Console la plus
orientée gamer de sa génération, la Xbox s'est illustrée
par son nombre impressionnant de FPS. Son règne achevé, il n'y a
au final qu'un seul jeu du genre à avoir réellement marqué
l'industrie du jeu vidéo. Je veux bien sûr parler de Halo 2, carton
sans précédent dans le monde des FPS sur console. Bien que très
réussi, le jeu de Bungie ne présentait guère d'intérêt
aux yeux d'une communauté de joueurs PC qui n'y voyaient là qu'une
simple imitation des doom-like auxquels ils s'adonnaient au clavier et à
la souris. Offrant une jouabilité plus précise, des graphismes plus
fins et une animation plus fluide, leur support de prédilection ne rougissait
guère face à ce soft qui n'apportait pas grand chose à un
gameplay pratiquement inchangé depuis des années.
Un constat peu flatteur à l'égard de la notion d'adaptation et de
création dans le milieu des consoles de salon donc, mais qui connaîtra
un véritable sursaut avec la sortie d'Unreal Championship 2: The Liandri
Conflict, un FPS ici vraiment pensé pour la Xbox , et qui se paie en plus
le luxe d'apporter une pierre à l'édifice.

Cet opus serait-il le meilleur Unreal ? Voire le meilleur FPS multijoueur
de la console ?
Faisant suite
au plutôt réussi Unreal Championship, The Liandri Conflict marque
l'association de deux noms du jeu vidéo. En effet, à l'époque,
le jeu fut distribué par Midway, alors que jusque là tous les jeux
de la licence Unreal l'étaient par Atari. Le jeu, confié aux développeurs
de Scion studios (peu après l'acquisition de ces derniers par Epic Games),
n'hésite ainsi pas à associer les deux univers emblématiques
des deux boîtes aussi bien pour marquer le changement de style de la série
que pour célébrer l'événement. Cela se traduit par
la possibilité de choisir de remplacer les voix du speaker original par
celui de Mortal Kombat mais aussi, clin d'oeil beaucoup plus intéressant
pour les fans de la franchise, par la présence de fatalités (ici
appellées "coup de grâce") et de Raiden dans les personnages
à débloquer !

Démarche volontaire ou simple coincidence, les changements
qui apparaissent dans cet épisode font plus ou moins subtilement écho
à la franchise vedette de son nouveau distributeur.
Mais l'impact
le plus flagrant de cette association, reste le gameplay du jeu. Alors que le
premier opus d'Unreal Championship se limitait à une simple adaptation
d'Unreal 2003 sur Xbox, The Liandri Conflict n'hésite pas à incorporer
de nombreux éléments issus des jeux de combat pour mieux s'adapter
aux carences et avantages d'une manette. On se retrouve ainsi face à un
croisement hybride entre FPS, jeu de combat, et Third Person Shooter. Un cocktail
déroutant au premier abord, mais qui, n'en déplaise aux sectaires
de l'ordre du PC, enrichit intelligemment le gameplay.
En effet, alors
que les précédents opus de la franchise et tout autre jeux du genre
avaient toujours délaissé le combat au corps-au-corps, qui n'était
là qu'en ultime recours pour le joueur en rade de munitions, The Liandri
Conflict donne la part belle aux combats au corps à corps, tout en restant
parfaitement jouable.
La palette de
coups au corps-à-corps peut facilement en témoigner, et ce n'est
plus une, mais cinq techniques différentes qui assurent des affrontements
bien plus techniques et jouissifs que ceux auxquels les FPS nous avaient habitués.
- L'attaque
en vrille, rapide et circulaire, qui multiplie les chances de toucher votre
adversaire. Particulièrement pratique pour toucher plusieurs concurrents
en même temps. Elle peut même paralyser l'ennemi lorsqu'on le frappe
sans relâche, un peu comme dans Sreet Fighter, les petites étoiles
en moins.
- L'attaque lourde est beaucoup plus précise car toute la force
du coup se concentre à l'avant. Elle est par conséquent plus puissante.
- L'attaque saut exige que le joueur maintienne la gâchette droite
appuyée. Le combattant , alors maintenu en l'air, concentre son énergie.
Lorsque la gâchette est relâchée, il s'élance dans la
direction voulue ou mieux, sur un ennemi. Idéal pour se rendre plus vite
d'un point à un autre, mais gare ! Pendant que le personnage concentre
l'énergie de son arme, il est très vulnérable...
- "Bondir" est aussi une attaque aérienne, mais beaucoup plus
rapide que l'attaque saut car elle s'effectue d'une simple pression sur le bouton
B pendant un saut. Elle consomme quelques mutateurs.
- Le coup de grâce, à la manière d'un Mortal Kombat,
en effectuant une combinaison de boutons qui s'affichent à l'écran
lorsque l'ennemi est paralysé. Aussi classe pour celui qui le réalise
qu'humiliant pour celui qui le subit, il tue du premier coup. Revers de la médaille,
il est peu évident à sortir et vous fait de vous un frag facile
pour les autres joueurs.

