Le 27 février 2026, Pokémon a fêté officiellement ses trente années d'existence comme la toute première génération sortit en 1996 au Japon. Même s'il faudra attendre 1999 pour voir ce phénomène culturel arriver en France, l'anniversaire est vertigineux : rares sont les licences qui peuvent se targuer d'une telle longévité, et quand bien même l'engouement autour des bestioles de poche serait loin, aujourd'hui, d'être aussi fort que ce qu'il a pu être jadis, Pokémon reste une série incontournable que toutes les joueuses et que tous les joueurs ont sans doute, un jour, rencontrée. Le dossier que j'avais écrit pour GrosPixels (mâtin, quel site !) a lui-même près de 15 ans. Je fais partie de cette génération touchée en plein cœur par la série, comme j'étais encore enfant, voire pré-adolescent, au moment de sa sortie française. J'ai vieilli depuis, mais je joue encore à Pokémon, et j'écris encore pour GrosPixels ; et je voulais parler ici d'un des meilleurs rom hacks du genre, Pokémon Unbound, qui est une extraordinaire façon de fêter les trois décennies de Pikachu et qui a même ravivé, chez moi, la plus puissante des flammes.
Cela a beau ressembler à la troisième génération, on ne s'y trompera pas longtemps...
Pokémon Unbound est ainsi un hack de Pokémon Rouge Feu, de la même façon que Crystal Clear, dont j'avais parlé jadis, l'est pour Pokémon Cristal. Il s'agit donc d'une refonte de cet épisode qui remasterisait, en compagnie de Vert Feuille, la toute première génération avec le moteur, et les ajouts, de la troisième (Rubis, Saphir, Émeraude). C'est un choix judicieux, dans la mesure où il s'agit là de la dernière génération sans modèle 3D, et qui reste encore maintenant très agréable par la qualité de ses sprites et l'ergonomie de son interface. Au regard cependant de Crystal Clear, qui est une version « Open World » du jeu et qui vous propose d'explorer le monde comme bon vous semble, Unbound se présente comme une aventure traditionnelle, c'est-à-dire davantage linéaire, et alterne arènes de dresseurs pour espérer devenir Maître Pokémon, et intrigues narratives suivies où vous devrez sauver le monde d'un destin funeste. Partant, même si les deux hacks procèdent du même mouvement, celui d'une célébration générale de la licence, les jeux se parcourent bien différemment.
Il y a une belle diversité de dresseurs et de dresseuses et leurs petites répliques sont très bien écrites, et très en phase avec l'esprit original de la licence.Les arènes sont souvent labyrinthiques, et ont toutes une particularité influençant les combats. L'arène électrique, par exemple, magnétise le sol et fait léviter tous les Pokémons de type électrique et métal, les rendant insensibles aux attaques Sol...
Unbound nous place sur un tout nouveau continent, Borrius, situé à un emplacement indéterminé du monde mais qui a des liens commerciaux avec Kanto et Johto, les continents des deux premières générations. On nous raconte, dans l'introduction du jeu, une guerre terrible s'étant déroulée loin dans le passé, où un roi exploitait la puissance démesurée des Pokémons à de sombres desseins. Bien plus tard, une mystérieuse société secrète cherche à retrouver le pouvoir perdu du monarque pour diriger le monde et ce sera à vous, et à vos compagnons, de les mettre en échec. L'intrigue du jeu, je dois dire, ne m'a pas absolument transporté malgré tout le soin qu'on a pu lui apporter. Elle souffre à mon goût de ce défaut, de se prendre bien trop au sérieux et de manipuler un grand nombre de concepts périlleux : la souffrance due à la perte d'un enfant, d'anciennes rivalités historiques, l'emploi des Pokémons à des fins guerrières. Ces questions ont pu être explorées, ou du moins abordées, dans différents épisodes canoniques de la saga (ne serait-ce que par le personnage de N, dans la cinquième génération), mais il m'a manqué ici un peu de distance et d'intelligence pour pleinement m'investir. Mais si l'histoire principale échoue, pour moi ne serait-ce, je ne pense pas que cela soit dû à son écriture en particulier, mais à l'univers de la licence lui-même qui n'autorise pas, ou alors très maladroitement, ces graves développements. Ce sera néanmoins le fil rouge de l'aventure, dans la mesure où la quête des badges d'arène sera ancillaire à ce grand projet.
Voici l'archipel de Borrius ! On l'explorera grosso modo dans le sens des aiguilles d'une montre, en commençant par la montagne la plus au nord, et en terminant par la plus petite île à l'ouest.Chaque village a sa propre identité et sa propre mythologie, comme celui-ci qui vénère les golems légendaires.
