Quand le cinéma explore l'univers du jeu vidéo.
Par : Laurent, Djib, Maze, Phil, JC.
Les jeux vidéo tiennent aujourd'hui une place importante dans nos vies, à tel point qu'ils font régulièrement
l'objet d'analyses sociologiques. Devenant toujours plus réalistes dans leur représentation d'aventures et d'univers
virtuels, ils offrent une alternative tentante à la réalité. On ne s'étonnera donc pas de les
retrouver dans d'autres formes artistiques, en tant que thème principal ou simple source d'inspiration.
Le cinéma s'interesse depuis longtemps aux jeux vidéo, et inversement. Cela va de la simple récupération
commerciale d'un concept vendeur, à des expérimentations plus audacieuses. De nombreux films se sont vus adaptés
en jeux vidéo. Des jeux vidéo ont fait l'objet d'adaptations cinématographiques. Ce sont là les
applications les plus directes du phénomène, et nous les verrons dans un autre article. Il existe en revanche,
et ils sont rares, des films qui abordent la thématique propre aux jeux vidéo. Leur approche est parfois conceptuelle,
plus souvent critique, et dans certains cas purement mercantile.
Films évoqués dans
cet article :
* 1982 - Tron, de Steven Lisberger - voir cet article dédié.
* 1983 - WarGames, de John Badham.
* 1983 - Nightmares ("En plein Cauchemar"), de Joseph Sargent.
* 1984 - The Last Starfighter, de Nick Castle.
* 1992 - The Lawnmower Man ("Le Cobaye"), de Brett Leonard.
* 1994 - Brainscan, de John Flynn.
* 1997 - Nirvana, de Gabriele Salvatores.
* 1999 - Existenz, de David Cronenberg.
* 2001 - G@mer, de Patrice Levy (alias Zack Fishman).
* 2001 - Avalon, de Mamoru Oshii.
* 2002 - Samuraïs, de Giordano Gederlini.
* 2002 - Resurrection of the Little Match Girl, de Jan Sung-Woo.
* 2007 - El Rey de la Montaña ("Les proies"), de Gonzalo López-Gallego.
Tron - 1982
De Steven Lisberger
Avec Jeff Bridges, Bruce Boxleitner, David Warner

Tron est l'exemple le plus célèbre
en matière de rapprochement cinéma / jeu vidéo. Son cas est traité à part, dans un autre
article.
WarGames - 1983
De John Badham
Avec Matthew Broderick, Dabney Coleman

John Badham est un réalisateur
éclectique, oeuvrant depuis ses débuts dans les années 70 dans la comédie, la science-fiction,
le film d'action ou le drame avec un talent certain. En général, ses films obtiennent un bon succès commercial.
WarGames, avec plus de 80 millions de dollars de recette et plusieurs nominations aux oscars, est un des plus grands
moments de sa carrière. Il faut dire que le film a créé l'évènement, surtout lorsque des
experts ont déclaré au moment de sa sortie que ce qui y était montré était possible, voire
même probable.
L'histoire est celle de David Lightman (Matthew Broderick), un lycéen qui ne brille pas par ses résultats en
classe mais se montre très brillant et ambitieux dès qu'il se trouve devant le clavier de son ordinateur. Désireux
d'infiltrer les ordinateurs de son lycée afin de modifier ses notes, il se lance dans le hacking depuis sa chambre
et tombe par hasard sur un programme nommé WOPR, qui ressemble à un jeu de stratégie guerrière.
David se lance dans une partie et déclare la guerre à son adversaire virtuel, mais il ne sait pas qu'en réalité
il s'est connecté à l'ordinateur central du Pentagone et vient de déclencher les prémices d'un
réel conflit nucléaire mondial, le WOPR ayant été conçu pour s'affranchir de tout contrôle
humain au delà d'un certain stade. Aussitôt, le FBI enquête, remonte jusqu'à David et l'arrête.
Avec l'aide de sa copine Jennifer, il parvient à s'évader et se met en quête de retrouver le professeur
Stephen Malkin, concepteur du programme WOPR, afin de l'aider à inverser le processus. L'armée et le FBI poursuivent
David et Jennifer alors que le compte à rebours avant le lancement des premiers missiles est commencé, et que
s'egrènent une à une les DEFCON ("defensive condition", de DEFCON 4 à DEFCON 1), procédures d'entrée
en guerre progressive des USA.


Comme souvent dans la filmographie de John Badham, le scénario part d'un sujet grave pour aboutir à un spectacle
efficace, mais sans autre prétention que de divertir et générer un bon suspense sur fond de haute (pour
l'époque) technologie. C'est surtout flagrant dans la dernière partie du film, où l'ordinateur est filmé
comme une sorte de monstre doté d'une conscience propre. Le film ne fait qu'effleurer le thème des jeux vidéo,
à travers le wargame que le héros pense jouer au début du film. Néanmoins, le hacking, plus directement
montré du doigt, a joué un rôle important dans le développement des jeux vidéo dans les
années 70. On peut voir dans le personnage de David une parabole sur l'irresponsabilité de certains joueurs
qui sous-estiment la portée de ce qui se passe dans les jeux vidéo qu'ils pratiquent, et un avertissement, sujet
souvent abordé au cinéma, sur les dangers d'une société où l'ordinateur contrôle
tout. La scène d'ouverture du film indique clairement que ce thème sera traité puisqu'on y voit les membres
les plus influents de l'Etat-Major américain décider en réunion que le programme WOPR, pour être
efficace, doit pouvoir remplir sa mission sans que l'Homme puisse le stopper. John Badham oblige, tout ceci se termine bien,
et Matthew Broderick, dont c'est le premier rôle au cinéma, restera après ce film un des adolescents préférés
des Américains, au point d'incarner un personnage à 90% identique dans Ferris Bueller's Day Off. - Laurent
Nightmares (En plein cauchemar) - 1983
De Joseph Sargent
Avec Emilio Estevez, Lance Henricksen

