
NEC PC Engine (Japon et Europe) et
- Merci à Petitevieille
pour ses infos -
Lancement et carton au Japon
Au Japon, en Octobre 1987, le géant de
l'électronique NEC (Nippon Electronic Company) entre dans le marché des jeux vidéo
avec une console voulue de "nouvelle génération", la PC Engine. Bien que ne payant pas de
mine avec son boîtier tout petit (il a la taille d'un lecteur de CD portatif), la PC Engine est
une console puissante, et avec son processeur graphique 16-bits capable d'afficher 256 couleurs dans toute
une variété de résolutions et son processeur sonore 6 voies, elle surpasse la Famicom
en tous points, bien que son microprocesseur soit le même, à savoir le 6502 (8-bits), cadencé
cette fois à 7.6 Mhz. La PC Engine utilise des jeux stockés sur des cartes mémoires,
qui changent des habituelles cartouches, appelées HuCards ou Turbochips. C'est aussi une des premières
consoles à utiliser un lecteur de CD-ROM (avec l'extension Super CD-ROM²) pour ajouter aux
jeux des musiques enregistrées par un orchestre et des séquences vidéo. Au Japon,
la PC Engine connaît une popularité énorme, menaçant pendant un temps la suprématie
de la NES.

Exemples de jeux sur PC Engine : Turrican (aussi bien que sur Amiga
!) et Cadash.
Dérapage aux USA

Nec Turbo Grafx-16
(USA)
En 1989, deux ans après son introduction
sur le marché Japonais, NEC annonce ses projets de commercialisation mondiale de la PC Engine suite
au renouveau des consoles initié par le succès de la NES aux USA. Avec sa cohorte de jeux
d'origine Japonaise et ses excellentes performances, le succès de la console semble assuré.A l'époque, la NES est le système numéro 1 aux US. La
production de cartouches pour Atari 7800 s'est arrêtée, et la Sega Master System ne perce
vraiment qu'en Europe. Les micro-ordinateurs imposent de nouveaux standards en matière de graphisme
et de son, et la NES commence à être gravement dépassée, ce qui laisse penser
qu'une nouvelle console réellement plus puissante pourrait la détrôner.
Peu après l'annonce de la sortie de la PC Engine aux USA, Sega présente
la Megadrive (sortie au Japon un an après la PC Engine) au public Américain
pour qui elle s'appellera la Genesis. Au Japon, la Megadrive est victime d'une désaffection étonnante
de la part du public, qui s'explique peut-être par le lecteur de CD-ROM disponible pour la PC Engine
qui lui donne un aspect plus novateur, en dépit de sa légère infériorité
graphique et sonore sur la 16-bits de Sega. Aux USA, NEC ne voit donc pas la Genesis comme une menace
sérieuse pour la TurboGrafx-16 (appellation Américaine de la PC Engine). Relookée
dans un boîtier plus imposant (on est en Amérique, ne l'oublions pas), la TG16 à plus
de jeux sur son catalogue, et elle utilise le support CD-ROM. C'est à Noël 1989 que la guère
commence.
Keith Courage in Alpha Zone
Les ventes des deux machine décollent
rapidement, grâce aux campagnes de promotion agressives de NEC et Sega. Sega s'appuie sur ses jeux
d'arcade, très populaires, et livre la Genesis avec Altered Beast, une conversion très médiocre
d'un de ses succès en arcade. La TG-16, quant à elle, ne fait guère mieux en la matière
avec Keith Courage in Alpha Zone, le jeu avec lequel elle est livrée, qui fait passer Altered Beast
sur Genesis pour un chef-d'œuvre.Au bout de quelques mois, il devient
évident qu'aux USA la Genesis est préférée des joueurs à la PC Engine.
Cela s'explique peut-être par la sortie de Phantasy Star 2, un jeu de rôle à la Japonaise
(le premier volume était sorti sur Master System) qui est une pure merveille,
et dont il n'existe pas d'équivalent dans la ludothèque de la TG-16.
De plus, le nombre de bits du microprocesseur devient pour la presse spécialisée comme pour
le public une véritable obsession, et la NEC n'a de 16-bits que son processeur graphique, contrairement
à la Genesis qui arbore fièrement son MC68000, processeur 16-bits qui la met au niveau des
Atari ST, Amiga et Macintosh.Pourtant, au vu des jeux, la supériorité
de la console de Sega sur sa concurrente est loin d'être aussi évidente. Les graphismes des
deux machines sont équivalents et le son est peut-être légèrement plus percutant
sur Genesis, mais à peine. Il n'y a guère que la vitesse globale des jeux qui trahissent
une certaine différence en faveur de Sega.
