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The Apprentice
Année : 1994
Système : CD-i
Développeur : SPC Vision / The Vision Factory
Éditeur : Philips Interactive Media
Genre : Plate-forme
Par Jean-Christian Verdez (02 novembre 2026)

Lorsqu'il est question de la ludothèque Philips CD-i, trois titres viennent en tête immédiatement : Hotel Mario, Link : The Faces of Evil et Zelda : The Wand of Gamelon. Mis en avant via youtube durant les années 2000 pour leurs cinématiques à la qualité très discutable, ces jeux sous licence Nintendo ont beaucoup fait parler d'eux. On ne peut toutefois pas en dire autant du reste de la ludothèque, qui encore aujourd'hui demeure obscure pour beaucoup de joueurs. Et c'est bien dommage car en dépit de la réputation peu enviable de la console de Philips, ce ne sont pas les productions intéressantes qui manquent. Parmi elles se trouve l'excellent The Apprentice !

The Apprentice est développé en 1994 par The Vision Factory / SPC Vision, dont c'est le quatrième titre après Alien Gate, Steel Machine, et Dimo's Quest (le remake CD-i d'un puzzle-game Amiga). Les origines des développeurs ont déjà été abordées dans les articles dédiés à ces jeux, et je ne saurais que trop vous en conseiller la lecture, toutefois en voilà un très petit résumé :

The Road so Far

SPC Company est une société qui conçoit des logiciels interentreprises, mais qui à l'aube de la révolution multimédia ambitionne de diversifier ses activités. Elle crée pour cela plusieurs sociétés filles, parmi lesquelles SPC Vision, spécialisée dans la technologie laserdisc. Mais au sein de l'entreprise, se trouve un développeur (Stefan Posthuma) tout droit venu de la scène démo Atari ST. Lorsque des kits de développement Philips CD-i débarquent dans l'entreprise, notre codeur y voit des points communs avec le ST, et se lance le défi de créer un jeu. Philips, voyant le résultat, est très enthousiasmé, surtout en comparaison de la ludothèque CD-i assez pauvre en 1992. Alien Gate vient de naître, et SPC Vision signe un contrat avec Philips pour un total de cinq projets.

Stefan Posthuma parvient à faire venir ses anciens camarades de la demoscene et c'est sous le label "The Vision Factory" qu'ils travaillent sur différents projets vidéo-ludiques. En cinq ans, SPC Vision / The Vision Factory va produire plus d'une douzaine de titres pour le CD-i, cependant les cinq projets initiaux sont Alien Gate (évidemment), puis Steel Machine (1993), Dimo's Quest (1993), The Apprentice (1994), et Accelerator. Pour l'anecdote, Accelerator ne sortira finalement pas avant 1997, au point qu'il ne fera pas partie des jeux édités par Philips. Mais peu importe, à ce stade de l'histoire, il compte encore parmi les "cinq".

Petit montage afin de montrer le palmarès de quelques membres de The Vision Factory. Les photos proviennent d'un CD de démo produit par SPC Vision et Codim Interactive, disponible aux Pays-Bas avec le premier numéro de "CD-i Magazine" publié en octobre 1994. Ce "Bundle Disc" contenait des démos jouables de Steel Machine, Dimo's Quest, The Apprentice, et même Accelerator (3 ans avant sa sortie officielle tardive) !

En soi, Alien Gate est un petit jeu initialement pensé comme une simple démo, mais rétrospectivement il est d'une importance capitale puisque rien n'aurait suivi sans lui. De son côté, Steel Machine fait monter la prouesse technique de plusieurs crans, même s'il peine à rester dans les mémoires du fait de sa difficulté extrême et parfois injuste. Dimo's Quest est à l'inverse un excellent puzzle-game qui a eu un véritable petit succès sur CD-i. Toutefois il s'agit d'un portage de l'Amiga certes très propre, mais sans ambition technique particulière. C'est donc chronologiquement le quatrième jeu, The Apprentice, qui a la charge de prouver une fois pour toutes les compétences supérieures de The Vision Factory quand il est question d'exploiter au maximum le CD-i.

Pas de faux suspens : Mission réussie, The Apprentice va mettre une claque à tout le monde.