Nightmares est un film fantastique
divisé en 4 segments indépendants, comme il s'en est produit beaucoup dans les années 80, sauf que cette
fois le lien entre les différentes histoires racontées est plus que ténu (elles sont simplement toutes
voulues effrayantes comme des cauchemars). Le réalisateur, Joseph Sargent, a connu une carrière en dents de
scie, dont le sommet est The Taking of Pelham 123 (Les Pirates du Métro - 1974), un excellent thriller
avec Walter Matthau. Pour ce qui est de ces Nightmares, qui semblent fortement inspirés par la série
Twilight Zone, intéressons nous au deuxième segment, intitulé The Bishop of Battle.
JJ.Coley (Emilio Estevez) est un adolescent typique des eighties qui porte un pull sans manche, une coupe de cheveux en brosse
et un walkman vissé sur la tête. C'est aussi un as pour les jeux d'arcade, et il s'adonne par moments à
l'arnaque au billard pour financer sa passion. Dans sa salle d'arcade favorite, un jeu intitulé The Bishop of Battle
lui resiste. Comme tous les joueurs du coin, il ne parvient pas à franchir le 12e niveau, alors que selon les rumeurs
le jeu en comporte 13. Après s'être fait expulser par le patron de la salle d'arcade à l'heure de la fermeture,
il essuie la colère de ses parents en rentrant chez lui suite à un bulletin scolaire peu reluisant. Obsédé
par le jeu, et n'ayant pas grand chose à perdre, il rompt le couvre-feu imposé par ses parents, s'échappe
de sa chambre par la fenêtre comme on le fait toujours dans les films américains, et entre par effraction dans
la salle d'arcade pour en finir avec le Bishop. Comme on est dans un film fantastique, on se doute que ce fameux 13e niveau
cache quelque chose de maléfique. En fait, lorsqu'il y arrive, JJ se retrouve confronté à une puissance
diabolique, qui symbolise peut-être ses propres démons, et met vraiment sa vie en jeu dans la partie.
Que doit on voir dans cette courte digression horrifique sur le thème de Tron ? Pas grand chose, sinon le travail
d'un scénariste (Jeffrey Boam, célèbre à Hollywood) peu inspiré. Le principal charme de
la chose réside surtout dans les graphismes vectoriels bien vintage du jeu en question et la présence d'un Emilio
Estevez (fils de Martin Sheen et frère de Charlie Sheen) débutant. Evidemment, se passionner pour un jeu vidéo
au point de ne plus penser à autre chose, ne plus travailler à l'école et devenir associal, c'est un
risque que peuvent courir certains adolescents, mais ici la chose est illustrée sans grande imagination et même
sans conviction. - Laurent
The Last Starfighter - 1984
De Nick Castle (Dennis la Menace, et co-scénariste de New York 1997),
Avec Lance Guest (Les dents de la mer 4, Halloween 2, et l'épisode de X-files n°18 de la saison 2 en 1993)

C'est l'histoire d'Alex Rogan, un jeune Américain qui vit dans un camping familial d'un coin perdu des Etats Unis.
Il fait l'admiration de tous les jeunes du camping car il détient tous les meilleurs scores du jeu vidéo Starfighter,
la seule vraie distraction que l'on peut trouver dans le coin. Lorsqu'il parvient enfin à terminer le jeu, un alien
vient à sa rencontre pour lui proposer d'empêcher l'invasion de la galaxie par d'autres méchants aliens.
La borne d'arcade n'était en fait qu'un moyen de sélectionner un ou plusieurs humains ayant les réflexes
suffisants pour livrer un vrai combat spatial. Comme il s'ennuie à mourir, Alex accepte et bien sûr réussit
à contrer l'invasion grâce à ses talents de gamer.
Pour l'époque, le film contient des effets spéciaux tout a fait honorables (C'est d'ailleurs, juste après
Tron, le deuxième film utilisant de véritables images de synthèses). De plus, l'idée de
base étant très intéressante, il aurait été difficile d'en faire un nanar total (sauf peut-être
si on l'avait confiée a Spielberg, mais à l'époque il faisait encore des bons films - NdL : arf arf
arf...).