Bonk Adventure
Pendant la cruciale première année
d'exploitation de la TG-16 aux USA, 1990, NEC met un temps regrettable à traduire en Anglais les
jeux Japonais qui ont cartonné sur sa console. De plus, ce ne sont pas toujours les meilleurs titres
(la série des Bonk ou Military Madness) qui sont mis en priorité. Certains titres excellents
ne peuvent par ailleurs pas être exploités aux USA à cause des contrats d'exclusivité
sur le territoire Américain que Nintendo a fait signer à leurs développeurs, et qui
les oblige à ne sortir que les versions NES. Ces abus perpétrés par Nintendo ne seront
vilipendés que beaucoup plus tard par la justice Américaine, et feront beaucoup de mal à
la TG-16. Hudson Soft, par exemple, est le principal développeur sur NEC PC Engine au Japon, mais
réalise des profits énormes avec les versions NES de ses jeux aux USA. Sortir ses nouveaux
titres sur TG-16 aux USA signifierait se priver des versions NES, et de millions de ventes assurées,
pour se consacrer à une console qui à du mal à percer face à sa concurrente
principale. Du coup, de tous les titres qui avaient marché au Japon, seul Bomberman sera exploité
sur TG-16.
Bomberman
Sega est beaucoup moins affecté que NEC
par la politique tentaculaire de Nintendo, dans la mesure où de nombreux développeurs se
rangent du côté de la Genesis, et les adaptations des jeux d'arcade de Sega sont à
elles seules en mesure de fournir une base satisfaisante.
La PC Engine (ici une Core Grafx) et son lecteur de CD, le Super CD-ROM²
Autre coup fatal porté à la carrière
de la TG-16 aux USA, le lancement raté du Super CD-ROM². Alors qu'au Japon, la quasi-totalité
des possesseurs de PC Engine en ont un, en faisant une composante indispensable de la console, il est
vendu beaucoup trop cher, et se montre très difficile à trouver en dehors des grandes chaînes
de magasins de jouets. De plus, bien qu'il y ait des centaines de jeux au Japon sur CD-ROM, la plupart
sont des jeux de rôles bourrés de voix et de textes longs et coûteux à traduire.
Ils seront pour ces raisons laissés pour compte, laissant aux seul public Japonais le plaisir de
jouer à ces excellents titres, et provoquant l'échec complet du TurboGrafx Super CD-ROM²
aux USA.
En Europe
En Europe, la PC Engine est lancée en
même temps que la TurboGrafx-16 aux USA, mais sous son appellation originale. Elle fait l'objet
d'excellentes critiques de la part de la presse spécialisée, qui la voit comme la première
console 16-bits, et obtient un succès indéniable à l'occasion de sa sortie. Hélas
(pour elle), elle sera totalement effacée des esprits dès l'apparition de la Megadrive un
an plus tard. Un relooking ultérieur et un nouveau nom (Core Grafx) n'y feront rien. Le lecteur
de CD-ROM ne fera qu'une apparition furtive dans nos contrées.Le
fait que toutes ces consoles sortent en Europe sous le même nom qu'au Japon, alors qu'elles sont
rebaptisées lors de leur sortie aux USA, n'est pas un signe que les Japonais se sentent d'une culture
plus proche de la nôtre, mais que ceux-ci se préoccupent beaucoup plus du succès de
leurs produits sur le marché Américain, très porteur d'un point de vue financier,
et symbolique sur le plan de l'histoire de ces deux pays. C'est surtout vrai pour la PC Engine, dont l'exploitation
Européenne n'a tout simplement pas été prévue par NEC, pas plus que n'avaient
été assurés efficacement les lancements Européens de produits très
populaires au Japon comme le MSX, ou dans une moindre mesure la NES. En France, la PC Engine est donc
distribuée par la Sodipeng (Société de Distribution de la PC Engine), une entreprise
créée spécialement dans ce but, qui importe directement les jeux et consoles dans
leur version originale, affraichissant du coup les utilisateurs des problèmes de compatibilité
entre les versions Européenes et Japonaises qu'on constatera par la suite pour d'autres consoles
et le passage du 60Hz au 50Hz qui est la bête noire des joueurs.
Si les consoles et micros Japonais ont attendu longtemps avant d'être
distribués en Europe par leurs fabricants même, la commercialisation Américaine de
tels produits s'est faite à chaque fois avec prudence, tactique, et après une étude
de marché approfondie. Les premiers ayant ainsi obtenu le jackpot aux US sont Nintendo et la NES,
et tous les autres constructeurs se sont par la suite inspirés de l'exemple. Même si aujourd'hui
les choses sont plus équilibrées, l'Europe continue d'arriver le plus souvent en dernier
dans le calendrier de sorties des jeux et consoles Nippons les plus attendus.
