trouver en dehors des grandes chaînes de magasins de jouets. De plus, bien qu'il y ait des centaines de jeux au Japon sur CD-ROM, la plupart sont des jeux de rôles bourrés de voix et de textes longs et coûteux à traduire. Ils seront pour ces raisons laissés pour compte, laissant aux seul public Japonais le plaisir de jouer à ces excellents titres, et provoquant l'échec complet du TurboGrafx Super CD-ROM² aux USA.
 

En Europe

En Europe, la PC Engine est lancée en même temps que la TurboGrafx-16 aux USA, mais sous son appellation originale. Elle fait l'objet d'excellentes critiques de la part de la presse spécialisée, qui la voit comme la première console 16-bits, et obtient un succès indéniable à l'occasion de sa sortie. Hélas (pour elle), elle sera totalement effacée des esprits dès l'apparition de la Megadrive un an plus tard. Un relooking ultérieur et un nouveau nom (Core Grafx) n'y feront rien. Le lecteur de CD-ROM ne fera qu'une apparition furtive dans nos contrées.Le fait que toutes ces consoles sortent en Europe sous le même nom qu'au Japon, alors qu'elles sont rebaptisées lors de leur sortie aux USA, n'est pas un signe que les Japonais se sentent d'une culture plus proche de la nôtre, mais que ceux-ci se préoccupent beaucoup plus du succès de leurs produits sur le marché Américain, très porteur d'un point de vue financier, et symbolique sur le plan de l'histoire de ces deux pays. C'est surtout vrai pour la PC Engine, dont l'exploitation Européenne n'a tout simplement pas été prévue par NEC, pas plus que n'avaient été  assurés efficacement les lancements Européens de produits très populaires au Japon comme le MSX, ou dans une moindre mesure la NES. En France, la PC Engine est donc distribuée par la Sodipeng (Société de Distribution de la PC Engine), une entreprise créée spécialement dans ce but, qui importe directement les jeux et consoles dans leur version originale, affraichissant du coup les utilisateurs des problèmes de compatibilité entre les versions Européenes et Japonaises qu'on constatera par la suite pour d'autres consoles et le passage du 60Hz au 50Hz qui est la bête noire des joueurs.

Si les consoles et micros Japonais ont attendu longtemps avant d'être distribués en Europe par leurs fabricants même, la commercialisation Américaine de tels produits s'est faite à chaque fois avec prudence, tactique, et après une étude de marché approfondie. Les premiers ayant ainsi obtenu le jackpot aux US sont Nintendo et la NES, et tous les autres constructeurs se sont par la suite inspirés de l'exemple. Même si aujourd'hui les choses sont plus équilibrées, l'Europe continue d'arriver le plus souvent en dernier dans le calendrier de sorties des jeux et consoles Nippons les plus attendus.


La Core Grafx, un clone tardif de la PC Engine pour le marché Européen
 

NEC passe la main


La PC Engine Duo de TTI

En 1992, NEC revend les droits de distribution de la PC Engine et des ses jeux à TTI (Turbo Technologies Inc.), une entreprise formée par des anciens de NEC et Hudson Soft. Le lancement du lecteur de CD-ROM de Sega (le Mega-CD, ou Sega CD) est imminent, et TTI prépare une nouvelle version de la PC Engine, sous la forme d'une unité compacte comprenant la console et son lecteur de CD-ROM, vendue sous le nom de Turbo Duo aux USA et en Europe et Duo au Japon.Cette nouvelle incarnation de la PC Engine, nantie du System Card 3.0, une nouvelle version de sa carte mémoire système plus puissante, et d'un prix plus bas que sa grande sœur (200$), a tout pour mettre la pâtée à Sega.

TTI commence une campagne promotionnelle agressive, dont les meilleures heures sont vécues avec les publicités "Johnny Turbo" qui apparaissent dans les magazines américains. Ces publicités se présentent sous la forme de courtes bandes dessinées figurant un héros nommé Johnny Turbo, un détective privé qui lutte contre la compagnie "Feka" (référence évidente à Sega), qui veut laver le cerveau des enfants en leur faisant croire que leur piteuse extension CD-ROM est une vraie console CD. A chaque fois, Johnny Turbo sort vainqueur et rappèle en guise de conclusion que la Turbo Duo est la seule console CD authentique. (sous-entendu, le Sega CD nécessite de posséder une Genesis, et donc ce n'est pas une vraie console).Le problème de cette campagne est que Sega n'a jamais prétendu que le Sega CD était une console complète. Les publicité et l'emballage spécifient clairement qu'il s'agit d'une extension pour Genesis. De plus, les publicités pour Sega s'avèrent beaucoup moins belliqueuses envers la concurrence, et plus amusantes (dans l'ensemble, toutes les publicités Sega, à l'époque, sont basées sur un seul effet humoristique : une personne hurle "Sega !" dans l'oreille d'une autre !).Quoiqu'il en soit, la Turbo Duo est un flop. TTI ne fait pas mieux que NEC dans le suivi du lancement de son produit, et les jeux de qualité sont aux abonnés absents (à l'exception d'Exile, excellente traduction d'un jeu superbe sorti au Japon).

A l'époque, la Super NES est déjà sortie, et après des débuts difficiles, commence à bien marcher, grâce au support de nombreux développeurs de jeux, chose qui manque cruellement à la Turbo Duo. Bien que le Sega CD soit lui aussi loin des objectifs annoncés, il surpasse les ventes de la Turbo Duo facilement. Fin 1993, époque de l'arrivée des premières consoles 32-bits (comme la 3DO), la console de TTI a déjà pratiquement disparu du marché.
 