Bref, c'est un film divertissant qui disserte sur l'utilisation des compétences d'un gamer pour sauver le monde (oui,
parce que pour trouver un job ou pour payer ses impôts ça ne sert a rien, mais là je ne vous apprends
rien). L'intérêt provient essentiellement du fait que pour la première fois dans l'histoire du cinéma,
on est en présence d'un jeune passionné de jeux vidéo qui sert à quelque chose ! Pour résumer,
je dirais que si l'idée n'avait pas été mise au service d'un film à petit budget, et américain
de surcroît, il y avait matière à développer des scénarii intéressants. Malgré
tout, le résultat est divertissant, et on pardonnera les faiblesses de réalisation en tenant compte du risque
que présentait l'idée de départ et la fraîcheur de celle-ci. A noter qu'une rumeur prétendit
qu'Atari avait financé le film. Elle s'explique par la publicité pour le jeu VCS adapté du film qui figure
dans le générique final. - Phyl
The Lawnmower Man (Le Cobaye) - 1992
De Brett Leonard
Avec Pierce Brosnan, Jeff Fahey


Le fantôme de Tron hante
ce film qui, tout à l'inverse de son inspirateur, à remporté un énorme succès pour un budget
initial relativement modeste. Le cobaye (The Lawnmower Man, soit "l'homme qui tond la pelouse") s'inspire vaguement
d'une courte nouvelle de Stephen King, si vaguement d'ailleurs que l'écrivain a refusé que son nom figure au
générique.
Jobe - notez la symbolique - (Jeff Fahey) est un simple d'esprit qui vit de la tonte de pelouses. Le docteur - notez la symbolique
(bis) - Angelo (Pierce Brosnan), un scientifique employé par l'armée, expérimente un programme informatique
visant à connecter un ordinateur à un cerveau humain pour en améliorer l'intelligence, et se propose
de tester son invention sur Jobe. Jobe accepte, et le voilà parti pour un voyage dans un monde fantasmagorique, le
CyberBoogie, où même la plus jolie fille du village saute au cou de CyberJobe, son double virtuel. Tout se passe
bien et le docteur Angelo constate que l'expérience semble rendre Jobe plus intelligent et sûr de lui. Mais peu
à peu, les choses dérapent. Jobe est devenu surdoué et se connecte tout seul à l'ordinateur, en
cachette. A chaque séance, il devient plus intelligent, et acquiert le pouvoir d'influer sur la matière, pouvant
ainsi désintégrer des êtres vivants par la force de sa volonté. Des idées de vengeance sur
ceux qui l'ont humilié autrefois lui viennent, et sa soif de pouvoir est sans limite. Il est temps pour le Dr Angelo
d'éliminer CyberJobe, quitte à ce que la pauvre Jobe (hem...pardon) y laisse la vie. La fin du film fait de
CyberJobe une incarnation du mal absolu, désireux et capable de se répandre à tous les systèmes
informatiques de la planète pour accroître son pouvoir.

On a beaucoup parlé du Cobaye,
en raison de ses images de synthèses très impressionnantes en 1992 (réalisées entre autres par
les Angel Studios au moyen d'un logiciel nommé Scenix), en grande quantité, et totalement générées
par ordinateur, contrairement à celles de Tron. Lorsque Jeff Fahey apparaît sous la forme d'un personnage
virtuel arborant son visage, comme les personnages du film de Steven Lisberger, c'est cette fois une animation en motion capture
que l'on voit (et pas le comédien lui-même "enrobé" de divers effets spéciaux), même
si les décors ne sont souvent guère plus évolués. C'est aussi le film qui a révélé
Pierce Brosnan au grand public. Les jeux vidéo n'y sont directement évoqués qu'au cours d'une ou deux
scènes, mais le visuel des séquences se déroulant dans le CyberBoogie s'en inspire grandement. On retiendra
surtout ce film pour son succès commercial (par opposition à Tron et The Last Starfighter), qui
prouve que la période de sa sortie trouve enfin un public preneur de type d'imagerie synthétique. Les jeux vidéo,
qui ont déjà à l'époque un succès considérable, ne sont certainement pas étrangers
à la chose, et on ne tardera plus à voir apparaître les gros hits du "Silicon Graphics Cinema" que sont
Toy Story et Antz.
Une suite, Le Cobaye 2 - Cyberspace, a tenté d'attirer le même public, en vain, et Brett Leonard est depuis
cantonné aux petites productions sortant directement en vidéo (Jeff Fahey aussi, à vrai dire, par contre
Pierce Brosnan cartonne, merci pour lui). - Laurent
Brainscan - 1994
De John Flynn
Avec Edward Furlong, Frank Langella


Andrew Kevin Walker est un scénariste
surdoué (Seven, 8mm, Sleepy Hollow) dont l'oeuvre dénonce avec force et sans concession
la déliquescence du monde moderne. Flirtant souvent avec le conservatisme le plus nauséabond (voir 8mm
et son final franchement dispensable), il s'efforce de soulever des questions brûlantes et sait mieux que personne en
tirer des histoires imprévisibles et abouties sur le plan narratif. Brainscan est le premier de ses scénarii
à avoir été porté à l'écran, par John Flynn, cinéaste spécialisé
dans le thriller (Echec à l'organisation, Haute sécurité avec Stallone), dont c'est le
premier essai en matière de fantastique. Le film traite des jeux vidéo par la biais d'une fable horrifique,
et les montre d'un doigt moralisateur comme un des principaux facteurs favorisants, avec la musique et le cinéma, de
la violence chez les jeunes.
Michael (Edward Furlong) est un adolescent toumenté, peu intéressé par ses études, qui passe son
temps à écouter du hard-rock, regarder des films d'horreur ou épier sa voisine avec une longue vue, quand
il ne s'abrutit pas sur son ordinateur avec des jeux violents. Tout un programme. Sa dernière trouvaille en la matière,
Brainscan, est un jeu hyperréaliste ou le Trickster, sorte de croquemitaine à la Freddy Krueger, l'invite à
laisser ses pulsions meutrières l'envahir. En quête de sensations nouvelles, Michael va de plus en plus loin
dans le jeu. Pendant ce temps, une série de meurtres sanguinaires secoue la population de son village. Peu à
peu, Michael commence à se demander s'il n'est pas lui même l'auteur des meurtres, sous influence directe du
Trickster... Ce dernier, qui se rapproche visuellement d'un Keith Richards (à peine) zombifié (son apparence,
lourde de sens, évoque autant la culture rock que celle des films d'horreur), fera quelques sorties dans le monde réel
en cours de film, allant même jusqu'à dévorer le corps de Michael dans une scène de cauchemar à
la symbolique poids-lourd.