La Core Grafx, un clone tardif de la PC Engine pour le marché
Européen
NEC passe la main
La PC Engine Duo de TTI
En 1992, NEC revend les droits de distribution
de la PC Engine et des ses jeux à TTI (Turbo Technologies Inc.), une entreprise formée par
des anciens de NEC et Hudson Soft. Le lancement du lecteur de CD-ROM de Sega (le Mega-CD, ou Sega CD)
est imminent, et TTI prépare une nouvelle version de la PC Engine, sous la forme d'une unité
compacte comprenant la console et son lecteur de CD-ROM, vendue sous le nom de Turbo Duo aux USA et en
Europe et Duo au Japon.Cette nouvelle incarnation de la PC Engine, nantie du System Card 3.0, une nouvelle
version de sa carte mémoire système plus puissante, et d'un prix plus bas que sa grande
sœur (200$), a tout pour mettre la pâtée à Sega.
TTI commence une campagne promotionnelle agressive, dont les meilleures heures
sont vécues avec les publicités "Johnny Turbo" qui apparaissent dans les magazines américains.
Ces publicités se présentent sous la forme de courtes bandes dessinées figurant un
héros nommé Johnny Turbo, un détective privé qui lutte contre la compagnie
"Feka" (référence évidente à Sega), qui veut laver le cerveau des enfants
en leur faisant croire que leur piteuse extension CD-ROM est une vraie console CD. A chaque fois, Johnny
Turbo sort vainqueur et rappèle en guise de conclusion que la Turbo Duo est la seule console CD
authentique. (sous-entendu, le Sega CD nécessite de posséder une Genesis, et donc ce n'est
pas une vraie console).Le problème de cette campagne est que Sega n'a jamais prétendu que
le Sega CD était une console complète. Les publicité et l'emballage spécifient
clairement qu'il s'agit d'une extension pour Genesis. De plus, les publicités pour Sega s'avèrent
beaucoup moins belliqueuses envers la concurrence, et plus amusantes (dans l'ensemble, toutes les publicités
Sega, à l'époque, sont basées sur un seul effet humoristique : une personne hurle
"Sega !" dans l'oreille d'une autre !).Quoiqu'il en soit, la Turbo Duo est un flop. TTI ne fait pas mieux
que NEC dans le suivi du lancement de son produit, et les jeux de qualité sont aux abonnés
absents (à l'exception d'Exile, excellente traduction d'un jeu superbe sorti au Japon).
A l'époque, la Super NES est déjà
sortie, et après des débuts difficiles, commence à bien marcher, grâce au support
de nombreux développeurs de jeux, chose qui manque cruellement à la Turbo Duo. Bien que
le Sega CD soit lui aussi loin des objectifs annoncés, il surpasse les ventes de la Turbo Duo facilement.
Fin 1993, époque de l'arrivée des premières consoles 32-bits (comme la 3DO),
la console de TTI a déjà pratiquement disparu du marché.
Les jeux
L'émulation PC Engine sur PC est une affaire
qui roule, c'est le moins qu'on puisse dire. Presque tous les titres sont disponibles en téléchargement
sur des sites spécialisés, et les émulateurs ne manquent pas. Toutefois, le meilleur
d'entre eux, Magic Engine, n'est pas freeware. Il vous faudra débourser quelques deniers pour pouvoir
l'utiliser (chose rarissime dans le monde de l'émulation). Cette politique ne mérite aucun
applaudissement, loin s'en faut, et en plus elle conduit un peu plus l'émulation vers des contrées
peuplées de juges, d'avocats, et de lois qui n'ont pour but que de vous empêcher de vous
amuser tranquille dans votre coin avec des jeux d'"il y a dix ans". On pardonnera l'auteur de Magic Engine
car c'est un français, David Michel, et son émulateur est tout simplement un des meilleurs
au monde.Les jeux sur CD ne sont pas disponibles pour les émulateurs
(bien que fonctionnant sans problème), en raison de leur taille, mais avec le mp3 et les graveurs
qui sont aujourd'hui monnaie courante, cela changera peut-être un jour.

Aero Blaster et Blazing Lazers
La NEC PC Engine est un vrai bonheur pour les
fans de shoot'em'up. Des jeux comme Blazing Lazers, Super Star Soldier, Parodius, Salamander, R-Type,
Raiden ou Soldier Blade sont géniaux sur cette console. Les jeux de rôles et d'aventures
sont hélas plus rare, les meilleurs ayant été sortis sur CD, en Japonais uniquement.

