voilà.
il est assez régulièrement question de cinéma dans cette partie du forum, le plus souvent Américain, Européen ou Asiatique.
depuis quelques temps déjà, j'avais envie de vous faire part d'un film qui me tiens particulièrement à coeur, parce-que d'une part, c'est un chef-d'oeuvre du genre et aussi parce-qu'il fait partie d'un cinéma dont on ne parle que trop rarement, à savoir le cinéma Africain et notamment Algérien.
je pense que tous ici n'êtes pas sans savoir que pour la troisième fois consécutive, le festival du cinéma de Marrakech a eu lieu, avec une participation relativement importante de festivaliers venus des quatre coins de la planète et non des moindres.
à cette occasion, j'en profite pour vous causer un peu d'un film de Merzak Allouache dtant de 1976, intitulé "Omar gatlato" (ce qui donne, à peu près, en Français "Omar se la joue" ou "Omar le flambeur", "gatlato" étant plus le raccourcit d'une expression qu'un terme exacte).
ce film, à mi-chemin entre comédie, drame et portrait d'un pays en pleine recherche de son identité, raconte la vie d'Omar, un jeune Algérien tout juste trentenaire, vivant au coeur de Bab el Oued, un quartier pourri de chez pourri d'Alger (à côté, la cité des 4000, c'est Bizance)...
joué par Boualem Benani, Omar travail à la répression des fraudes, et plus particulièrement dans le traffic d'or qui a lieu dans les rues de la capitale.
Omar, comme beaucoup de personnes de sa génération, rêve d'une autre vie, pas forcément meilleure, juste différente.
entre les mômes de sa soeur, avec lesquels il partage sa chambre de 6 mètres carrés et qui viennent pisser dans son lit la nuit, le papy édenté et radoteur, la mama qui passe son temps à pleurer misère et le bordel ambiant, Omar s'évade de temps en temps en allant au cinéma du quartier.
pas pour les films, nan nan, puisque de toute manière ceux qui sont projetés sont entièrement importés d'Inde et ne sont pas sous-titrés (et encore moins doublés) mais pour la musique.
avec ses amis, "Moh la grosse", qui passe son temps entre pif-gadget et des petits traffics pas bien méchants, "Coco" qui suit le mouvement sans broncher, "Ali cherche copain" qui a dû se greffer une oreille au téléphone ou encore les jeunes du quartier, ils vont tous ensemble au cinéma, juste pour écouter la musique.
la particularité d'Omar, c'est qu'il a "un cassette", qui lui permet d'enregistrer toutes les belles chansons (qu'il ne comprend pas, mais il s'en fout) qu'on entend dans les films puis de les réécouter dans sa chambre, entre deux braillements.
un jour, au détour d'une rue, il "perd" son "cassette" et n'a plus rien pour écouter ni enregistrer les chansons Indiennes ou le Chaabi* des mariages.
Moh lui fournit alors un autre lecteur/enregistreur et là, en rentrant chez lui, comme par réflexe, il lance la casette qui se trouve à l'intérieur.
il en sort alors une voix de femme, une femme qui se confie à elle même, sans savoir qu'un inconnu va l'entendre et en tomber amoureux immédiatemment.
s'en suit alors tout un proccesus pour Omar afin de conquérir la belle.
dis comme ça, ça ne paraît peut-être pas, mais c'est un film que je vous recommande plus que chaudement.
d'une part, parce-que, tout au long du film, et malgrè le drame constant de tout un peuple à la dérive, il y a un humour omniprésent, un humour tendre et cinglant à la fois.
entre les situations le plus cocasses se cachent bien souvent une peine bien lourde, et c'est ainsi tout au long de ce film.
de plus, la bande-son est absolument magnifique, et si vous désirez écouter de la vraie musique traditionnelle Arabo-Andalouse, n'hèsitez pas un seul instant, vous allez en prendre pour vos oreilles.
de même, le blues constant de l'image est agréablement joint par une musique envoutante, à la croisée de toutes les influences de l'époque.
enfin, la mise en scène, le jeu des acteurs sont à tomber tant tout cela est d'une crédibilité ahurissante et cela permet, par la même occasion, de comprendre bien des choses quant à la triste actualité de ce pays.
je n'ai pas eu connaissance d'une édition en dvd de ce film, mais en revanche, je crois bien qu'il existe quelque version vhs, disponible dans des fonds de stocks...
sinon, certaines chaînes publiques et du câble diffusent, de temps en temps, ce petit bijou cinématographique, profitez-en !!!
et juste pour finir, si cela peut vous inciter à le visionner, "Omar gatlato" à reçu de nombreuses distinctions ainsi que des prix prestigieux de diverses manifestations cinématographiques (je crois même qu'il y a un Lion d'or de Venise quelque part ainsi qu'une nomination aux palmes d'or).
je vous met l'affiche du film ainsi que quelques photos, juste pour vous appâter
ps: le film existe en Arabe sous-titré et certains passages (pas beaucoup) sont en Français.
l'affiche du film
Omar et "Moh la grosse"
* le Chaabi est une musique traditionelle Algérienne, à l'origine du Raï.
celle-ci est essentiellement jouée à l'occasion d'évènements importants, comme les mariages ou les naissances. c'est une musiques qui fout un peu le blues mais dont les paroles sont bien souvent des chansons d'amûr.
ce genre musical se retrouve également dans la musique Arabo-Andalouse mais est nettement plus prononcée sur l'aspect traditionnel de la chose.
à noter dans ce film une magnifique performance dans une salle de cinéma, je vous laisse découvrir.
et dailleurs, si je ne me plante pas, on y voit, brièvement, celui qui deviendra Cheb Mami pousser la chansonnette, mais pas sûr.
et tiendez, tant que j'y suis, je vous invite à écouter Cheb Mami "avant" (disponible sur kuzuu), c'est franchement autre chose.
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"Il n'est pas de lutte plus violente et déterminée que celle d'un homme face à son envie d'aller aux toilettes" - Karate Boy