Les jeux vidéo sont ils violents
? Certes. Sont ils subversifs ? Au vu de certains titres (Soldier of Fortune, Kingpin, Grand Theft Auto 3, Carmageddon) on
est en droit de le penser, mais il ne faudrait pas sous-estimer la capacité de discernement des joueurs, aussi jeunes
soient-ils. De plus, ce que les ennemis des jeux vidéo oublient souvent, c'est justement qu'on y joue pour laisser
un peu la réalité de côté et connaître des situations impensables au quotidien. Les censurer
reviendrait à supprimer une possibilité de vivre l'interdit par procuration, sans conséquences matérielles
directes. Peut-être certains seraient-ils alors tentés de passer à l'acte... mais ce n'est certes pas
ce que pensent Andrew Kevin Walker et John Flynn, qui se gardent bien par ailleurs d'étaler leur (très) éventuelle
culture vidéo-ludique.
Brainscan défend une thèse intéressante, mais qui mériterait une argumentation plus aboutie
et une mise en image plus neutre. Il s'agit d'un pur film d'horreur, du même genre que ceux qu'il dénonce, puisque
les meutres sont filmés sans recul. Le Trickster, quant à lui, semble briguer une place dans la liste des monstres
humanoïdes célèbres du fantastique, aux côtés de Michael Myers, Freddy Kruger ou Jason Vorhees.
On a tout de même echappé au jeu vidéo inspiré du film (qui n'a guère brillé au box
office et s'est limité à une sortie vidéo en Europe malgré une présentation au festival
Fantastic'Arts de Gerardmer). Par la suite, Andrew Kevin Walker se montrera encore plus réactionnaire dans 8 mm,
même si mis entre les mains d'un metteur en scène appropriés (comme David Fincher ou Tim Burton), ses
scénarios sont devenus d'une efficacité et d'une profondeur rares. On l'attend au tournant de son futur et fort
prévisible passage à la réalisation. - Laurent
Nirvana - 1997
De Gabriele Salvatores
Avec Christophe Lambert, Emmanuelle Seigner


Notre totophe international est un
concepteur de jeux vidéo très connu et recherché qui met la main à la pâte pour sauver son
jeu infecté par un méchant virus ! Attention, pas le virus tout bête qui fait passer l'écran
de votre PC à la couleur azur profond (selon nos sources tenant à rester secrètes, le virus précédemment
cité proviendrait de Redmond aux USA) mais une bébête qui donne vie et conscience au caractère
principal du jeu (heureusement que ce n'était pas Lara Croft...) et veut en finir avec son monde virtuel... Voila,
le hic c'est que le héros ne veut pas de Prozac mais plutôt une solution plus radicale que nous appellerons débrancher
la prise.

Depuis que son amour est partie en
fumée lors du dernier opus en date du jeu dont il est le héros, le vide dans son coeur est plus grand que le
plus profond des abîmes... Donc, forcément, il n'a pas trop envie de sauver le monde (et tous ceux qui ont
déjà subi une rupture aussi radicale le comprendront aussi).


Voila pour l'histoire que je trouve
plutôt sympa... par contre le film... Nirvana n'est pas réalisé, comme on pourrait logiquement s'y attendre,
en images de synthèse mais plutôt à la façon d'un jeu en FMV (voir l'article sur
la série des Gabriel Knight si vous ne savez pas ce que c'est), vue à la première personne et tout
le tintouin... 1ére déception... Pour ce qui est de Christophe(r) Lambert, je trouve que depuis Face
à Face il joue comme une pantoufle, mais ceci n'est qu'un avis personnel que je partage avec vous en ayant au préalable
mis mon armure rutilante de preux chevalier (celle avec le heaume qui protège bien la tête vous pouvez y aller...).
Bon, pour conclure sur le souvenir lointain et de surcroît loin d'être impérissable de ce film, je dirais
qu'il peut être agréable à voir si l'on ne s'attend pas à un vrai film sur les jeux vidéo,
car là on parle plutôt de la philosophie de manipulation du personnage, qui lui aussi peut penser et devenir
un être vivant qui souffre et... Bon en bref c'est à voir, car les idées sont sympa mais je réitére,
tout comme pour Existenz (qui ressemble beaucoup à Nirvana soit dit en passant) je n'ai pas accroché...
- Maze
Existenz - 1999
De David Cronenberg
Avec Jennifer Jason Leigh et Jude Law

Avec Existenz, David Cronenberg
s'attaque aux thèmes des jeux vidéo, du virtuel avec son style si particulier. On y retrouve tous les ingrédients
qui on fait la renommée du cinéaste canadien : altération de la réalité, obsession pour
les corps en mutation, les biotechnologies, la sexualité trouble... Mais à l'inverse de ses précédents
films, Cronenberg introduit ici une certaine légèreté, une insouciance, bref une approche ludique qui
à contribué à la réputation de film "mineur" que se traîne Existenz. Mais un film
est-il mineur parce que le ton y est plus ludique et drôle alors même qu'il est très réussi ?


