N.B. : Vous trouverez sur ce site un dossier
sur Sid Meier mentionnant notamment Civilization. Cet article se concentre plus précisément
sur ce titre et sa nombreuse descendance. Civilization IV et ses add-ons sont traités à
part, dans cet article.
Alors que Civilization 3 est sorti depuis
quelques mois aux Etats-Unis, il ne sera distribué en Europe qu'en Mars 2002. Consolez vous avec
cette rétrospective :
Civilization est l’un des plus grands
jeux de tous les temps. Le meilleur dans le domaine de la gestion / stratégie, celui qui contribuera
à faire de son auteur, Sid Meier, l’un des grands gourous du monde des jeux-vidéo.
Le succès considérable de ce titre, sa déclinaison dans
différents univers sont basés sur une richesse de jeu rarement égalée. Civilization
est l’un de ces titres qui ont fait passer de longues nuits blanches à des milliers de joueurs
à travers la planète.


Images de la version Mac sur un LC-630
Au
départ, l’idée de Microprose et de Sid Meier est d’adapter le très populaire jeu
de plateau du même nom. Microprose achète donc les droits à l’éditeur Avalon
Hill et le génial Sid Meier épaulé par son équipe se met au travail. Mais
loin de réaliser une bête adaptation du jeu de plateau, les auteurs rompus à l’art
de la programmation parviennent à exploiter toute la richesse de calcul des ordinateurs pour créer
un nouveau jeu, de nouvelles règles et un véritable gameplay novateur propre aux possibilités
offertes par l'informatique. Sid Meier avoue s'être inspiré, outre du jeu de plateau, de
Sim City (le premier brouillon de Civ y ressemblait fort selon ses dires) de Empire (un wargame édité
par Interstel) et de son précédent jeu Railroad Tycoon. Civilization mélange
avec bonheur ces différentes influences.
Le jeu sort en 1991 et est adapté sur
plusieurs supports (Atari ST, Amiga, PC et Mac).
Civilization est un jeu de stratégie
au tour par tour (sa filiation avec les jeux de plateau est évidente). Ce principe est l'un des
plus stratégiques et réfléchis des systèmes de jeux : comme aux échecs,
il convient d’anticiper et de prévoir les actions des adversaires. Il s'agit de gérer une
civilisation en partant de ses origines (3500 ans avant J.-C.) pour la mener à une civilisation
futuriste (vers 3100 après J.-C). Le tout bien sur, en
étant en concurrence avec d'autres civilisations gérées par l'ordinateur. Votre objectif
: mener votre civilisation à son apogée à travers les siècles. Pour cela il
vous faudra mener une véritable course au progrès pour faire évoluer vos unités
et vos villes. Au commencement, le joueur ne dispose que d'un simple colon, à la surface d'une
planète de type terrestre, à la géographie inconnue. Il doit explorer les environs
à la recherche d'un lieu proposant des ressources naturelles propices à la fondation de
son premier village. Une fois "sédentarisé", la véritable prise en main de sa civilisation
va débuter. Le joueur devra tout d'abord entamer des recherches scientifiques, qu'il orientera
suivant ses motivations (progrès culturel, guerre, économie …) et déterminer la politique
de son gouvernement. Il devra ensuite répartir la population dans différentes catégories,
pour avantager la croissance démographique, la recherche, la production de nouveaux bâtiments
ou d'unités, le commerce ou les loisirs. Au bout de quelques temps, le village deviendra ville,
et il pourra supporter la création d'un nouveau colon qui s'en ira fonder un autre village un peu
plus loin. Et ainsi de suite ... Il développera sa civilisation et la rendra prospère. Il
combattra les autres civilisations ou au contraire, il entrera dans un jeu de négociations et préservera
la paix. Les combinaisons possibles sont d'une richesse incroyable. C'est d'ailleurs cet élément
qui a fait de la série Civilization une série "culte". Les parties, aussi longues
soient elles, ne se ressemblent pas. En outre, Civilization est un jeu qui flatte nos instincts
mégalomanes, on y règne en despote sur tout un peuple et à chaque click de souris
on modifie le cours de l'histoire : passionnant et accrocheur....