Les six travaux de Marvin

The Apprentice est un jeu d'action orienté plates-formes, au scénario simple : Marvin est un apprenti-sorcier au service du très irascible Gandorf S. Wandburner III. Mal considéré, Marvin est aux yeux de Gandorf encore plus insignifiant que son chat Snuffles et son corbeau Randalph. Notre héros loge sous l'évier de la cuisine et se plie aux moindres désirs de son maître jour après jour. Et ce n'est pas de tout repos ! Le jeu vous propose de vivre une semaine comme tant d'autres dans la vie de Marvin.

Pour notre apprenti sorcier, tout commence le dimanche 08 juin de l'an de grâce 893, pour se conclure le vendredi 13. Chaque journée s'ouvre par une saynète dévoilant la péripétie du moment. Six jours, donc six niveaux, chacun étant subdivisé en 3 stages et un boss. Autant dire que la semaine va être chargée. Aller Marvin, au boulot !


Jour 1 - Medieval Tower : Gandorf a besoin d'un livre particulier pour étudier un sortilège. Bien sûr, c'est à Marvin d'aller le chercher ! Ce premier niveau pose les bases du jeu. Sautez de plate-forme en plate-forme, en esquivant les pièges et en tuant les ennemis à l'aide de votre baguette magique.

La progression est donc verticale, de bas en haut, avec un scrolling qui fait plaisir à voir sur CD-i ! Même si les chutes ne sont pas mortelles, il est toujours possible de tomber sur un ennemi et de perdre une vie bêtement. Le jeu est assez rigide, pas difficile en soi, mais exigeant. La moindre erreur d'inattention se paye aussitôt ! Ici une goutte d'acide tombe du plafond, là un ennemi vous fonce dessus sans ménagement... Il faudra aussi trouver des clefs pour ouvrir quelques portes verrouillées, les clefs sont sur votre chemin mais il ne faudra pas les oublier, sous peine de devoir rebrousser chemin. Le premier boss n'est autre qu'une gigantesque armure ensorcelée qui protège la bibliothèque !


Jour 2 - The Well : Tandis qu'il passe le balais dans tout le château, Marvin fait malencontreusement tomber un livre de magie dans le puit ! Gandorf lui ordonne d'aller le récupérer et le jette sans ménagement dans le puit, non sans l'avoir d'abord transformé en grenouille !

Ce niveau à deux spécificités qui lui sont exclusives : Déjà, tout se passe sous l'eau, et vous pouvez donc vous déplacer facilement aux quatre coins de l'écran. Ensuite, puisque ce niveau représente un puit et non pas une tour, vous évoluez cette fois vers le bas. Ah, et rassurez-vous, li n'y a pas de jauge d'oxygène à gérer ! En tant que grenouille, vous n'avez plus de baguette magique, et il faudra détruire les ennemis à coups de langue. Cela implique une allonge réduite et la nécessité d'être à proximité du danger. Le boss est une sorte de créature tentaculaire cachée dans un baril.


Jour 3 - Hi-Tech Tower : Snuffles (le chat) est en train de jouer dans le laboratoire. Soudain il fait tomber la boule de cristal de son maître et disparaît à l'intérieur ! Qui donc Gandorf va-t-il envoyer à la recherche de son chat ? Dans ce niveau, votre arme est une sorte de balle que vous lancez devant vous et qui rebondit au sol.

Un monde de technologie, avec un aspect labyrinthique. Les niveaux sont parsemés de tuyaux dans lesquels il faudra entrer (ils vous mèneront automatiquement à l'autre extrémité), mais il y a aussi des téléporteurs qui, eux aussi vous promènent d'un endroit à l'autre. Rien d'insurmontable toutefois, et si quelques cul-de-sac existent, ils demeurent utiles pour trouver des items qui rapportent des points ou des vies. A noter la présence d'objets modernes tels qu'une game boy, une disquette SEGA, et autres clins d'oeil pour les joueurs confirmés.


Jour 4 - Arctic Tower : Gandorf se prélasse près du feu, avec pour compagnie un verre de son whisky préféré. Seule ombre au tableau, il aimerait bien y ajouter un glaçon. A Marvin d'aller lui en chercher un dans la tour gelée du château, armé d'un pistolet à eau...