Allegra (Jennifer Jason Leigh) est
la conceptrice d'un nouveau genre de jeu, Existenz, qui jette le joueur en plein coeur de la réalité
du jeu. Lors de la présentation de sa création, Allegra échappe à une tentative d'assassinat.
Elle fuit avec un stagiaire en marketing, Ted Pikul (Jude Law), qu'elle prend pour son garde du corps, emportant avec elle
son pod contenant l'unique exemplaire d'Existenz, bien déterminée à replonger dans le jeu avec Ted. Le
film n'est pas un prétexte à des effets spéciaux délirants comme certaines oeuvres ayant voulu
recréer l'univers des jeux-vidéo. Bien au contraire, David Cronenberg avec son sens de la mise en scène
et de l'économie de moyen parvient à recréer un univers virtuel très cohérent sans jamais
faire de référence à la technologie (le pod est un instrument organique). Cependant, l'ambiance d'un
virtuel ludique est très réussie. On y retrouve quelques gimmicks que les habitués de jeux d'aventures
connaissent bien, des personnages qui répètent les mêmes textes, des mots qui déclenchent certains
évènements et font avancer le jeu, des indices relançant l'intérêt du joueur... Bref des
petites références au gameplay des jeux d'aventures sont bien présents dans l'intrigue. Allegra et Ted
Pikul se retrouvent plongés alternativement dans l'univers virtuel et le monde réel, essayant d'échapper
à leurs meurtriers, poursuivants et avançant dans l'intrigue du jeu. Très vite, à l'instar de
Ted Pikul, le spectateur est désorienté : où commence le jeu et où se finit la réalité
?
David Cronenberg
Quand aux futures consoles imaginées
par cronenberg, il s'agit de "pod" en chair flasque à moitié biologique qui une fois reliés par une sorte
de cordon ombilical au "gameport" du joueur (à la base de la moelle épinière) lui permettent de se plonger
dans un univers virtuel. La console devenant bien plus qu'un simple objet, un véritable petit animal dont l'utilisateur
doit prendre extrêmement soin. Les joueurs deviennent "accros" au monde virtuel où ils vivent des expériences
plus intense que leur existence réelle... Un futur lointain ?
Existenz présente donc une réflexion originale et ludique sur les mondes virtuels issus des jeux vidéo.
- Djib
Gamer - 2001
De Patrice Levy (alias Zack Fishman)
Avec Said Taghmaoui, Arielle Dombasles


La contribution Française
au genre... Zack Fishman s'appelle en réalité Patrick Lévy, mais c'est le pseudo qu'il utilise en tant
que gamer, alors il l'a repris pour réaliser ce film qui se propose de décrire le monde des jeux vidéo
d'aujourd'hui sur le ton du divertissement jeuniste, approche bancale dont le cinéma français abuse lorsqu'il
s'agit d'oeuvrer dans le film de genre.
Tony (Said Taghmaoui) est un jeune beur qui parle en verlan, adore les jeux vidéo et effectue quelques menus larcins
pour le compte d'un certain Albert, mais il ne faut pas lui en vouloir car les jeux vidéo lui ont certainement fait
perdre la notion de réalité. Un soir, il est arrêté pendant un braquage avec son ami Rico, et il
écope de huit mois de prison. Il met à profit cette période d'enfermement pour réfléchir
à un concept révolutionnaire de jeu vidéo. A sa sortie, il propose l'idée à un éditeur
représenté par la très caricaturale Valérie Fisher (Arielle Dombasle). Celle-ci a bien sûr
l'intention de lui faucher son idée et de la faire fructifier sans qu'il en tire aucun bénéfice...
Gamer est un pur produit marketing, calibré, fait par et pour des fans de jeux vidéo. Les scènes
d'actions sont filmées à la manière des poursuites et des bastons telles qu'on peut les observer sur
l'écran lors d'un partie de Driver ou Soul Calibur (une idée qui, hors-contexte et
uniquement dans le cas des combats, s'avèrera beaucoup plus payante dans Le Pacte des Loups de Christophe Gans),
et le film comporte son lot d'images de synthèses de bonne facture réalisées par le studio McGuff Images
(Les Visiteurs, Doberman). On regrettera simplement que la vision de cet univers qui est ici proposée
se limite à celle qu'en ont les joueurs les plus limités (et encore, on se demande s'il en existe qui le soient
à ce point). Les jeux vidéo ne sont ici que ce que l'on peut en observer sur une partie bien ciblée du
catalogue Playstation 1ère génération, les éditeurs de jeux sont des gros pleins de frics qui
se fichent de leurs clients et des développeurs....On évitera de s'attarder sur le fait que le personnage principal
semble sorti d'une célèbre émission de marionnettes satirique. Le marketing à la française
étant ce qu'il est, Gamer fut un bide complet à sa sortie en salle. Autant pour ceux qui attendent une évocation
intéressante de l'univers des jeux vidéo dans un film bien de chez nous. - Laurent
Avalon - 2001
De Mamoru Oshii
Avec Malgorzata Foremniak et Wladyslaw Kowalski