Les jeux

L'émulation PC Engine sur PC est une affaire qui roule, c'est le moins qu'on puisse dire. Presque tous les titres sont disponibles en téléchargement sur des sites spécialisés, et les émulateurs ne manquent pas. Toutefois, le meilleur d'entre eux, Magic Engine, n'est pas freeware. Il vous faudra débourser quelques deniers pour pouvoir l'utiliser (chose rarissime dans le monde de l'émulation). Cette politique ne mérite aucun applaudissement, loin s'en faut, et en plus elle conduit un peu plus l'émulation vers des contrées peuplées de juges, d'avocats, et de lois qui n'ont pour but que de vous empêcher de vous amuser tranquille dans votre coin avec des jeux d'"il y a dix ans". On pardonnera l'auteur de Magic Engine car c'est un français, David Michel, et son émulateur est tout simplement un des meilleurs au monde.Les jeux sur CD ne sont pas disponibles pour les émulateurs (bien que fonctionnant sans problème), en raison de leur taille, mais avec le mp3 et les graveurs qui sont aujourd'hui monnaie courante, cela changera peut-être un jour.


Aero Blaster et Blazing Lazers

La NEC PC Engine est un vrai bonheur pour les fans de shoot'em'up. Des jeux comme Blazing Lazers, Super Star Soldier, Parodius, Salamander, R-Type, Raiden ou Soldier Blade sont géniaux sur cette console. Les jeux de rôles et d'aventures sont hélas plus rare, les meilleurs ayant été sortis sur CD, en Japonais uniquement.


R-Type, et Raiden, deux des meilleurs shoot'em'up sur PC Engine

Les jeux de courses sont rares, en raison de l'infériorité dans ce domaine de la PC Engine sur la Genesis, mais on trouve tout de même Chase HQ, Final Lap Twin, et la série des MotoRoader qui font bonne figure.Il en est de même pour les jeux de sport, bien que Davis Cup Tennis soit un produit fort recommandable.


Soldier Blade et Final Lap Twin
 

Les accessoires, et les autres versions de la console

La PC Engine se décline en tout en 5 versions (au moins).

PC Engine
PC Engine Core Grafix
PC Engine Shuttle
PC Engine GT
PC Engine Super Grafx


PC Engine GT

La PC Engine GT (appelée TurboExpress aux US) est une PC Engine portable équipée d'un écran LCD couleur de 2.6 pouces, capable de jouer tous les jeux de la PC Engine, et qui est resté longtemps la plus puissante des consoles portables, loin devant les Lynx, Game Gear et Game Boy. Les écrans de ces consoles sont des matrices LCD passives, ce qui a pour effet de rendre les mouvements flous et les couleurs peu contrastées (pour la Game Gear). Celui de la PC Engine GT est une matrice active, au rendu bien supérieur, bien que de taille réduite. De plus, un add-on pour la console est aussi vendu qui permet de visualiser sur l'écran des émissions de télévision, ou des images venues d'une caméra vidéo, et même la télé par câble.Toutes ces merveilleuses possibilités se paient hélas par la consommation intensive de batteries (donnée prépondérante pour une console de jeu portable), un jeu de 6 piles R6 ne dépassant pas les trois heures d'utilisation. Pour compenser ce handicap, de nombreux kits de piles rechargeables ont été commercialisés par TTI, et la console s'éteint automatiquement si elle reste inutilisée pendant un certain temps. La PC Engine GT n'a pas connu le succès qu'lle méritait, écrasée par la Game Boy, préhistorique en comparaison mais beaucoup moins onéreuse, comme l'ont été pratiquement toutes les consoles portables commercialisées à l'époque.

Les autres consoles citées sont des déclinaisons de la PC Engine originale, rebaptisées et légèrement modifiées au gré des tentatives de commercialisation au Japon, en Europe ou aux USA.

Les joypads de la PC Engine sont appelés TurboPad, et constituent le modèle de ce qu'il ne faut pas faire en la matière. Bien que plutôt ergonomiques et bien conçus en tant que tels (on apprécie surtout leur tir automatique), ils sont affublés d'un cordon très court, et énorme, qui oblige pour ainsi dire à jouer avec la console posée sur les genoux !


Le Turbostick

Le TurboStick en revanche, est un très bon joystick style jeu d'arcade vendu séparément, doté d'un support solide qui permet de jouer dans d'excellentes conditions, le tir automatique étant cette fois réglable en vitesse.


Le TurboTap

Le TurboTap est un add-on pour PC Engine permettant à 5 joueurs de jouer simultanément aux jeux prévus à cet effet. (signalons que la PC Engine n'est pourvue que d'un seul joypad et d'une seule prise). Le TurboBooster est un add-on permettant de brancher la console sur une télévision par une prise vidéo de type S-VHS, permettant une qualité d'image et de son bien meilleure.

Le PC Engine Super CD-ROM² est un lecteur de CD-ROM simple vitesse, présenté dans un boîtier disposant d'un espace pour insérer la console. Il est livré avec une alimentation externe encombrante, et une System Card qui permet, lorsqu'elle est insérée dans la console, de l'utiliser comme lecteur de CD audio commandé par une interface sur l'écran. De plus, le CD-ROM ajoute une fonction de sauvegarde de parties alimentée par des piles lorsque la console est éteinte.
 

Conclusion

En quatre ans, la NEC PC Engine n'aura jamais réussi à vraiment s'imposer en dehors du Japon et NEC ne s'est pas, depuis, essayé à nouveau à la création d'une console de jeux. Aujourd'hui les jeux de la PC Engine, qui est restée dans les mémoires comme la reine des shoot'em'ups, procurent un fun incroyable, et elle supporte très bien la comparaison objective avec la Megadrive ou la SNES, malgré le petit doute quand à sa réelle appartenance à la famille des 16-bits.


Laurent

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