Rien de particulier à dire sur ce niveau, si ce n'est que la glace y est omniprésente. Grand classique des jeux vidéo, le monde de glace impose des mouvements plus délicats puisque le héros glisse et se retrouve victime de sa propre inertie lorsqu'il veut s'immobiliser. Ceci dit, pas de panique, l'ensemble reste jouable et ne vous arrêtera pas si vos déplacements sont rigoureux. Lors du combat contre le boss, il est conseillé de rester en hauteur, afin d'éviter au mieux les énormes boules de neige qui rebondissent.


Jour 5 - Deserted Tower : Aujourd'hui c'est Randalf (le corbeau) qui fait des siennes, en s'envolant dans la tour du désert pour roucouler avec dame corbeau. Marvin part le récupéré, armé cette fois d'un arc et de flèches.

Après le monde de glace, le monde désertique. Certes, ce n'est pas l'enchaînement le plus original qui soit, mais que voulez-vous, certains clichés du jeu vidéo sont surexploités précisément parce qu'ils fonctionnent ! En l'occurrence, c'est une occasion supplémentaire pour The Apprentice de mettre en valeur ses jolis graphismes dans une thématique différente. Côté gameplay, l'usage d'un arc et de flèches renouvelle la façon de gérer les ennemis, puisqu'il faut désormais compenser un effet de bullet drop (ou plutôt arrow drop) de vos projectiles.


Jour 6 - Toy Tower : Vendredi 13 ! Gandorf est terrifié au fond de son lit, tremblant de peur. Cette fois, il veut... son nounours en peluche ! Direction la tour des jouets, équipé d'un casque à hélice qui permet de voler et de lancer des lasers.

Le dernier niveau est sans surprise le plus difficile. Les ennemis sont nombreux, il y a plusieurs créatures volantes qui patrouillent sans relâche. Les détruire se révèle très risqué voire impossible, et les esquiver est délicat. Heureusement, le casque à hélice vous permet de virevolter partout, toutefois il faudra rester très prudent ! Le boss final est une petite fille paradoxalement très grande, qui utilise plusieurs jouets contre vous. Les missiles qui sortent de son chapeau sont ultra dangereux, attendez-vous à en baver pour la vaincre !


Stages Bonus : après chaque boss, c'est la fin de la journée et l'occasion pour notre héros fatigué de profiter d'un repos bien mérité en faisant de beaux rêves... Et ce n'est pas une façon de parler : chaque nuit, Marvin se promène en pensées dans un petit stage bonus peuplé de jolies nymphettes installées dans les nuages !

Il vous faut atteindre le sommet de ce parcours en un temps limité, tout en ramassant des pièces de monnaie afin de booster votre score. Et si en chemin vous parvenez aussi à collecter les cinq lettres du mot MAGIC, vous obtiendrez une vie supplémentaire en récompense. Dépourvus d'ennemis, ces stages sont de pures séquences de plates-formes. Il est facile de rater un saut et retomber plus ou moins bas. L'ensemble reste toutefois plutôt simple et court, avec un chrono permissif...

Bien que le jeu tourne sur CD-i, il y a comme une ambiance 16-bits typique de l'Amiga ou de l'Atari ST. Que ce soit dans le gameplay comme dans les graphismes, tout rappelle les jeux tournant sur ces bons vieux ordinateurs occidentaux. Et c'est une excellente chose, car même si en 1994 la suprémacie des japonais dans le domaine de la plate-forme (voire du jeu vidéo) est très difficile à contester, les européens prouvent qu'ils ont eux aussi des choses à dire.

Dès les premières secondes de The Apprentice, on comprend qu'il est le jeu de plates-formes dont le CD-i avait tant besoin pour être un minimum crédible en tant que console de jeux vidéo ! Certes, on est dans un pur style micro 16-bits qui ne plaira pas à tout le monde. Mais bon sang, un vrai scrolling comme dans tout bon jeu d'action qui se respecte, des sprites convaincants, des graphismes 2D séduisants, des boss coriaces, etc. Quel plaisir de voir que le CD-i, malgré ses lacunes techniques qui le mettent très loin derrière la concurrence, est quand même capable d'impressionner avec une formule vidéo-ludique traditionnelle, sans recourir aux artifices de la cartouche Digital Video ! Et, cerise sur le gâteau, si vous possédez tout de même la DV sur votre CD-i, le jeu va en tenir compte et vous gratifier d'effets sonores supplémentaires !

