Oh même sur Xbox le jeu souffre de nombreux problèmes techniques. Son qui crachote, synchronisation labiale à la rue à cause d'une cinématique qui déconne, perso qui passe à travers des textures et meurt, et même parfois le lock qui refuse de fonctionner. On sent vraiment que le jeu a été victime d'une finition bâclée...
Bref, je viens de le finir. Et de me prendre une fin à la
Soul Reaver en pleine tronche

C'est d'autant plus marquant que contrairement à Legacy of Kain, je sais qu'il n'y aura jamais de suite...
Alors, que dire ?
J'ai repensé plusieurs fois à un roman que j'ai lu il y a quelques temps déjà, de Roger Zelazny, et qui s'appelait
Aujourd'hui nous changeons de visage. De la S.F assez particulière, surtout si on est habitué à Asimov, dans le sens où l'intrigue se construit alors que le/s personnage/s principal/aux sont au cœur d'une course poursuite. En effet, ils cherchent à se protéger et à fuir quelqu'un ou quelque chose qui les tue irrémédiablement. J'ai beaucoup aimé ce roman d'ailleurs.
Pourquoi je parle de ça ? Parce qu'Advent Rising est construit de manière somme toute similaire. Ce qui va suivre n'est pas un spoil, je vais tenter de résumer l'idée générale du jeu.
L'espèce humaine, habitant sur la planète Edumea, reçoit la visite surprise d'une espèce alien venue de loin, très loin. Tout le monde est sur le qui-vive, ne sachant pas à qui ils vont avoir affaire. Or les Auréliens, puisqu'ils se nomment ainsi, sont tout à fait pacifiques...mais viennent apporter un message sinistre. Pour faire court :
"votre espèce entière va être annihilée par d'autres extra-terrestres vraiment belliqueux, et nous ne pourrons rien faire pour les en empêcher. Cependant, nous promettons de tout faire pour protéger les éventuels survivants !"
C'est jovial, n'est-ce pas ?
Le pire étant que c'est exactement ce qui arrive : la première heure de jeu commence sur ce qui est ni plus ni moins que le génocide de la race humaine par les N'kils, qui se font appeler les Chercheurs. Le reste va être la tentative de fuite du héros, Gideon Wyeth, de son frère et de sa bien aimée...puis leur contre-attaque fulgurante. Le tout sur fond de conspiration galactique, de légendes, de mythes et de coups d'état. Et des rebondissements vraiment très bien amenés (la fin m'a cloué !). Sur le plan scénaristique je n'ai rien à lui reprocher, tout est mené de main de maitre, que ce soit les moments épiques ou émouvants. Un excellent point.
C'est un TPS pur souche où il n'y a presque aucun temps mort. On est tout le temps sur le qui-vive, soit en train de fuir, soit en train de planifier des tactiques de guérilla contre un ennemi plus grand, plus fort et mieux organisé que nous. Ce sentiment est très présent pendant la première moitié du jeu où on est encore en train d'apprivoiser ses capacités : on se cherche, on ne sait pas quelle arme ou quel pouvoir utiliser et on se mélange les pinceaux.
C'est sur ces points que je faisais la comparaison avec le roman de Zelazny (qui ne parlera peut-être qu'à moi, du coup) : la capacité à instaurer une ambiance, un univers alors que tout s'écroule autour de nous, et ce à l'aide du gameplay et des cinématiques à la fois. On découvre ce qui se trame dans l'urgence, et le seul moment de tranquillité sera le tout début du jeu avec une ouverture splendide sur l'espace. Profitez-en, vous n'aurez que peu le temps de l'admirer ensuite !
Vient ensuite la seconde moitié du jeu. Là, je ne ferai pas de mystères :
on devient un dieu vivant.
Non seulement c'est parfaitement justifié par l'histoire (là aussi, très bon retournement des codes de la S.F !), mais ça se traduit par une surpuissance qui efface presque tous les défauts de maniabilité dont souffre le jeu. Certains pouvoirs sont complètement abusés ! Lévitation permet, aux niveaux avancés, de balancer toute une armée dans le vide ; ou Glissement Temporel qui nous rend presque insaisissable ; et je ne parle pas d’Éclat, le sort de glace à la puissance démesurée (ah tiens, une prétérition). De proie vulnérable qui cherche un abri pour trouver un second souffle, on devient un guerrier vengeur qui abat sa puissance divine sur les Chercheurs que l'on plaindrait presque, pour le coup. Mais seulement presque.
Mais il y a des choses contre lesquelles la puissance brute ne peut rien...et la fin du jeu vient nous le rappeler. C'est fou, cette sensation de se faire enfler !
La plupart de mes griefs viendraient de la technique, mais c'est une sensation de gâchis plus que d’agacement. De savoir qu'une trilogie pareille n'atteindra jamais le second épisode est rageant, mais de savoir que tous ces bugs, toutes ces approximations auraient pu être évités...Sans compter ce final très abrupt qui sent le cliffhanger infini à des kilomètres à la ronde !
Je lui reproche vraiment les chutes de frame-rate impressionnantes, qui nuisent à la lisibilité du jeu. Il n'est pas très beau non plus mais à un jeu de couleurs qui lui donne une esthétique qui me plaît beaucoup. Et quelle idée de changer le doublage de Gideon en plein milieu du jeu !
Alors Advent Rising est très frustrant. Comme un roman dont on n'aura jamais que le premier tome parce que l'écrivain est mort trop jeune, et n'a laissé aucune trace de ses feuillets. Mais j'ai beaucoup, beaucoup aimé ce jeu qui s'est réellement approprié la S.F, l'a épousée et détournée à la fois. J'ai bien conscience que d'un point de vue normatif, voire clinique, il n'atteint pas les critères pour ce qu'on considère comme un "bon" jeu. Sauf que Advent Rising n'est pas normal, et il a su me toucher comme peu de jeux de S.F ont su le faire. A dire vrai, je le préfère largement à
Mass Effect 2. Voilà, c'est dit

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"Si Kage t'y arrives pas, essaie les pruneaux d'Agen !"
Shenron, pendant une soirée Virtua Fighter 5 Ultimate Showdown.