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Actualité de l'émulation [contenu fourni par Emu-France]
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![]() Fait marquant, je n'ai presque jamais parlé au cours de ce dossier des jeux et de l'époque tournant autour de la série, si ce n'est dans l'avant-propos où j'aborde rapidement la question des open-worlds et des problématiques qu'ils engendrent. L'époque concernée par ce modeste dossier, entre 2001 et 2012 donc, est pourtant le véritable départ du genre à grande échelle, qui nous offre une tripotée de jeux venant de tous studios, de tous horizons. Et pourtant c'est un fait, les Way of the Samuraï sont pour ainsi dire seuls sur leur marché... ce qui est pratique d'un point de vue rédactionnel puisque ça m'évite de m'attarder sur la situation périphérique au jeu à chaque fois ! Cependant, ma fainéantise va être mise à rude épreuve, puisque le cas de Way of the Samuraï 4 (WS4) est encore plus atypique que les autres. C'est aussi, histoire d'annoncer la couleur, mon épisode préféré avec le deuxième. ![]() ![]() La série a toujours assumé et même revendiqué un aspect fantasque, voire carrément comique. Mais ça restait circonscrit à certaines situations précises, et ces aspects n'étaient clairement pas mis en avant lors de la promotion (presque inexistante) des jeux antérieurs. On peut aller chercher des éléments de réponse du côté du parcours de la société Acquire qui a pris du galon depuis. Elle ne se contente pas de continuer à développer quelques épisodes de Tenchu, elle a démarré une autre série, Shinobido, mais aussi – et surtout – deux séries totalement déjantées : What did I do to deserve this, my Lord? ainsi que Akiba's Strip. La première est une sorte de mutation de jeu de puzzle où l'on joue le méchant dans une parodie de JRPG et de gestion décomplexée, quant à la seconde, c'est un jeu d'action / aventure dont le but est de neutraliser des ennemis qui ont pris possession des habitants du quartier d'Akihabara, mais vulnérables à la lumière du soleil, en leur retirant leurs vêtements ! Une bonne grosse dose d'humour et de second degré est nécessaire afin d'apprécier ces jeux, certes, mais ça souligne surtout à quel point Acquire a pris de l'assurance. Il faut dire que leur récent partenariat avec la société Nippon Ichi, spécialiste en TRPG japonais à l'humour omniprésent tel Disgaea, leur a ouvert nombre de portes et les a certainement rassurés quant à leur potentiel et leur talent. ![]() ![]() C'est un fait qui ne se voit pas forcément dans les prémisses du jeu. On est au Japon en 1904, les navires américains, britanniques et hollandais ont amarré dans plusieurs ports du pays, signent plusieurs traités commerciaux (à leur avantage, ça se répercutera sur l'histoire du pays...) et propagent la culture occidentale au cœur d'un peuple pris de court devant un tel changement. Dans la ville portuaire d’Amihama, l'agitation règne : un navire noir britannique s'apprête à accoster. Ce n'est pas la première incursion des Anglais, loin de là, puisqu'ils ont déjà un consulat et un quartier qui leur est dédié. En revanche, l'ambassadrice Laura Lita, accompagnée du comte Jet Jenkins, vient proposer un accord visant à mettre en place un partenariat entre les deux pays concernant la fabrication et la vente de la soie. Une occasion en or, qui suscite des réactions diamétralement opposées. ...et alors que le prochain navire anglais débarque bientôt, une petite pirogue accoste l'air de rien à Amihama. C'est ainsi que vous mettez le pied pour la première fois sur le port, et constatez que quelques mètres plus loin, un attroupement s'est formé... ![]() ![]() Il ne faut pas longtemps, quelques minutes tout au plus, pour se sentir perdu dans WS4. Il y a une ambiance un peu différente, un peu moins de mépris général à votre égard, tout juste de l'indifférence, et les colons anglais sont fascinés par les samouraïs. Mais la sensation est plus profonde que cela. Ceci vaut peut-être plus pour les habitués que pour les nouveaux venus d'ailleurs, car une grosse partie de l'interface a changé. Ce n'est pas pour rien que, très vite, le jeu propose des didacticiels afin d'expliquer les boutons et les actions possibles. Tout d'abord, la jauge de durabilité et de chauffe de l'arme a complètement disparu, au profit de deux autres jauges : la vie en vert et l'endurance (appelée « Vitality » dans le jeu) en mauve. C'est autour de cette nouvelle venue que s'articule désormais le gameplay, elle ne cesse de diminuer à chaque fois que vous vous battez, que vous faites un voyage rapide sur la carte ou d'autres actions d'importance. Or, tant que vous disposez ne serait-ce que d'un brin d'endurance et que vous ne portez pas de coup (ni n'en recevez), votre barre de vie se régénère toute seule ! Mais si elle est vide, ce bénéfice disparaît. Votre première préoccupation sera de maintenir cette jauge