Avec une palette de coups au corps-à-corps
assez fournie, les phases de combat hors gunfight se révèlent être
techniques et jouissives.
Tous ces coups,
c'est bien gentil, me direz-vous, mais rien ne vaut un bon gros flingue ! Eh bien
détrompez vous. Pour équilibrer les forces entre joueurs armés
et adeptes du corps-à-corps, les dévellopeurs ont poussé
l'intégration d'éléments de jeu de bourre-pif jusqu'à
introduire un système de blocage et de contre dans leur jeu ! On peut ainsi
plus ou moins se protéger grâce à un bouclier laser intégré
à notre arme de contact, voire carrément renvoyer les tirs ennemis
à l'envoyeur ! Cette dernière technique demande, à la manière
d'un jeu de combat, un bon timing et surtout un grand sens de l'anticipation,
sous peine de finir en bouillie.

Les plus expérimentés sont tout aussi dangereux sans
arme à feu...
L'équilibre
et la jouabilité de ces deux types de gameplay sont tels qu'un joueur
désarmé n'est pas forcément une proie facile, car non content
d'être potentiellement dangereux, il est aussi capable de se mouvoir comme
dans un jeu de plate-forme à la troisième personne, et ainsi esquiver
sans mal les tirs grâce à la possibilité de rebondir sur les
murs et d'effectuer des doubles sauts. Heureusement pour les débutants,
la possibilité de verrouiller leur cible à la Zelda: Ocarina of
Time permet de ne pas se laisser déborder par les joueurs les plus agiles.
Bien entendu,
on retrouve aussi ce qui faisait la particularité des précédents
opus, à savoir les mutateurs, à la différence que cette fois
ci, les pouvoirs accessibles dépendent du personnage utilisé et
sont utilisables très rapidement. Ces pouvoirs sont incroyablement variés
et efficaces selon les personnages et sont très simple d'utilisation. On
pourra ainsi se soigner, devenir plus résistant, plus puissant, plus précis,
empoisonner ses tirs, etc... L'agilité, la force et les armes de mélée
sont tout autant d'éléments qui distinguent chaque personnage et
achèvent de leur conférer un vrai style de jeu, là ou la
plupart des FPS ne différenciaient leurs personnages que par leur apparence.

Le choix des personnages se fait surtout selon leur style de jeu, pas selon des critères
esthétiques.
Les
apparences, justement, les développeurs ne les ont pas délaissées.
A l'image de ses grands-frères, The Liandri Conflict déploie l'artillerie
lourde avec le recyclage du moteur 3d Unreal Engine 2, spécialement amélioré
pour cet épisode. Le résultat est à la hauteur des espérances
des fans de la franchise, avec des texture magnifiques et des effets de toute
beauté, le tout animé à l'écran avec panache et fluidité.
Un plaisir tel pour les yeux qu'on avait l'impression d'avoir un jeu de la prochaine
génération de console entre les mains.

Visuellement, le jeu transcende son support, à tel point qu'il
n'a pas à rougir de la comparaison avec bon nombre de productions nouvelle
génération.
Toujours au niveau
du visuel, cet épisode confirme l'orientation artistique de la série,
à savoir un melting-pot des plus grandes références de la
culture populaire américaine. A la différence des
précédents opus qui employaient un character-design lourdingue dont
la beaufitude venait renforcer l'aspect série B, The Liandri Conflict
se veut un brin plus propret et y ajoute une pointe de mysticisme. Ici, le spectre
de la mythologie égyptienne est encore plus présent que par le passé,
que ce soit dans certains décors ou dans certains combattants qui ne sont
ni plus ni moins que des répliques de dieux égyptiens, à la
Stargate.
Néanmoins
on retrouve toujours certains personnages au character-design dont les Américains
ont le secret... Bien bourrin donc. Au menu se succèdent des personnages
tous plus iconiques les uns que les autres, avec anciens du tournoi au look cyberpunk
qui n'ont pas l'intention de prendre leur retraite, cyborgs programmés
ou repensés pour tuer, guerriers aliens en quête de rédemption
ou de vengeance, combattants ressucités dont le look raviront les gothiques
et bien entendu répliques de dieus égyptiens en quête de pouvoir.
Les nostalgiques des débuts d'Unreal regretteront l'aspect nanar bien moins
agressif.

