Où les lignes bougent, encore, mais de moins en moins.
- 2000 -
Etat des lieux La Playstation 2 est sortie pendant l'été, et il est encore trop tôt pour en parler. Nintendo annonce la Game Cube, une console avec lecteur DVD visant à remettre en selle l'ex-leader du marché, et Microsoft n'arrête pas de revoir à la hausse le hardware de la XBox qui se présente comme aussi encombrante ou presque qu'une l'unité centrale "desktop" de PC. La Dreamcast maintient une bonne vitesse de croisière, mais les développeurs commencent à connaître quelques difficultés à adapter dessus les jeux PC toujours plus gourmands. La micro-informatique ludique, elle, se résume au PC, qui se décline en une infinité de configurations différentes que les joueurs doivent remettre à jour régulièrement.
La Playstation 2.
XBox : Ca frémit. La sortie de la XBox est retardée à la fin-2001, mais on en sait déjà un peu plus : la console n'utilisera que des jeux prévus spécialement pour elle, et pas les jeux PC. Son processeur sera finalement un Pentium III 766 et sa carte vidéo un modèle de NVidia GeForce 3 spécifique (différent de ceux pour PC, donc). Elle sera aussi équipée d'un disque dur de 8 Go. Enfin, la présence en son sein d'une carte Ethernet devrait permettre à Microsoft de mettre en place un service de jeu en ligne. Quant à la mascotte de la console, il s'agira de Munch, le héros du jeu Oddworld: Munch's Oddisee.
Sega vs PS2 Pendant ses premières semaines d'exploitation commerciale, la Playstation 2 brille surtout par la difficulté à s'en procurer une et l'absence de titres forts dans sa ludothèque. A Paris, une cérémonies organisée au Virgin Megastore de Paris pour la sortie officielle -fin novembre- s'est soldée par une émeute. La choses scandalise beaucoup de monde et marque l'émergence d'un courant de pensée anti-Sony qui n'existait pas du temps de la première Playstation. A l'issue des fêtes, on s'apercevra que la Dreamcast a réussi à tenir tête à la Playstation 2, aidé il est vrai par sa ludothèque clairement supérieure à ce stade. La PS1, toujours à la page sur le plan ludique et peu coûteuse, trouve encore quelques clients, d'autant plus que certains jeux importants de l'année (Final Fantasy IX en tête) ont encore été développés dessus.
Tempête glaciale En mai, la sortie de Diablo II, de Blizzard Entertainment, sur PC, constitue un évenement de taille : deux millions d'exemplaires sont déjà précommandés, et le jeu ne va pas décevoir les attentes malgré certaines différences avec ce qui avait été annoncé et des graphismes un peu décevants.
Diablo II et Counter-Strike.
Counterstrike : on se calme. Le jeu en réseau (sur Internet ou réseau local) devient une donnée incontournable, en particulier sur PC grâce à un mod (une extension gratuite de développement amateur) du jeu Half-life nommé Counter-Strike. Alors que jusqu'ici le mode multijoueur le plus pratiqué était le deathmatch, dans lequel les joueurs s'affrontent dans une ambiance de tuerie frénétique, Counter-Strike, qui oppose "terroristes" et "contre-terroristes", joue à fond la carte du jeu tactique et en équipe. Les joueurs adorent, les cyber-cafés en profitent, et tous les développeurs se mettent au diapason de cette nouvelle approche du jeu en réseau.
Game Cube à l'horizon. Alors que les spécifications techniques de la future consoles de Nintendo se révèlent, on se rend compte que cette fois, l'entreprise dirigée depuis 53 ans par Hiroshi Yamauchi, qui vient de prendre sa retraite ne cherche pas la supériorité technologique à tout prix mais plutôt le fun garanti et le recentrage sur l'identité vidéoludique de sa machine. La Game Cube sera équipée d'une carte graphique ATI, d'un processeur cadencé à 350 Mhz, et utilisera des mini-DVD, support encore une fois propriétaire mais moins coûteux que la cartouche et garantissant, par sa petite taille, des temps de chargements très rapide (la cellule du lecteur se déplace sur une surface plus petite, donc ça va plus vite). Le prix de vente devrait être inférieur à celui des XBox et Playstation 2 grâce à des composants bien choisis.
- 2001 -
So long Dreamcast Malgré un succès indéniable et une grosse cote auprès des joueurs, la Dreamcast coûte trop cher à Sega et n'a conquis que 30% des parts de marché. Plus de 500 millions de dollars de budget promotionnel, ajoutés aux pertes financières endurées pendant les précédentes années (lancement raté de la Saturn sur le plan mondial, désaffection notable pour les salles d'arcade) conduisent en février la firme à abandonner la production de consoles pour se donner un peu d'oxygène. La Dreamcast est ainsi sacrifiée, ainsi que des projets de jeux qui étaient quasiment prêts à être lancés, comme Half-Life, et qui se voient reportés à l'année suivante sur XBox et Playstation 2.