A gauche le mini-jeu "Marvinvaders" se déverrouille grâce à un code secret dans le menu principal.
A droite une séquence obtenue en tapant un autre code secret à l'écran de Game Over.

La générosité des auteurs de The Apprentice ne s'arrête pas là, car ils ont aussi caché un mini-jeu dans le menu, à activer en entrant un code secret à la manette. Il s'agit d'un clone sympathique de Space Invaders, baptisé "Marvinvaders". L'écran de Game Over comporte lui aussi son lot de secrets. En entrant là encore des codes à la manette, Marvin effectuera une Fatality à la manière de Mortal Kombat, décapitant d'un coup de baguette magique un singe qui n'avait rien demandé à personne. Deux Animalities transformeront des demoiselles évadées du stage bonus en petits lapins tout mignons. Enfin, pour les plus polissons d'entre vous, sachez qu'il existe cinq Nudalities grâce auxquels les vêtements de ces dames s'évaporeront dans un nuage de fumée. Un secret bien gardé pendant plusieurs années, puisque la censure n'y a vu que du feu et l'ESRB a classifié le jeu d'un inoffensif "E" (Everyone) alors qu'en général cet organisme fait preuve de peu d'humour...

Vision trouble

Après The Apprentice, SPC Vision / Vision Factory continue d'alimenter le catalogue vidéo-ludique du CD-i. Sa ludographie est variée, et en plus des jeux déjà cités en début d'article, elle comporte des titres éducatifs en allemand et en néerlandais (Die CD-i mit der Maus: Auf dem Bauernhof et Hieperdepiep, Ik Lees!), des oeuvres un peu plus coquines (Uncover featuring Tatjana, sorte de Qix avec la célèbre (?) modèle néelandaise Tatjana Šimic), et même des adaptations de jeux TV (Sport Freaks, et Lingo, un jeu télé connu chez nous sous le nom "Motus". Mais si, vous savez, la boule noire, tout ça...)

Lingo, Uncover featuring Tatjana, Lucky Luke: The Video Game, et Accelerator... Le premier est inintéressant, le second itou, mais les deux derniers méritent le coup d'oeil !

En parallèle, une tentative de rapprochement avec Codim Interactive ne se passe pas très bien, et démoralise le personnel, dont quelques membres choisissent de prendre le large. SPC, privé de plusieurs de ses spécialistes dans le jeu vidéo, se concentre sur des logiciels moins ludiques, par exemple une encyclopédie (Standaard Encyclopedia) et un CD-i dédié à l'astrologie (Het Staat in de Sterren)... Pour Lucky Luke, SPC collabore avec PixelHazard, une société éphémère formée par d'anciens membres de SPC. En plus d'un défilement dans les quatre directions, Lucky Luke s'offre même le luxe d'un bel effet parallaxe et d'un cycle jour/nuit ! En revanche la cartouche DV est obligatoire pour que le jeu puisse fonctionner. Associé à sa sortie tardive (1996, le CD-i vit ses dernières heures), ainsi qu'à un gameplay d'un intérêt moyen, cela lui vaudra d'être bien moins (re)connu que The Apprentice malgré des performances techniques si impressionnantes qu'elles en frôlent la sorcellerie !

L'une de leur dernières productions vidéo-ludiques sera donc Accelerator, un jeu de course de voitures en vue de dessus dans lequel les concurrents peuvent utiliser des armes pour détruire leurs adversaires. Un style de jeu assez répandu dans les années 90, il fallait bien que le CD-i ait lui-aussi son représentant du genre !

« Tu es un sorcier, Marvin »

Avec le succès et la popularité de The Apprentice, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'une suite ait été envisagée. En revanche, ce qui est surprenant, c'est que trois compagnies différentes ont travaillé sur cette idée, chacune proposant son propre projet !