R-Type, et Raiden, deux des meilleurs shoot'em'up sur PC Engine
Les jeux de courses sont rares, en raison de
l'infériorité dans ce domaine de la PC Engine sur la Genesis, mais on trouve tout de même
Chase HQ, Final Lap Twin, et la série des MotoRoader qui font bonne figure.Il
en est de même pour les jeux de sport, bien que Davis Cup Tennis soit un produit fort recommandable.

Soldier Blade et Final Lap Twin
Les accessoires, et les autres versions de la console
La PC Engine se décline en tout en 5 versions
(au moins).
PC Engine
PC Engine Core Grafix
PC Engine Shuttle
PC Engine GT
PC Engine Super Grafx
PC Engine GT
La PC Engine GT (appelée TurboExpress
aux US) est une PC Engine portable équipée d'un écran LCD couleur de 2.6 pouces,
capable de jouer tous les jeux de la PC Engine, et qui est resté longtemps la plus puissante des
consoles portables, loin devant les Lynx, Game Gear et Game Boy. Les écrans de ces consoles sont
des matrices LCD passives, ce qui a pour effet de rendre les mouvements flous et les couleurs peu contrastées
(pour la Game Gear). Celui de la PC Engine GT est une matrice active, au rendu bien supérieur,
bien que de taille réduite. De plus, un add-on pour la console est aussi vendu qui permet de visualiser
sur l'écran des émissions de télévision, ou des images venues d'une caméra
vidéo, et même la télé par câble.Toutes
ces merveilleuses possibilités se paient hélas par la consommation intensive de batteries
(donnée prépondérante pour une console de jeu portable), un jeu de 6 piles R6 ne
dépassant pas les trois heures d'utilisation. Pour compenser ce handicap, de nombreux kits de piles
rechargeables ont été commercialisés par TTI, et la console s'éteint automatiquement
si elle reste inutilisée pendant un certain temps. La PC Engine GT n'a pas connu le succès
qu'lle méritait, écrasée par la Game Boy, préhistorique en comparaison mais
beaucoup moins onéreuse, comme l'ont été pratiquement toutes les consoles portables
commercialisées à l'époque.
Les autres consoles citées sont des déclinaisons
de la PC Engine originale, rebaptisées et légèrement modifiées au gré
des tentatives de commercialisation au Japon, en Europe ou aux USA.
Les joypads de la PC Engine sont appelés
TurboPad, et constituent le modèle de ce qu'il ne faut pas faire en la matière. Bien que
plutôt ergonomiques et bien conçus en tant que tels (on apprécie surtout leur tir
automatique), ils sont affublés d'un cordon très court, et énorme, qui oblige pour
ainsi dire à jouer avec la console posée sur les genoux !
Le Turbostick
Le TurboStick en revanche, est un très
bon joystick style jeu d'arcade vendu séparément, doté d'un support solide qui permet
de jouer dans d'excellentes conditions, le tir automatique étant cette fois réglable en
vitesse.
Le TurboTap
Le TurboTap est un add-on pour PC Engine permettant
à 5 joueurs de jouer simultanément aux jeux prévus à cet effet. (signalons
que la PC Engine n'est pourvue que d'un seul joypad et d'une seule prise). Le
TurboBooster est un add-on permettant de brancher la console sur une télévision par une
prise vidéo de type S-VHS, permettant une qualité d'image et de son bien meilleure.
Le PC Engine Super CD-ROM² est un lecteur
de CD-ROM simple vitesse, présenté dans un boîtier disposant d'un espace pour insérer
la console. Il est livré avec une alimentation externe encombrante, et une System Card qui permet,
lorsqu'elle est insérée dans la console, de l'utiliser comme lecteur de CD audio commandé
par une interface sur l'écran. De plus, le CD-ROM ajoute une fonction de sauvegarde de parties
alimentée par des piles lorsque la console est éteinte.
Conclusion
En quatre ans, la NEC PC Engine n'aura jamais
réussi à vraiment s'imposer en dehors du Japon et NEC ne s'est pas, depuis, essayé
à nouveau à la création d'une console de jeux. Aujourd'hui les jeux de la PC Engine,
qui est restée dans les mémoires comme la reine des shoot'em'ups, procurent un fun incroyable,
et elle supporte très bien la comparaison objective avec la Megadrive ou la SNES, malgré
le petit doute quand à sa réelle appartenance à la famille des 16-bits.
Laurent