Mars 2001 : pour le prestigieux magazine Edge, la mort de la Dreamcast va permettre à Sega de se relancer.
La GBA cartonne Quelque soient les résultats qu'engendrera la Game Cube, Nintendo va pour le mieux. La Game Boy Advance est un énorme succès. Soutenue par une campagne promotionnelle bien menée (et très chère), cette console est le produit qui arrive au moment où il le faut. Avec ses jeux un peu rétro (du réchauffé disent les détracteurs) et sa ludothèque très large, elle fait le plein de fans grâce à son prix de vente abordable et sa puissance qui tranche enfin avec toutes les Game Boy sorties précédemment. Seul bémol : l'écran LCD, non rétro-éclairé (toujours pour des raisons d'autonomie), sur lequel on voit pas grand chose malgré sa qualité.
La PS2 sur la sellette Les mois passent et on attend toujours de voir tourner sur Playstation 2 de jeux réellement impressionnants. Il y a du nouveau, cependant, avec Gran Turismo 3. Très attendu, ce troisième volet de ce qui est considéré comme la meilleure simulation de course automobile sur consoles ne déçoit pas. Les graphismes sont somptueux, le jeu est passionnant et sa durée de vie est énorme grâce à une difficulté plutôt élevée et de nombreux challenges à relever. On attend par ailleurs Silent Hill 2 et Metal Gear Solid 2, tous deux chez Konami, pour la fin de l'année.
Infogrames devient Atari Bruno Bonnell, patron d'Infogrames depuis sa création en 1983, annonce le rachat de Hasbro Interactive par son entreprise, qui est côtée en bourse. Son idée est de sortir des produits estampillés Atari pour surfer sur la vague retro-gaming, mais aussi de changer à terme le nom d'Infogrames au profit d'Atari pour faciliter son implentation américaine (l'opération ne sera que finalisée huit ans plus tard). Effet collatéral : le maillot de l'Olympique Lyonnais, qui entre dans un période historique marquée par 7 titres consécutifs de champion de France, portera un temps le logo Atari, Infogrames étant un sponsor du club.
Le maillot de l'OL avec son logo Atari (saison 2001-2002), et Bruno Bonnell.
Asta luego SNK 2001 est une hécatombe pour le monde des jeux vidéo. Après la Dreamcast, c'est SNK qui annonce cette fois une faillite pure et simple. Avec la Neo Geo Pocket en 1998 et la Neo Geo Pocket Color en 1999, SNK s'était tenu à l'écart de l'évolution technique des jeux vidéo vers la 3d systématique. Du coup, la marque était devenue une des plus vénérées et faisait office de dernier bastion du jeu à l'ancienne. Cette faillite marque donc la fin d'une époque. L'émulation Neo Geo étant très au point et facile à pratiquer, certains lui attribuent une part de responsabilité dans ce qui s'est passé, mais en même temps, elle contribue à perpétuer à la fois la mémoire de SNK et celle du jeu en 2d en général.
Online or die Les connexions Internet haut-débit se généralisent, même en France (c'est vous dire si elles se généralisent), et le jeu en ligne devient de plus en plus pratiqué. De gros titres comme Anarchy Online ou Everquest, basés sur des univers persistants où les avatars des joueurs cohabitent, obtiennent un succès considérable. Citons également dans le même registre Bomberman Online et Phantasy Star Online qui sont les seuls jeux online sérieusement pratiqués sur consoles, en l'occurence sur Dreamcast.
Game Cube : Sortie en silence En septembre, la Nintendo Game Cube sort au Japon alors que le monde entier a bien d'autres choses plus graves en tête. Le succès est au rendez-vous, même si ce n'est pas le raz-de-marée annoncé. Les jeux NGC sont très prometteurs, mais ce ne sont que des promesses. On attend encore de voir ariver les grands noms comme Zelda ou Mario.
La Game Cube.
Lankhor : au-revoir En France on fait aussi du jeu vidéo, du moins tant que les finances suivent. Ce n'est plus le cas pour le studio Lankhor, auteur de quantité de très bons jeux dans les années 90, à présent poussé par la conjoncture économique à fermer ses portes. Encore une triste date pour une année décidément catastrophique. Lankhor éditera un dernier titre en février 2002 : Ski Park Manager, programmé par Benjamin Liénard (interviewé dans notre article sur le défunt studio).
- 2002 -
La Game Cube fait du demi-fond Après un démarrage timide, la Game Cube a gagné peu à peu des forces durant l'été, et grâce à la sortie d'excellents titres dans lesquels s'est défini un feeling graphique bien reconnaissable, finit l'année en beauté. Malgré un contexte difficile, Nintendo a bien joué le coup en lançant une console axée uniquement sur les jeux, moins chère que les autres et conçue avec savoir-faire.