Dans un futur proche, Avalon est
le nom d'un jeu illégal qui permet à beaucoup d'échapper temporairement à une vie sans avenir
dans une ville minable. Certains joueurs arrivent même à subsister grâce à l'argent gagné
lors des parties. Face à l'hyper-réalisme d'Avalon, il arrive que lorsqu'un joueur meurt dans le jeu, son esprit
ne le supporte pas et son cerveau s'en trouve détruit. On les appelle les non-revenus... Ash est une joueuse très
douée, d'autant qu'elle joue toujours en solo alors que la plupart forment des équipes pour réussir les
différentes missions du jeu. Un jour, elle apprend l'existence d'un niveau caché, particulièrement dangereux,
et dont personne n'a jamais pu "revenir", la classe special A ou "classe réelle".
Malgré ce que pas mal de personnes ont cru au départ - notamment à cause d'une bande annonce très
rythmée montrant beaucoup de combats - Avalon n'est pas du tout un film à l'action soutenue. Et si dans un premier
temps, on peut penser que le rythme lent est incompatible avec l'univers souvent sans temps mort d'un jeu vidéo, il
est dans le cas présent parfaitement adapté au sujet : les longs plans fixes qui parsèment le film n'arrivent
qu'en dehors du jeu. On sent que les joueurs s'ennuient en dehors de leur monde virtuel, tout est fade, flou, les scènes
dans la vraie vie semblent se répéter, même les paroles de la chanson que l'on peut entendre quand le
personnage est hors du jeu ne sont qu'une ode à Avalon (l'île de légende). Précisons que si cette
vision de la vie des joueurs que dépeint Oshii semble assez pessimiste de prime abord, elle se justifie par l'histoire
et n'est pas moralisatrice.



Les allusions au monde du jeu vidéo
sont nombreuses et amenées de manière naturelle (on évite de lourdes explications inutiles) : le film
commence sur le chargement d'une map style nid d'abeilles, à la façon des wargames. Les joueurs ont des points
d'expérience, ils sont mages, voleurs, guerriers, forment des équipes ou jouent en solo, etc. Autant de codes
que tout joueur connaît bien et que tout néophyte peut assimiler assez facilement. Les effets spéciaux
sont très nombreux (la quasi totalité des scènes en est pourvue) mais se font aisément oublier,
il n'y a pas de surenchère visuelle et tout tourne autour du sujet initial.
Autrement dit nous sommes en présence d'un film qui n'a pas été réalisé uniquement pour
des fans de pixels. On peut tout à fait l'adorer (ou le détester), et ce indépendamment du fait que l'on
soit ou non un dingue de jeux vidéo. Oshii utilise cet univers comme un instrument pour raconter une histoire sans
pour autant reléguer le jeu vidéo à un simple prétexte. Ce film est, de ce point de vue du moins,
l'un des plus réussis sur le sujet. Côté défauts, on parle souvent de l'effet "Photoshop" du filtre
sépia appliqué au film en post production, qui fausse les images. Mais en y réfléchissant on peut
aussi voir le fait que cette imperfection apparait surtout dans Avalon (le jeu décrit dans le film) ou ce qui
s'y référencie, et que cet effet typique d'un ordinateur se justifie de lui-même, sauf dans la "classe
réelle", où l'effet sépia a comme par hasard totalement disparu. En revanche, le film se la joue parfois
un peu trop auteuriste, ce qui peut donner une impression de prétention inutile, et de fait agaçante. On peut
cependant estimer que c'est un peu une marque de fabrique chez Oshii (bien qu'Innocence soit mieux maîtrisé
de ce point de vue), l'auteur continuant son exploration des science-fictionesques rapports entre humains et non humains (robots
ou personnages virtuels), en préférant systématiquement la seconde catégorie, et son chien, aussi.
- JC
Samuraïs - 2002
De Giordano Gederlini
Avec Cyril Mourali, Saïd Serrari, Maï Anh Le, Yasuaki Kurata

Un démon nommé Kodini,
tout droit venu de l'époque féodale japonaise, est de nos jours à la tête d'une entreprise qui
conçoit des jeux vidéo de combat parce qu'il est vraiment très méchant. Désormais vieux
de plusieurs siècles, il décide d'abandonner son enveloppe charnelle, pour se réincarner dans le futur
bébé de la jeune Akeni (la potiche de service). Cette dernière va finalement trouver de l'aide grâce
à deux potes de banlieux, Marco (le beau gosse de service) et Nadir (le sidekick comique de service). Ensemble, parviendront-ils
à contrecarrer les plans de domination de l'univers par cet infâme démon sur le point de renaître
et ses sbires très très méchants qui font du kung-fu ?
Bon pas de suspens,
Samuraïs est probablement ce qui se fait de pire en matière de comédie d'action à la française,
ce qui au regard de la concurrence façon Le Raid, est déjà un exploit en soi. Le début
du film est pourtant efficace, duels au sabre et baston pêchue, le tout étant par ailleurs chorégraphié
par Philip Kwok déjà derrière Le Pacte des Loups. Les acteurs asiatiques de toute cette première
partie sont même plutôt bons. Mais sitôt que l'on débarque en banlieue à Paris, les clichés
pleuvent encore plus vite que dans un photomaton, option verlan offerte... et c'est la débandade. Dialogues indigents,
acteurs mauvais, scénario profondément ridicule, bref il est difficile de ne pas s'ennuyer ferme devant Samuraïs.
On pourrait tout au plus sourire devant certaines blagues de Nadir (interprêté par Saïd Serrari) s'il n'en
faisait pas à ce point des tonnes en permanence. Au bout du compte, c'est surtout l'envie de tarter tout le monde qui
prend le dessus.