Deux ans après sa sortie, Civilization
est adapté pour Windows, puis Microprose propose en 1995 une version multijoueur destinée
à jouer sur le web : Civnet qui n'est pas une franche réussite. Des graphismes plutôt
laids ainsi que de nombreux bugs de fonctionnement en réseau (corrigés par d'inévitables
patches) et une sortie juste avant Civ 2 ont beaucoup déplus aux nombreux fans.
Quand à Avalon Hill, l'éditeur
du jeu de plateau, profitant de ses succès dans le domaine des adaptations de ses wargames en jeu
vidéo, il décide de développer sa propre version de Civilization. Ce jeu baptisé
Advanced Civilization est très fidèle au jeu de plateau original (même carte
représentant la Méditerranée), un peu austère dans sa réalisation,
il ne séduira que les puristes lors de sa sortie en 1996 (édité par Alsyd Multimédia
en France). Il ne concurrencera d'aucune façon la sortie la même année de la suite
officielle de Civilization.
En effet, après l'extraordinaire succès
des différentes versions de Civilization, Sid Meier et son équipe se sont mis à
travailler sur un second volet sobrement baptisé Civilization 2. Le
jeu propose plus de civilisations à jouer, plus d'unités, de nouveaux graphismes, sons et
animations. L'IA retravaillée (notamment la diplomatie) est plus performante et l'arbre technologique
très bien agencé. Les nouveautés sont plus cosmétiques que véritablement
indispensables mais le jeu est encore plus passionnant. Le succès est alors au rendez-vous. Cependant,
peu après la sortie du second, Sid Meier se fâche avec le reste de l’équipe et part
alors pour créer Firaxis Game. Il n'a cepandant pas manqué d'intenter un procès à
son ancienne équipe, concernant les droits de "Civilization"...
Le résultat de cette embrouille juridique
autour des droits est que les joueurs PC se retrouvent avec deux jeux dérivés de Civilization
: Sid Meier’s Alpha Centauri (l'usage du titre Civilization lui étant momentanément
interdite), comme son nom l’indique développé par le Maestro, et Civilization : Call
to Power, développé par l’ancienne équipe de Civilization, et dont le
projet était dirigé par Cecilia Barajas, ancienne directrice sur Zork Nemesis. Le procès
a en effet accordé à Sid Meier l'exclusivité de son interface (on clique sur les
villes par ex.) tandis que Activision conserve les droits concernant le titre "Civilization". Durant
la gestation de ces deux projets concurrents, MicroProse commercialisera de nombreux add-ons, exploitant
alors le filon. C'est ainsi qu'un premier add-on, comprenant des scénarios, sort quelques mois
après Civ2. Puis viendrons un add-on composé de mondes fantastiques afin de proposer
un environnement différent des civilisations historiques, et enfin en 1998 une version multijoueurs.
En 1999, c'est l'année "civ" : 3 éditeurs
en sortent une version différente. Tout d'abord Hasbro tente un coup un peu tordu en reliftant
légèrement Civ2 (dont il dispose des droits) et en le baptisant Civilization II
: Test of time. Le résultat n'est pas franchement convaincant, les graphismes restant d'un
autre âge et le principe du jeu quasiment inchangé. Il est difficile de considérer
Test of Time comme un jeu à part entière et seuls ses scénarios bien fichus
le sauvent de la catastrophe. En bref, Test of Time est totalement anachronique pour 1999. Puis
c'est au tour des deux suites officielles et officieuses de sortir : Sid Meier et Firaxis Game avec Alpha
Centauri et Activision avec Civilization : Call to Power.