Tout d'abord, SPC Vision / The Vision Factory, auteur du premier épisode, a travaillé sur un prototype qui aurait permis de se déplacer verticalement, mais aussi sur les côtés, suggérant des niveaux beaucoup plus larges. Les rares images connues de ce prototype à avoir circulé montrent toutefois des graphismes identiques au premier jeu, mais nul doute qu'il s'agissait d'un choix temporaire, après tout ce n'était qu'une proposition dans le but d'obtenir un financement de l'éditeur Philips.

La société Line Up a aussi fait une proposition. Line up avait déjà collaboré avec SPC Vision sur le premier épisode, s'occupant d'une bonne partie de la cinématique d'introduction. Pour Apprentice 2, baptisé Marvin's Mountain, Line Up développa une introduction durant laquelle le titre était balayé par une grosse boule de neige. Quelques animations montraient ensuite Marvin en mouvement, histoire de mettre en valeur la manière de jouer à cette suite, surement un jeu de plates-formes horizontal dans la tradition habituelle des Super Mario World et compagnie.

The Apprentice 2: Marvin's Mountain, un projet proposé par la société Line Up

Le troisième projet était l'oeuvre de PixelHazard, formé par d'anciens membres de SPC Vision, partis après l'échec de la fusion avec Codim Interative mais néanmoins restés proches du studio. Les deux entités ont collaboré sur Lucky Luke qu'on évoquait plus haut, et PixelHazard compte dans ses rangs quelques développeurs du premier épisode. Par exemple Luke Verhulst, graphiste dont le style est très reconnaissable, tout comme sa passion pour les jolies demoiselles au look japonisant et en tenue légère, qui peuplaient déjà les arrière-plans du premier épisode. Ci-dessous, deux images de ce qu'aurait pu donner The Apprentice 2 : Marvin's Revenge. Notez qu'il s'agit seulement d'images conceptuelles, pas de véritables captures d'écran ingame.

Toutefois, aucun de ces projets n'a abouti. Nous sommes alors en 1996 et le sort du CD-i est scellé depuis longtemps. Ces projets sont donc annulés, et il est temps pour tous les gens concernés de commencer à regarder si l'herbe n'est pas plus verte ailleurs... Elle ne l'est pas : Suite à l'échec global du CD-i puis à son abandon par Philips, le groupe SPC se focalise sur les productions CD-Rom et Internet. Malgré plusieurs remaniements, l'éclatement de la bulle internet sera fatal, et après un ultime changement de nom, le groupe SPC désormais baptisé Aebly est mis en faillite, courant 2002.

Pour conclure l'histoire de SPC Vision sur une note positive, sachez que ses différents membres ont su rebondir, travaillant par la suite pour Sony (Tim Moss, l'excellent codeur de The Apprentice, est aussi le responsable des impressionnants God of War de la PS2 !), King.com (le graphiste Niklas Malmqvist est le directeur artistique derrière Candy Crush Saga) ou encore Electronic Arts (le programmeur Stefan Posthuma a travaillé sur toute la série des FIFA)...

Oubliettes ?

Beaucoup de choses ont été dites sur Hotel Mario et les deux Zelda depuis les années 2010. Pour ma part, le plus gros reproche que j'aurais à leur faire, c'est d'avoir vampirisé toute l'attention des joueurs au détriment du reste de la ludothèque CD-i. Qu'autant de gens disent du mal de ces jeux sans y avoir joué est injuste (on ne va pas y revenir, lisez les articles correspondants). Mais résumer la console à ces trois jeux l'est au moins tout autant ! The Apprentice fait partie de ces quelques 150 autres productions méconnues voire oubliées aujourd'hui. Et s'il n'y a, bien sûr, pas 150 chefs-d'oeuvre sur CD-i (loin de là), The Apprentice en est un !

Alors oui, The Apprentice tourne sur CD-i, une machine bancale et mal-aimée dont la technologie embarquée et la conception datent de 1987, qui n'a même pas été pensée par Philips pour faire fonctionner des jeux vidéo, et dont les circonstances et une sortie tardive l'ont pourtant placée en concurrence directe avec la SNES voire la Playstation... Et malgré tout, The Apprentice est un platformer occidental excellent, qui exploite les capacités très réduites du CD-i d'une manière tout simplement brillante ! Aussi ne l'oublions pas, car il nous prouve que parfois, dans le monde des jeux vidéo, la magie existe.

Jean-Christian Verdez
(02 novembre 2026)