Effectivement, pour entraver les plans de ladite société secrète, il faudra les pourchasser tout autour de Borrius et pour cela, acquérir le moyen d'utiliser les Pokémons pour naviguer sur des étendues d'eau, pousser ou détruire des rochers, couper des arbres ; autant de compétences accessibles uniquement via des Capacités Secrètes (CS ou HM, Hidden Machine, en anglais) qui ne peuvent être employées que si l'on a obtenu, auparavant, tel ou tel badge. Partant, le jeu est réglé comme du papier à musique : on a un nouvel objectif pour contrer nos opposants, mais il faut auparavant obtenir un badge pour explorer le volcan ou l'île où ils se terrent ; une fois le lieu atteint, on affronte un patron et rebelote, un peu plus loin sur la carte. Cette alternance entre narration principale et conquête de la ligue Pokémon n'est pas sans rappeler, toutes choses égales par ailleurs, ce qui se fait traditionnellement dans la série, mais on notera que la chose est ici davantage verrouillée et même si chaque étape de l'aventure autorise des quêtes secondaires et des donjons facultatifs, on ne retrouve ni la liberté absolue de Crystal Clear ni même, à dire vrai, la relative flexibilité des toutes premières générations qui autorisaient, petitement il est vrai, d'affronter les épreuves dans un ordre distinct que celui recommandé.
Parmi les CS accessibles, on trouve les classiques comme Surf mais aussi de nouvelles, comme celle qui nous autorise à dévaler et à remonter des massifs rocheux.
Heureusement, la narration générale n'est pas, ce me semble, l'intérêt principal du jeu. C'est davantage les très, très nombreux ajouts au gameplay qui doivent retenir votre attention, et ils sont tout bonnement extraordinaires. Je ne pourrai pas tout lister dans cet article, aussi ne donnerai-je que les plus importants. Le plus impressionnant, je pense, c'est l'extension générale du bestiaire puisque Pokémon Unbound inclut les sept premières générations de Pokémons, soit 809 créatures, et propose même de débloquer la huitième génération (Épée et Bouclier), montant le total à 905 ! Ce chiffre donne véritablement le tournis, moi qui ne connais surtout que les 251 créatures des deux premières générations, celles avec lesquelles j'ai grandi. Les possibilités stratégiques en deviennent, dès lors, infinies. Quasiment toutes les associations de types sont accessibles, et l'inclusion du type « Fée », apparu avec la sixième génération (X et Y), redéfinit très nettement l'équilibre des forces notamment face au type Dragon, qui a été longtemps redoutablement puissant, puisque les Pokémons Fées sont immunisés contre ces attaques. Alors, il vaut mieux avoir un raccourci rapide vers Poképedia (lien externe) pour savoir les faiblesses de telle ou telle bestiole, surtout que le jeu est en anglais, mais il n'a jamais été aussi simple de constituer son équipe de rêve.
Les menus des statistiques sont très complets, puisqu'on a une note à côté de chaque variable, pour nous indiquer si le Pokémon est puissant ou non dans un domaine, et le petit cœur à côté de son nom indique son degré d'amitié, qui détermine la puissance de certaines attaques et certaines évolutions.L'histoire du jeu tourne autour du Pokémon Hoopa, issu de la sixième génération, et de ses pouvoirs interdimensionnels.
Il faudra bien une encyclopédie, effectivement, pour venir à bout du jeu, parce que vos adversaires n'hésiteront pas, non plus, à aligner des équipes terribles pour vous barrer la route. Il est à noter que le jeu propose plusieurs modes de difficultés, tant pour les énigmes du jeu (c'est-à-dire, la résolution de labyrinthes, les puzzles à base de blocs à pousser, etc.) que pour les combats. Le mode initial, dit « Vanilla », est déjà assez coton, mais les suivants (« Difficult », « Expert » et « Insane ») nécessitent non seulement de stratégiser absolument votre approche, mais également d'entraîner vos bestioles parfaitement pour espérer vaincre. Et ne pensez pas, non plus, contourner le challenge en grindant de l'expérience, puisque le niveau de vos adversaires sera directement indexé sur le vôtre... Si vous rajoutez à ça différentes options, permettant par exemple de gérer l'emploi, ou non, d'items pendant les batailles pour vous ou vos adversaires, d'activer un partage de l'expérience reçue entre tous les membres de votre équipe et plein d'autres petites sucreries, vous obtenez l'un des systèmes les plus complets qui soient. Même, le jeu inclut les « méga évolutions » de la sixième génération, qui permettent à certains Pokémons de gagner une puissance démésurée en combat sous l'effet d'une pierre spéciale, ce qui démultiplie plus encore les possibilités.