à un niveau raisonnable, et il est fort probable que vos fouilles et une partie de vos économies soient consacrées... à manger ! Manger en effet remonte votre endurance, en plus de vous octroyer des bonus à la récupération des jauges, entre autres. Le fait de retourner sa lame pour frapper avec le plat passe désormais par la touche L2 puis Croix, et a une toute autre utilité en plus du roleplay, puisqu'elle vide non pas la barre de vie adverse, mais son endurance. Il y a une troisième jauge cependant, située discrètement entre les deux autres, qui permet de déclencher une sorte de bref moment de surpuissance. Appelée ironiquement « Spring Harvest » (littéralement « récolte du printemps »...), on le déclenche en maintenant R1 tout en appuyant sur L1. Un petit flou artistique et une tirade moqueuse du personnage viennent confirmer l'activation, et l'on devient bien plus rapide, bien plus fort pendant un petit laps de temps. Une fois la jauge vidée, on se retrouve à genoux et à bout de forces pendant quelques secondes... ou on peut être aussi classe qu'un héros de film d'action et rengainer auparavant. Le jeu fait un gros plan sur la lame qui retourne dans son fourreau, et tous les ennemis tués pendant la Spring Harvest s'écroulent en même temps ! C'est très, très classe, et c'est fondamentalement une évolution du Ren-Satsu de WS3, mais en bien plus lisible car la caméra ne s'affole plus du tout, et les QTE ne sont plus de la partie. ![]() ![]() En parlant du rapport avec ce troisième épisode, WS4 a décidé de faire un gros ménage, et ce dans tous les compartiments de jeu, en faisant un tri attentif. Tout d'abord, vous avez cinq jours à passer à Amihama, pas un de plus, divisés en trois périodes (journée, soir, nuit). Deux événements obligatoires auront lieu les troisième et quatrième jours, en cours de journée, et le second peut carrément terminer la partie selon la manière dont il se déroule. Désormais, le temps ne s'écoule plus que par les événements et le sommeil volontaire, on reprend donc la base du premier épisode en y ajoutant le passage du temps en dormant, l'heure disparaît complètement pour plus de lisibilité. Pour encore plus faciliter cette dernière, un journal des événements est désormais accessible depuis le menu Pause. Très bien fait, il permet de connaître quel jour on est, ce qui est en train de se passer, ce qu'il peut se passer, et une petite phrase nous indique où se rendre pour faire avancer les choses. Pour finir, on a désormais une carte en temps réel, dont la taille et l'affichage peuvent être réglées par la touche Select. ![]() L'avantage premier de ces ajouts et retranchements, c'est bien sûr de rendre le déroulement d'une partie très compréhensible, mais surtout, comprimer l'aventure à cinq jours, tout en donnant la possibilité d'y faire ce que l'on veut à notre rythme, permet un mariage d'intensité et de liberté d'action, une alliance parfaite de la tension permanente (et pourtant différente) des deux premiers épisodes, sans souffrir de la langueur du troisième. Ce fameux journal a lui aussi un effet double, puisqu'en plus de nous renseigner, il excite la curiosité ! On est sans cesse en train de se demander ce que va nous réserver telle case, comment on va résoudre tel croisement... Certaines actions auront cependant une influence directe sur la partie en cours, notamment concernant le taux de criminalité. Celui-ci fluctue en fonction de certains critères, mais pour faire court, plus vous agissez comme un criminel et plus il baisse, augmentant le nombre de policiers en faction ainsi que les prix en magasin. À l'inverse, plus vous achetez et faites de bonnes actions, et plus les prix baissent... mais moins vous aurez de chances qu'apparaissent des personnages agressifs portant des armes puissantes. Certains petits boulots peuvent aussi influer sur ces taux, tout dépend pour qui vous travaillez, mais là aussi il y a des surprises. Finis les jobs nuls et ennuyeux de WS3, retour à une grande variété : tabassage de yakuzas, assassinats, meurtres de masse, ou actions caritatives envers les mendiants, vols à l'arrachée, résolution de conflits familiaux... et le tout est très bien payé. En revanche, certains jobs peuvent se révéler assez difficiles, mais on est payé comme des rois ! Là aussi, Acquire a revu sa copie, le temps du farming crétin est terminé. Entre la possibilité de réguler les prix et celle de gagner beaucoup d'argent, il n'est pas trop difficile de se faire un fonds afin d'améliorer ses armes ou acheter de nouveaux vêtements. ![]() ![]() De manière générale, WS4 a du contenu à revendre, et ce malgré son aspect amoindri et compressé. En dehors des fringues (j'ai un côté « fashionista » refoulé), on peut faire halte dans de nombreux restaurants pour manger et regagner de l'endurance, remplir son sac de réserves pour repartir de plein pied... J'adore ce côté « tour du monde culinaire », je trouve que ça colle parfaitement à l'esprit touristique, contemplatif qui accompagne la série. Amihama déborde de vie, il suffit de s'arrêter quelques minutes pour voir des geishas se faire accoster par des types bourrés, un yakuza se faire menotter car pris en flagrant délit d'extorsion d'une vieille dame, ou regarder la calèche passer à Little Britain et écouter la marine royale parler un « engrish » à couper au couteau ! ![]() ![]() Tout ceci sans compter les nombreux à-côtés, dont certains ont été largement relayés par la publicité faite autour du jeu, mais dont le jeu lui-même ne fait aucune mention claire, laissant une liberté totale de les découvrir aux joueurs et à la communauté – peut-être doit-on y voir l'influence de Demon's Souls ? Le « night crawling » par exemple est un mini-jeu qui consiste à draguer n'importe qui, homme comme femme, et de s'envoyer en l'air la nuit tombée ! Il consiste en trois phases : la drague à proprement parler où il faut répondre correctement (ou avoir effectué certaines tâches en ce qui concerne les personnages-clés), puis l'infiltration chez la « victime » où il faut localiser sa chambre sans se faire pincer par les gardes, si possible en les assommant et, le cas échéant, fuir les policiers. Et enfin, la partie de... enfin, pas tout à fait, puisqu'il s'agit d'un « combat » où le but est de désinhiber sa proie sans perdre sa « motivation », dira-t-on, symbolisée par une tortue. En cas de victoire s'ensuit un fondu enchaîné avec des bruitages ridicules. On ne voit jamais rien bien sûr, c'est de la comédie pure, tellement débile que c'en devient hilarant, notamment avec certains personnages ! En revanche, avoir la possibilité de draguer des hommes nécessite de faire quelque chose avant, je vous laisse le soin de le découvrir, mais cela a trait à la gestion du dojo. Sur une note plus légère, chaque point d'eau permet aussi de pêcher. Il suffit d'acheter une canne à pêche, des appâts, et à vous les plaisirs mystiques de cette activité, ici dépeinte de manière originale : il y a une véritable hiérarchie entre les poissons, les points d'eau, et la présence de poissons légendaires a fait couler beaucoup d'encre au sein des joueurs qui ont débattu longtemps avant de se mettre d'accord. Je ne vous donnerai qu'un seul indice : on peut pêcher dans les endroits les plus improbables... ![]() ![]() Malgré tout cela, ce qui est impressionnant avec WS4, c'est qu'il a beau laisser une première impression de jeu complètement dingue, il apparaît très vite au contraire comme un travail tout-à-fait sérieux, réalisé avec un rare professionnalisme. Si on pourra toujours râler sur un frame-rate souffreteux quand il y a trop d'ennemis et d'armes par terre en même temps, il est indéniable qu’Acquire dispose maintenant d'un vrai savoir-faire technique. La mise en scène est cette fois à la hauteur des enjeux, les cut-scenes sont toujours réalisées avec le moteur du jeu mais les animations sont bien plus naturelles et ne sont plus dérivées des mouvements de combat. Le cadrage est lui aussi bien meilleur et souligne désormais l'action comme elle le mérite, s'évitant quelques ratés malheureux qui abîmaient parfois les deux premiers épisodes. En fait, WS4 est celui qui arrive le mieux à être à la fois un excellent jeu et un bon film d'action, sans se vautrer dans les égarements des cinematic actionner puisque la place du joueur est égale à celle de l'action à l'écran : ce qui se passe dans la cinématique est la conséquence de nos actions. Et comme on interagit directement lors de ces passages censés être en dehors du champ d'action du joueur, que ce soit en coupant la parole, en répondant, en ne disant rien ou même en prenant la mouche, il y a une réelle alchimie qui s'opère et qui donne une sorte de mariage jeu / joueur que j'ai rarement ressentie en dehors des jeux parfaitement silencieux. On se croirait en pleine saga Il était une fois en Chine de Tsui Hark, un épisode spécial Japon, spécial jeu vidéo, spécial joueur ! WS4 a su étudier ses grands frères, a pris bonne note de toutes les bonnes idées, a trié le bon grain de l'ivraie, s'est séparé sans regret de tout le gras, de tout le superflu qui pouvait les plomber. C'est un jeu-somme, un jeu total qui laisse libre cours aux petites expériences du joueur en restant solide et bien organisé. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il est ce qu'aurait pu être WS2 si la série avait vu le jour en 2012 et non pas en 2001... Plus que jamais on ressent la puissance de l'effet-papillon, la possibilité qu'un petit coup d'aile puisse déclencher les vents du changement, ou au contraire n'être qu'une simple brise que l'Histoire oubliera, et la série fait très souvent ressentir les deux en même temps. Rien que pour cela, elle mérite qu'on parle d'elle, qu'on y joue, et qu'on s'en souvienne. ![]() ![]()
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