Mais attendez, ne
partez pas tout de suite, car si la quasi-totalité du film ne fait que lointainement référence aux jeux
vidéo, et pourrait donc paraître hors de propos dans ce dossier de grospixels, impossible de passer sous silence
la scène finale, combat singulier entre le gentil et le vilain : Par l'intermédiaire d'une puce électronique
(je vous épargnerai les détails), c'est carrément le petit frère de Marco qui, sans le savoir,
dirige ce dernier en jouant à son jeu de baston favori sur Playstation, le jeu en question étant bien entendu
fabriqué par l'entreprise du démon qui fait d'ailleurs office de "boss de fin que personne n'a jamais réussi
à battre". Finalement le méchant sera vaincu d'un coup de chaussure expédiée involontairement
par le héros au hasard d'un coup de pied. Et là on se dit qu'on touche le fond.
Deux petites choses pour finir. Non,
je ne suis pas tendre avec Samuraïs, ce qui est contraire à ma façon habituelle de toujours chercher "le"
truc chouette à mettre en avant (par exemple les scènes de baston de toute la partie japonaise du film sont
sympas, au point qu'on se demande s'il n'y a pas eu un mélange de bobines de deux films différents). La raison
est double : 1- le film est mauvais (pour ceux qui n'auraient pas compris), et 2- en dépis de l'aspect budget serré
de cette production, c'est tout de même incroyable qu'on mette en France autant d'argent dans les mains de gens aussi
peu concernés qui accouchent de productions forcément ubuesques, le tout sans avoir de compte à rendre
par la suite, alors que des réalisateurs qui, eux, ont du talent, galèrent pour monter des projets intelligents
avec 2€ ! (c'était l'instant engagé du jour, et encore heureux que je n'ai pas eu à chroniquer moi-même
Gamer, je vous le dis)... Bref, fuyez Samuraïs. Si des producteurs incompétents ont des sous à perdre,
au moins gardez les votres pour des jeux et films où on n'y méprise pas aussi ouvertement son public. - JC
Resurrection of the Little Match Girl
(Sungnyangpali sonyeoui jaerim) - 2002
De Jan Sung-Woo
Avec Im Eun-Kyeong et Kim Hyeon-seong

Jun est un jeune homme qui rêve
de devenir pro-gamer. Un jour, par l'intermédiaire d'un cyber-café qu'il fréquente régulièrement,
il se retrouve à jouer à un jeu vidéo ultra-réaliste, où un peu à la manière
d'Avalon un game-over signifie une vraie mort, au cours duquel il va devoir défendre "la petite fille aux
allumettes". A la base, le film s'inspire comme on peut le deviner du conte éponyme d'Andersen, dans lequel une
jeune fillette qui tente en vain de vendre des allumettes pour survivre durant l'hiver, fini par mourir de froid dans l'indifférence
générale, non sans utiliser une à une ses allumettes pour tenter de se réchauffer. Ici, l'enfant
est remplacée par une prostituée qui vend des briquets pour arrondir ses fins de mois (vous conviendrez que
c'est un peu moins poétique), et à vrai dire il n'y a pas vraiment d'autre point commun avec le conte originel.
Resurrection of the
Little Match Girl est un film coréen qui essaye de toute évidence de surfer sur la vague de popularité
croissante du jeu vidéo au cinéma. Pour cela il n'hésite pas à puiser son inspiration à
droite et à gauche : Andersen bien sûr, mais aussi un rapport réel/virtuel qui semble résulter
du téléscopage brutal de Tron et Avalon, sans oublier les multiples références complices
et pas franchement subtiles envers les spectateurs-joueurs (l'interface calquée sur la Xbox, le lobby typique d'un
jeu de baston avec les effets visuels et sonores qui vont avec, un soupçon de Tomb Raider ici, un peu de Metal
Gear là, quelques gouttes de Street Fighter, etc.), et la repompe des modes cinématographiques du
moment, comme Matrix. Bref ça racole à tout va, ce qui est souvent le propre des films qui n'ont finalement
pas grand chose à raconter.




Si seulement le réalisateur
avait essayé de ne pas trop se prendre au sérieux, on aurait pu écoper d'un bon bis friqué qui
s'assume, car dans l'absolu tout n'est pas à jeter, notamment durant la première moitié du film, mais
nous n'aurons pas cette chance et l'ensemble tourne une fois n'est pas coutume à la mauvaise blague stylisée
et formatée pour adolescents. D'ailleurs pour vous donner une idée, le fameux plan-séquence de trois
minutes du combat à 1 contre 30 dans le tétanisant Old Boy (second opus sorti en 2003 du triptyque de
Park Chan-Wook sur le thème de la vengeance) et filmé comme un niveau de beat'em up 2D, fait plus réfléchir
sur le jeu vidéo et certains de ses thèmes récurrents que l'ensemble des scènes d'action de Resurrection
of the Little Match Girl, alors que ce n'est même pas le propos du film ! C'est dire. De plus, "Little Match Girl"
tente maladroitement d'amorcer un discours sur le principe du virtuel, mais ça tombe plus à plat qu'autre chose
dans ce mélange de références faussement complices imbriquées un peu n'importe comment.
En conclusion, à moins d'être
de ceux qui défendent, parfois aveuglément, le moindre film d'action qui provient de Corée sous prétexte
que les films coréen c'est cool, sans réellement se poser de question sur le cinéma ou en l'occurrence
sur le jeu vidéo, il est sans doute préférable de simplement passer son chemin et d'aller se revisionner
au choix Avalon ou Tron. - JC
El Rey de la Montaña (Les proies)
- 2007
De Gonzalo López-Gallego
Avec Leonardo Sbaradria et Maria Valverde