Unreal Championship 2 apporte quelques changements à l'orientation
artistique plutôt réussies comparés à celles prises
pour Unreal 3...
Sur le plan sonore,
le jeu remplit son contrat. Des bruitages explosifs à la musique à
la fois militaire, mystique et futuriste, le joueur est totalement immergé
dans le jeu. Les voix de la version francaise restent correctes, mais bien ternes
comparées aux originales, tout bonnement excellentes.
Grosse déception
en revanche pour les fans du premier Unreal Tournament qui comme moi espéraient
le retour des répliques cultes du type "c'est ma maison" ou "pauvre
nul !". The Liandri Conflict est beaucoup moins caustique dans les dialogues
des participants du championnat.

Pas de soucis côté son. Ca tue, mais de préférence
en VO...
L'une des originalités
de la saga des FPS multijoueurs d'Unreal réside dans l'originalité
des armes. The Liandri Conflict reste fidèle à ses grands-frères
de ce côté là, à la différence que cette fois-ci,
vous n'aurez accès qu'à deux armes par match au choix, à
savoir une consommant des cristaux, et l'autre des munitions explosives. En voici
la liste.
Armes à
énergie
- Fusil de sniper
- Fusil de choc
- Fusil bio
- Stinger
Armes
explosives
- Lance-roquette
- Canon anti-aérien
- Lance-grenades
- Ripjack
Si les munitions
de vos deux armes viennent à vous manquer, vous pouvez toujours faire l'usage
de votre arme de mélée ou d'une arme de poing dans chaque mains.
Selon le personnage choisi, l'arme et le tir secondaire diffèrent: tir
en rafale, tir empoisonné voire tir paralysant, ce qui s'avère
bien pratique pour exécuter plus facilement un coup de grâce...


Si elles restent similaires à celles proposées dans les précédents
opus, les armes d'Unreal Championship 2 restent un modèle d'inventivité
et une belle leçon de design...
Non content de proposer un gameplay incroyablement riche pour
un FPS, Unreal Championship 2 ne délaisse pas le joueur frappé par la crise et qui ne peut donc pas se permettre
le luxe de débourser 60€ par an pour jouer sur le Xbox Live. Il y a ainsi de quoi s'amuser en solo si l'on prend
la peine de débloquer tous les personnages, en commençant par terminer le mode histoire. Un mode certes pas
transcendant, qui fait plus office d'amuse-gueule gueule qu'autre chose, mais qui fait l'effort d'y mettre les formes en intégrant
des cinématiques entre deux matchs, histoire de raconter l'ascension du héros dans le tournoi. Bien foutues
avec notamment quelques idées de mise en scène très ludiques pour un jeu d'un genre qui ne s'est jamais
intéressé jusque là à la narration, ces dernières laissent entrevoir un héros qui
se distingue de ses prédécesseurs par ses motivations à participer au tournoi et un univers un brin plus
travaillé. Rien de très poussé cependant mais là encore, on sent encore un changement dans la
série.

Comparé aux autres Unreal, l'histoire est assez intéressante
avec un héros et un univers plus développé.
En plus du mode
histoire classique, le mode tournoi et le redoutable mode challenge vous permettront,
au fil des nombreuses victoires (et défaites), de maîtriser complètement le jeu et surtout de débloquer les personnages cachés
! Au menu, six modes de jeux différents, dont quelques nouveaux, pas révolutionnaires
pour un sou, mais bien sympas.
- Deathmatch,
ou le plus meurtrier gagne.
- Massacre de Nali, ou l'on doit massacrer un maximum de ces pauvres extraterrestres
pacifiques.
- Match à mort par équipe, ou l'on tue avec des coéquipiers,
le tout avec une jolie couleur bleue ou rouge.
- Overdose, ou il faut récupérer des balles radioactives
et les ramener sur des socles pour gagner des points.
- Capture The Flag, ou l'on pique le drapeau de l'autre camp pour le ramener
dans sa base et marquer des points.
- Survie, un match à mort ou l'on enchaîne les adversaires
un à un. Si l'on meurt, on attend son tour pour prendre sa revanche.