Microsoft revoit ses objectifs à la baisse Chaque mois de l'année qui s'achève n'aura fait que confirmer les craintes initiales : La XBox est, pour l'instant, un échec commercial. Aux USA ça va encore, mais en Europe c'est timide et au Japon c'est un bide auquel on pouvait s'attendre, mais pas dans de telles proportions. Pourtant ce n'est pas faute d'être une machine excitante et d'avoir de bons jeux à son catalogue, ni pour Microsoft d'avoir fait des efforts en divisant le prix de sa console par deux dès le premier mois de sa sortie, pour la ramener au niveau de celui de la Playsation 2, et en rachetant pour 375 millions de dollars (!) Rare (ex-Rareware), un des studios britanniques les plus prestigieux. Seule consolation : la réussite unanimement saluée du XBox Live, service de jeu en ligne payant mais très efficace.
La Xbox.
Les jeux de l'année 2002 confirme ce qui s'était senti fin 2001 : Les jeux vidéo sont en train de connaître une période de prospérité et de créativité historique. L'année a vu défiler les grands jeux sur tous les systèmes : Metal Gear Solid 2, Warcraft III, The Thing, GTA3 Vice City, Unreal Tournament 2003, Halo, Mafia, Super Mario Sunshine, Final Fantasy X, Kingdom Hearts, Splinter Cell, Pro Evolution Soccer 2...
Sega : dur dur d'être no1 Après s'être recentré sur le développement et l'édition de jeux, Sega s'était promis de jouer un rôle de premier plan. Le bilan commercial de l'année 2002 est très mauvais (-72% sur les prévisions de ventes) mais le plus grave est que ça n'a rien d'anormal : les adaptations de hits Dreamcast faites à la va-vite sur XBox, PC, PS2 et Game Cube n'ont pas convaincu grand monde, et les produits plus ambitieux ont été lancés sans les moyens nécessaires (on pense surtout au Shenmue 2 non localisé sur Xbox). Pire : les titre annoncés pour l'an prochain ressemblent à une collection de vieux hits relookés qui seront vendus à bas prix. Dans l'esprit du grand public, le savoir-faire typiquement arcade de Sega est devenu synonyme de "durée de vie insuffusante" et de "gameplay d'un autre âge" (clichés qui reviennent sans cesse dans les tests). Quant à la suite de la saga Shenmue, on se demande si on en verra un jour la couleur.
- 2003 -
Sony ne lâche pas les rennes 2003 est une nouvelle année de règne sur le marché des consoles pour Sony. Pourtant, la concurrence dispose de meilleures armes que l'an dernier, mais rien n'y fait, la PS2 caracole en tête des ventes, principalement au Japon. Les éditeurs, du coup, lui réservent leurs meilleures exclusivités. C'est un raz-de-marée de jeux (la ludothèque PS2 atteint les 850 titres fin 2003), aptes à satisfaire pleinement les joueurs japonais, américains et européens, le grand public comme les hardcore gamers ou même les retro-gamers avec quelques excellents titres en 2d.
Pour la PS2, Sony ne se fixe aucune limite sur le contenu de ses publicités : second degré, asbtraction, message cryptique, images troublantes voire choquantes, tout est bon pour interpeller le public et, indirectement, ringardiser une concurrence qui maîtrise moins le "branding".
Les portables en folie La Game Boy Advance tient toujours le haut du pavé dans le domaine des portables. Nintendo lui doit presque sa survie financière, du reste, avec notamment d'excellentes ventes pour le nouveau modèle (GBA SP) qui corrige la plupart des problèmes de l'original (tout en en introduisant d'autres, diront certains). D'autres constructeurs s'essaient du coup sur ce marché : Sony annonce la PSP, une console portable d'une puissance comparable à la Playstation 1 au design très abouti qui ne sortira qu'en 2004, la GP32 de Game Park, avec ses possibilités énormes dans le domaine de l'émulation et du multimédia, continue de glaner de nouveaux adeptes malgré l'annulation de sa sortie européenne et son manque de jeux originaux, et Nokia se lance dans l'arène avec la N-Gage. Cette console qui fait également office de téléphone portable possède un hardware plus puissant que celui de la GBA (on lui prédit d'excellents jeux en 3d) et d'alléchantes possibilités multijoueur sans fil. Hélas, son prix élevé, son ergonomie douteuse et son écran curieusement vertical font changer de trottoir les joueurs tandis que les amateurs de téléphonie mobile croient qu'elle ne s'adresse pas à eux. Un flop inévitable.
La GP32 et la N-Gage.
Le PC de retour ? On commençait à croire que le jeu vidéo sur PC était en train de mourir, ou du moins de se cantonner aux MMORPG et aux FPS guerriers dont les éditeurs sur console ne veulent pas (encore). 2003 marque un retour à quelque chose de plus alléchant grâce aux efforts des éditeurs qui oeuvrent dans le multi-plate-forme exhaustif. Seul bémol dans ce tableau enthousiasmant : l'affaire Half-life 2. Alors que des millions de joueurs étaient prêts à retourner vers leur PC pour ce chef-d'oeuvre annoncé, un crétin n'a rien trouvé de mieux qu'en faire circuler les codes sources sur le net. Du coup le jeu s'est vu repousser à une date ultérieure, très ultérieure.