Le menu d'options est très complet et témoigne de l'immense travail de programmation des hackeurs.Notre sac-à-dos a été remplacé par un cube magique, qui peut contenir un nombre infini d'objets. Ce changement aura d'ailleurs une importance scénaristique...
Tout cela fait incontestablement de Pokémon Unbound le plus beau représentant de la complexité fascinante des combats de la licence, une complexité que les jeux traditionnels n'ont jamais vraiment creusée et dont seuls les tournois, officiels ou non, ont pu donner une idée. Moi-même, qui connais pourtant Pokémon depuis ses débuts, qui ai passé entre cinquante et deux-cents heures sur chaque épisode et qui ai, je pense, plutôt bien exploré le système de jeu, j'ai été véritablement poussé dans mes derniers retranchements au point de terminer la ligue Pokémon sur les rotules, avec une seule bestiole péniblement en vie, et encore, en spammant des Revive et des Max Potion à tire-larigot... Après, il faut dire aussi que je suis un sentimental, et que je préfère avoir un Pokémon que j'aime plutôt qu'un autre objectivement meilleur en termes de statistiques ou d'attaques. Que celles et ceux, cependant, qui ne vivent que pour la baston se rassurent : toutes les créatures sont capturables, même si, là encore, une encyclopédie (lien externe) sera nécessaire tant les conditions d'obtention de certaines d'entre elles sont particulières. Ainsi, des bestioles n'apparaissent que de jour, ou que de nuit ; certains jours de la semaine uniquement ; d'autres, après avoir vaincu la ligue ; d'autres éclosent, aléatoirement, dans un œuf donné par un personnage qui n'apparaît que selon un certain emploi du temps.
Les conditions climatiques évoluent selon les lieux, l'heure et le moment de la semaine, pour des ambiances et des combats toujours changeants.Le jeu ajoute également de nouveaux objets à faire tenir aux Pokémons et de nouvelles baies, pour démultiplier encore plus les possibilités en combat. On en a véritablement le tournis !
Il faudra bien ça pour voir tout ce que le jeu a à offrir, car son contenu va bien au-delà de la narration principale et de la conquête de la ligue Pokémon, ce qui devrait vous occuper entre trente et quarante heures de jeu, en prenant son temps. Il y a, déjà, un grand nombre de zones annexes à explorer, pour trouver de nouvelles bestioles et de nouveaux objets ; une quantité astronomique de secrets à découvrir en revenant sur ses pas, après avoir découvert telle ou telle HM comme « Surf » ou « Coupe » ou d'autres inventées pour l'occasion ; mais également tout un généreux post-game, après le générique de fin, presque aussi long que l'aventure principale. Il y a là, en vrac, un épilogue à la narration principale, qui clôt les enjeux historiques ; une quête des très nombreux Pokémons légendaires, qui sont apparus tout autour du monde ; un deuxième round contre la ligue Pokémon, pour défendre votre titre ; j'en passe et des meilleurs. Le meilleur des ajouts, cependant, tient sans doute à celui des missions, une idée tellement bien intégrée dans ce hack que je m'étonne de ne pas l'avoir vue plus tôt dans la série. Certains personnages, effectivement, vous confieront des missions à accomplir contre récompenses, de différentes natures : ce peut être utiliser tant de fois une compétence, capturer tel Pokémon, accomplir une certaine action particulière comme vaincre la ligue entière avec un seul Pokémon (!!!). On prend assez de plaisir à modifier son style de jeu ou à faire un détour pour accomplir ces quêtes, agréablement listées dans un menu dédié.
Le journal des missions est très simple à utiliser, et permet de retrouver sans mal nos objectifs.Les personnages avec ces bulles au-dessus de leurs têtes vous confieront des missions. Elles sont toujours facultatives, mais les récompenses peuvent être très intéressantes...