Avant de se mesurer aux autres, rien ne vaut l'entraînement,
ne serais-ce que pour connaître les règles des différents
modes sous peine de se faire traiter de boulet...
Après quoi,
vous pourrez de vous lancer dans le vif du sujet, à savoir le multijoueur.
La même chose quoi, mais avec jusqu'à huit vrais humains qui jouent
aussi mal que vous dans le meilleur des cas, ou qui d'après mon expérience
vous colleront une déculottée mémorable. C'est surtout ce
qui risque de vous attendre dans la mesure ou bon nombre de joueurs ont cédé
aux sirènes de la nouvelle génération, et que ceux qui restent
sont donc TRES expérimentés. Sinon jouer avec un ami reste possible,
ou en LAN. Pas d'excuses donc pour ceux qui n'ont pas le Xbox Live, il est d'autant
plus toujours possible de jouer gratuitement sur le net par le biais de logiciels
tels que XBConnect ou Xlink Kai ! Petite précision concernant le Xbox Live,
il est possible d'y télécharger un patch assez costaud pour le jeu.
Il comprend de nombreux nouveaux personnages, deux nouvelles maps, ainsi que divers
correctifs.

Aaah... Le multijoueur, ses gros PGM, les insultes et autres blagues
douteuses qui fusent...
Orientation multijoueur
oblige, si vous n'avez pas d'amis ou que vous êtes asocial, il reste toujours
la possibilité de jouer contre des bots. Ces derniers se débrouillent
très bien, surtout si dans un excès de prétention vous avez
choisi le plus haut niveau de difficulté parmi les cinq disponibles.
Les parties contre l'ordinateur ont étés très bien pensées.
Vous pouvez entre
autre sélectionner vous même et très rapidement vos ordres
lors des matchs en équipe en utilisant la croix directionnelle à
la personne de votre choix. Idem pour les vannes et autres provocations, même
si une option «provocation automatique» aurait été la
bienvenue pour égayer les parties en ligne, en particulier pour ceux n'ayant
pas la chance de posséder un micro.

Jouer contre les bots ne se révèle pas toujours plus
facile que contre un joueur humain...
Le jeu a beau
avoir de nombreux atouts, il restera dans l'ombre d'Halo 2. Contrairement à
ce dernier, Unreal Championship 2 n'est pas aussi facile d'accès, la diversité
de son gameplay combiné aux pouvoirs des personnages exigent un minimum
de pratique pour ne pas devenir de la vulgaire chair à canon. En définitive,
seuls les joueurs patients peuvent apprécier le jeu à sa juste valeur.
La principale
critique émise à son égard était que l'importance
accordée au corps-à-corps et à la mobilité avait tendance
à rendre les parties confuses. Une critique parfaitement justifiée
au début, mais qui disparaît rapidement une fois le gameplay complètement
assimilé. On pourrait donc attribuer au manque de joueurs en ligne la faute
à un gameplay peu engageant au premier abord, comme ça avait été
le cas sur PC pour Tribes: Vengeance, un des meilleurs FPS multijoueurs à
l'époque, et dont le flop fut retentissant sur une plateforme ou le genre
est roi.

Le mot de la fin... Il n'y a pas que Halo 2 sur Xbox.
Vous l'aurez compris,
Unreal Championship 2, en plus d'être un excellent FPS multijoueur, s'avère
être une adaptation bien pensée qui parvient à apporter quelque
chose de véritablement nouveau au genre. Grâce à sa jouabilité
irréprochable, à son gameplay très riche qui nivelle le doom-like
console par le haut, à son visuel splendide qui le hisse parmi les plus
beaux de la console et à ses nombreux modes de jeux qui lui garantissent
une durée de vie assez conséquente, il ravira les amateurs de FPS
nerveux en quête de sensations fortes, qu'ils jouent seuls, avec des amis
ou sur internet. Le maigre succès de cet opus est d'autant plus amer que
Scion Studios avait réellement fait l'effort d'adapter la franchise au support console en retravaillant son gameplay.
Il constitue
à mes yeux en tout cas le meilleur opus de la saga et le meilleur FPS multijoueur
de la console. Je vous le conseille donc vivement, sous réserve d'aimer
le genre, l'univers, et surtout de ne pas être réfractaire aux changements
instaurés par cet épisode. Bref, une histoire de goût avant
tout.
Des années
plus tard avec la Xbox360, Epic a abandonné cette stratégie en se
contentant d'importer le dernier opus PC (Unreal 3) de la licence sur la console
de Microsoft et de Sony. Les résultats se sont avérés décevants
pour Midway, la saga est donc aujourd'hui en déclin. Dans ce contexte,
The Liandri Conflict se pose comme un produit d'autant plus intéressant
qu'il témoigne de la difficulté que rencontrent les créateurs
de jeux vidéos à imposer de nouveaux concepts dans un marché
conservateur et formaté qui sanctionne sans états d'âmes les
prises de risques. Alors si vous en avez marre de ces jeux qui se ressemblent
tous et que vous n'avez pas acheté ce petit bijou pour votre Xbox, voire
votre Xbox360 (le jeu est rétrocompatible), réparez votre erreur
et rendez justice au travail des développeurs de Scion studios !
Niko844