C’est un scandale, une honte. Dans
le domaine du jeu d’arcade, quand quelqu’un cherche à sortir
des sentiers battus, faire dans l’original, le jamais vu, l’anti-commercial,
il ne suscite que l’indifférence. Ainsi, il s’est avéré
très difficile pour moi de trouver sur le net toute information
concernant ce joli jeu sorti en 1986, complètement oublié
aujourd’hui, alors qu’on le trouvait un peu partout dans nos salles
d’arcade. Mais Grospixels est là pour soutenir les oubliés
du système !
Loin des ambiances SF, guerrières
ou médiéval-fantastique qui fournissent le background
d’une majorité de jeux vidéo, Empire
City : 1931 nous renvoie aux polars des années
30. Mafia, flingues, mitraillettes Thomson à camembert,
imperméables, truands, musique jazzy et ambiance urbaine
sont les composantes de ce jeu dont seul le nom de son éditeur
nous révèle les origines nippones.
Bien sûr, il s’agit d’un
jeu d’arcade donc il sera essentiellement question d’action.
Le joueur se retrouve en vue subjective dans la peau d’un
tueur à gages, et dirige le viseur de son fusil à
lunette sur d’amples décors en 2D figurant les rues
de New York, pour éliminer les membres d’un gang opposé.
Ceux-ci se postent aux fenêtres des immeubles, derrière
des poubelles, dans des bouches d’égout, ou derrière
des voitures. L’action n’est pas comparable à celle
d’un jeu comme Virtua Cop, car il n’y a jamais
plusieurs tireurs en même temps. On les élimine
un à un, et la difficulté consiste à
les débusquer, dans un décor qui fait au moins
25 fois les dimensions de l’écran. Une flèche
indique dans quelle direction latérale le prochain
tueur se trouve, mais ses apparitions sont capricieuses, elle
ne donne pas la hauteur, et elle ne dit pas si on est arrivé
à destination. La clé de la réussite
est donc la mémorisation, d’autant qu’à partir
du deuxième niveau il ne faut pas perdre une seconde.
Après un certain temps,
un petit compte à rebours apparaît (dans un phylactère),
et lorsqu’il arrive à zéro, c’est trop tard,
le tueur adverse a tiré le premier.
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Les
méchants peuvent être n'importe où. |
Certains prennent une femme
en otage, qu’il vaut mieux éviter de tuer si l’on ne
veut pas perdre un bonus à la fin du niveau, et les
munitions sont limitées, même si c’est rarement
un problème et qu’on peut les recharger en tirant sur
de petites caisses. Toutefois, une seule balle suffit par
ennemi, et les balles conservées donnent également
un bonus. Lorsque le compte
à rebours arrive à zéro, la mort n’est
pas inévitable, du reste beaucoup de joueurs ayant
pratiqué Empire City sont passés
à côté et ont trouvé le jeu trop
difficile. Il y a un deuxième bouton, appelé
"defense bouton", qui, si on le presse précisément
au moment ou le compte à rebours atteint zéro,
permet d’esquiver la balle et donne une autre chance d'éliminer
la crapule à chapeau mou qui nous veut du mal.
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Défense. |
Le jeu comporte huit niveaux,
situés à des dates différentes au cours
des années 1931 et 32, et on remonte ainsi jusqu’au
chef mafieux ennemi, réfugié dans son bureau
au dernier étage d’un immeuble. Le tout dernier niveau
exige ainsi que ce boss soit tué du premier coup. Pas
question de perdre une balle, sinon il faut recommencer le
stage précédent.
Empire City : 1931 attire surtout par son
ambiance inhabituelle. On a bien déjà vu des
jeux d’aventures à l’ambiance comparable, mais certainement
pas d’autres jeux d’arcade du même genre. Les graphismes
sont superbes, d'un style BD bienvenu. Les ennemis meurent
dans des postures dramatiques et longuement affichées,
dans un but esthétique, mais cela eut surtout pour
résultat de pousser les joueurs à les mitrailler
inutilement, croyant qu’ils allaient se relever. Les phases
importantes du jeu sont ponctuées par de magnifiques
illustrations qui occupent tout l’écran, ce qui lui
donne un côté cinématographique rarissime
pour un jeu d’arcade de son époque. Quant
aux bruitages et à la musique, ils sont bien dans l’ambiance,
notamment les bruits des tirs et les cris des femmes prises
en otages qui évoquent les vieux films de gangsters.
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Trop
tard, le malfrat a tiré. Le héros rend
son dernier souffle. |
Malgré son charme, le
jeu n’a pas connu le succès escompté et sa suite,
nommée Dead Angle (1988), n’a pas
eu droit à une commercialisation hors du Japon.
Signalons une erreur de conception
qui a peut-être nui au succès du jeu (et provoqué
beaucoup de retours en garantie). Sur la machine d’arcade
originale, en "attract mode" (mode de démonstration
lorsque personne ne joue), le logo du jeu, en grand format,
était visible la plupart du temps, au point qu’après
quelques mois d’utilisation ce logo imprimait sa trace sur
l’écran de façon irréversible, ce qui
était très gênant pendant le jeu.
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Admirez
le logo en incrustation. |
Empire City : 1931 est un jeu
très sympathique, original, qui a la particularité
rare (pour une machine d’arcade) de permettre un temps de jeu important
à chaque pièce insérée même sans
être expérimenté, et qui aurait pu faire parler
un peu plus de lui. La société
Seibu Kaihatsu s’est plus tard illustrée avec un énorme
hit : Raiden, un shoot’em’up
vertical que certains (pas moi) voient comme l’incarnation ultime
du genre, et qui a été adapté sur 16-bits
(PC compris), puis sur Playstation. Les suites de
Raiden sont même devenues
la principale - pour ne pas dire unique - activité de cet
éditeur.
Laurent