Terminons d'ailleurs par parler des modifications de l'interface et de la navigation en jeu, modifications qui sont là encore particulièrement nombreuses. Non seulement l'ensemble des menus a été refait pour être plus agréables, souvent en s'inspirant, d'ailleurs, de ce que Pokémon a pu faire à partir de la quatrième génération (Diamant, Perle, Platine), mais des améliorations souhaitées de longue date seront très appréciées, comme le fait d'appuyer sur un bouton pour fuir automatiquement une rencontre aléatoire ou relancer la même pokéball, pour avoir des informations, en combat, sur la puissance et la précision d'une attaque, ou un rappel des attaques efficaces ou inefficaces face à un adversaire. D'une façon plus révolutionnaire peut-être, du moins pour ma génération qui a dû créer des « mules à CS » pour explorer l'univers, il n'est plus besoin de faire apprendre une compétence comme Surf ou Vol à une bestiole pour l'utiliser : il suffit juste d'avoir dans son équipe un Pokémon capable de l'apprendre, et la CS bien entendu, pour pouvoir l'activer immédiatement. D'autres options d'ergonomie, concernant l'élevage des Pokémons ou leur capture, sont également recommandables. Ne serait-ce, on obtiendra à un moment donné du jeu un appareil capable, dans une zone donnée, de nous indiquer les Pokémons que l'on peut capturer, ceux que l'on a déjà obtenus et ceux que l'on n'a pas encore rencontrés et de scanner, c'est-à-dire de faire apparaître, les ultimes réticents pour rentabiliser considérablement notre temps de jeu.
Le DexNav vous permet de voir les Pokémons accessibles autour de vous et ceux qui vous restent à débusquer, en apportant également des informations diverses sur les bestioles. Construire la meilleure des équipes n'a jamais été aussi simple !Tout comme Crystal Clear, le jeu anticipe certaines évolutions nécessitant un échange entre deux consoles. Ici, ce sera une pierre spéciale, la Link Stone, qui permettra de remplir le même office.
Tout cela, et plus encore, est proprement magistral ; et pas loin d'être le meilleur des hacks de Pokémon, de la version Game Boy Advance dans tous les cas. Je lui trouve, en vérité, que deux défauts en particulier qui, selon votre sensibilité, vous feront préférer d'autres initiatives, ne serait-ce que Crystal Clear malgré les limitations essentielles de la version qu'elle amplifie. Il y a, j'en ai parlé plus haut, la narration du jeu, qui ne m'a pas pleinement convaincu. Tout dépendra cependant ici de votre sensibilité, et je ne peux vraiment considérer la chose comme pleinement dirimante comme il est facile de passer outre. Même, le jeu vous donne l'option de sauter les assez nombreuses cinématiques pour vous concentrer exclusivement sur les combats et l'exploration, donc je ne peux pas vraiment en tenir rigueur à l'équipe de développement. Plus décisif en revanche, choix a été fait de transformer la plupart des combats décisifs du jeu, et notamment les combats d'arène, en combats à gimmick qui imposent des handicaps particuliers à votre équipe. Ce peut être une atmosphère angoissante qui fait perdre de la vie régulièrement ; une règle qui vous empêche d'utiliser telle ou telle attaque super-efficace ; des contraintes d'une autre forme encore. Si ce type de handicaps peut éventuellement pimenter certains combats bonus, ils deviennent ici rapidement ennuyeux et relèvent davantage de l'astuce que de la stratégie, puisqu'il faut plus souvent trouver une astuce que faire preuve d'intelligence. Une fois encore cependant, à vous de voir ce qu'implique cette décision et si vous acceptez, ou non, de modifier votre équipe à la volée pour outrepasser un obstacle spécifique.
En combat, les petites vignettes sur les côtés des cadres des Pokémons nous rappellent leurs types. Pour les attaques, on nous indique si elle sera efficace ou non (la flèche verte sur la droite). Le symbole « + » indique une attaque stabbée : sa puissance sera augmentée puisqu'elle est du même type que le Pokémon qui la lance.Au casino, outre les machines à sous, on peut jouer à ce mini-jeu qui demande à percer des ballons, selon cette pseudo-3D que la Game Boy Advance proposait parfois. Très sympa !
Malgré cependant ces deux dernières et petites réserves, je ne peux que vous encouragez d'aller voir ce rom hack, dont les ambitions et la réalisation témoignent non seulement d'une ingénierie sans faille, mais également d'un amour et d'une compréhension fine de ce qu'est Pokémon, dans toutes ses dimensions. Et puis, vous savez ce qu'on dit : on n'a pas tous les jours trente ans...
Le jeu s'autorise même des révolutions, comme celle ville subjuguée par des voyous, et qui ont rendu le Pokécentre payant... Une hérésie hilarante !La Battle Frontier est entièrement dédiée aux combats, un peu à la façon des anciens Pokémon Stadium. Les récompenses sont parmi les meilleures du jeu.
Les captures d'écran, exception faite de l'écran titre, ont été prises via un émulateur avec un filtre imitant le rendu original de la Game Boy Advance, d'où le tramage et les couleurs assombries.