Alors qu'il voyage
seul en voiture pour rejoindre son ex-fiancée et tenter de renouer avec elle, un homme perd son chemin et s'égare
dans les bois. Brutalement, sans aucune raison apparente, un inconnu armé d'un fusil fait son apparition et tente de
le tuer. Notre héros désemparé rencontre pendant sa fuite une jeune femme qui va elle aussi, de fait,
devenir la proie de cette chasse mortelle... Difficile d'en dire beaucoup plus sans risquer de spoiler le twist scénaristique
qui survient durant les 20 dernières minutes de l'histoire.
Si El Rey de la Montaña
semble n'avoir a priori aucun point commun avec le jeu vidéo, il y a pourtant quelques signes qui ne trompent pas :
le joueur avisé aura par exemple noté dans le titre du film le clin d'oeil à un mode de jeu spécial
qu'on retrouve dans beaucoup de FPS, dit "roi de la colline" (on se demande en passant pourquoi le titre a stupidement
été traduit en français par "les proies", d'autant que deux autres longs métrages portent
déjà cette traduction, The Beligued de 1971 et Moonlight de 2002)... Par ailleurs, la séquence
d'ouverture propose plan par plan tous les types de vue que l'on peut avoir dans les jeux de voiture (éloignée,
rapprochée, capot, raz de la route, lattérale, tableau de bord...). On trouve enfin quelques passages en vue
subjective, typique des FPS déjà évoqués plus tôt. Mais attention, El Rey de la Montaña
va bien plus loin que l'effet visuel complice ou la citation purement esthétique à la façon de La
Plage de Danny Boyle. Ici, c'est à une réelle réflexion sur la violence dans les jeux vidéo
à laquelle le spectateur va se retrouver confronté pour peu qu'il se pose la question.




Associer violence et jeu vidéo
dans un film pourrait légitimement faire craindre un discour moralisateur voire réac' à base de phrase
toute faite voulant démontrer que tout joueur est un psychopathe en puissance. Ici il n'en est rien. Le réalisateur,
bien que mettant en scène une histoire angoissante teintée d'une violence crue, à l'intelligence de ne
pas donner de leçon sur le sujet, mais simplement de faire un constat indéniable (la violence est une réalité,
y compris dans les jeux vidéo) et de suggérer avec une dernière partie troublante et un final assez dur,
une piste sur la responsabilité. Et pour une fois, ce n'est pas le jeu vidéo qui est montré du doigt
ni même le joueur (sauf si on prend le film au premier degré, ce qui serait une erreur). Là encore il
est difficile d'être moins vague sans spoiler. Disons juste que cette mise en perspective pourra à la fin paraître
évidente, mais traitée en filigrane dans le cadre d'un film, on peut dire que ça fait tout de même
plaisir !
El Rey de la Montaña est sans
nul doute le film traitant des jeux vidéo le plus intéressant depuis Existenz ou Avalon, et ce
sans trip intello. Au regard de la concurrence (les adaptations à la chaine de Uwe Boll et autres Paul Anderson), ce
n'était certes pas bien difficile, mais les faits sont là et le film de Gonzalo López-Gallego démontre
au passage que non seulement le cinéma de genre le plus intéressant de ces dernières années prend
souvent naissance en Espagne, mais aussi que l'on peut évoquer les jeux vidéo dans des films de façon
mature et sans prétention auteuriste. - JC
Conclusion
Au vu de cette anthologie de films
dont la qualité d'ensemble est très inégale, il apparaît que les jeux vidéo ne sont pas
porteurs de concepts cinématographiques révolutionnaires, du moins pas sans une vision d'auteur forte, réfléchie,
fruit d'une grande expérience de la réalisation plutôt que d'une vraie connaissance de la chose vidéo-ludique.
Même David Cronenberg s'est fendu d'une oeuvre mineure (dans sa filmographie) en abordant le thème, et la majorité
des autres titres énumérés sont, inutile de l'expliquer vu leur renommée minime, anecdotiques.
Le problème est loin d'être résolu : comment concilier l'aspect ludique, voire futile, des jeux vidéo,
et l'ambition d'un scénario dont on ne veut pas qu'il fasse fuir les amateurs de jeux vidéo (premier public
visé le plus souvent), ni les cinéphiles pointilleux, ni les amateurs de pur divertissement. Comment se conformer
à la conception créative d'un jeu vidéo, basée sur l'évasion et l'irréalité,
tout en proposant une histoire et des personnages suffisamment crédibles, auxquels le spectateur puisse s'identifier.
La question reste posée...