Avec
Alpha Centauri, Sid Meier plonge les joueurs dans le futur. Alors que le premier Civ prenait fin
avec la colonisation d'alpha du centaure, ce nouveau jeu commence à ce moment. C'est en ce sens
qu'il est la suite directe de Civ. Lors de sa sortie une mauvaise surprise attendait les joueurs de l'époque
: le jeu n'était pas une franche réussite : variation sur le gameplay de Civ2 avec
un thème de science-fiction (très inspiré de la trilogie des romans de K. Robinson
"Mars la Rouge"...). Peu d'innovation était au rendez-vous et la réalisation était
absolument catastrophique !! Les graphismes étaient tout simplement honteux. Toujours est-il que
les inconditionnels de Sid lui réservèrent un accueil chaleureux (certains magazines lui
décernant le prix du "The Best Strategy Game Ever Created")
Quand à Civilization : Call to Power,
c'est un jeu complexe, difficile à assimiler, même pour les joueurs aguerris de Civilization
2. Il faut savoir que la décision juridique a permis à Sid Meier d'emporter avec lui
son système de jeu. Activision a donc du repenser totalement l’interface et le système du
jeu, qui avaient pourtant été remaniés et optimisés à travers les deux
premiers épisodes. Le premier contact avec le jeu est donc plutôt rude, et ce malgré
une aide intégrée copieuse et bien présentée. Mais une fois apprivoisé,
Call to Power est une bonne surprise, souple et présentant toujours le savant mélange
de stratégie et de gestion qui permet d'offrir au joueur un jeu rythmé ne lui laissant jamais
aucun répit. En ce qui concerne la réalisation, les efforts d'Activision sont conséquents
et laissent loin derrière Alpha Centauri en termes de graphismes.
Enfin, en 2000, Activision perd les droits sur
le titre Civilization au profit de Firaxis (ah les joies des querelles juridiques !) et c'est donc sous
le titre de Call to Power 2 que sort leur nouvelle version. Quelques améliorations dans
la jouabilité, notamment l'interface bien plus pratique, de nouveaux scénarios et un habillage
quasi identique en sont les caractéristiques. Les reproches concernent le rythme du jeu : assez
lent, la gestion des villes : peu claire, et le manque de souffle épique qui caractérisait
les premiers volets. Call to Power 2 reste un produit de fanatiques prêts à s'investir
de nombreuses heures pour faire parvenir leur civilisation au firmament.
En
décembre 2000 Firaxis se retrouve dans le giron d'infogrammes (suite au rachat de Hasbro par le
géant Lyonnais) mais avec à nouveau la licence de Civilization, interface et titre. Tout
est alors réuni pour la sortie de Civilization III, réalisé sous la direction
de Sid Meier. Cette fois la réalisation est très soignée, Infogrammes ayant imposé
que le jeu puisse toucher un public plus large que les inconditionnels d'Alpha Centauri et le système
de jeu tout en étant proche de Civ1 & 2 innove largement. Des nouveautés apparaissent
comme la notion de "culture" qui représente l'influence qu'exerce une civilisation sur le monde,
et qui donc influence les actes des autres civilisations qui se montreront plus amicales avec la civilisation
dominante. En outre le système de commerce est beaucoup plus complexe (mais simple dans sa mise
en oeuvre) et il influe sur la diplomatie. Les frontières sont désormais matérialisées
(une excellente idée qui permet de faire des provocations en massant ses troupes à des frontières).
La diplomatie est largement améliorée et plus fine.

Cependant, une constatation s'impose : Civilization
III est beaucoup moins customizable que son prédécesseur, à savoir Civilization
II voire Call To Power II ! Ceux-ci avaient en effet bénéficié d'un
support de fans très nombreux proposant de nombreux ajouts aux titres originaux. Il
semblerait que Firaxis a volontairement privé les joueurs de ces options de customizations afin
de vendre plus tard des add-ons apportant des scénarios et les options multiplayer (absentes elles
aussi du jeu). L'industrie des jeux vidéo est désormais mature... Civ
3 est donc une belle réussite. Le jeu est enrichi sans être pour autant confus ou trop complexe
et les longues nuits blanches sont de retour.
MAJ : l'histoire continue en 2005 avec la sortie de Civilization IV, suivi de deux add-ons. Voir cet article.
Petite Chronologie de la série
:
Sid Meier's Civilization
1991 MicroProse
Civilization for Windows 1993
MicroProse
Sid Meier's CivNet 1995 MicroProse
Sid Meier's Civilization II 1996
Activision, Inc., MicroProse
Sid Meier's Civilization II : Conflicts in Civilization Scenarios
1996 MicroProse
Civilization II Fantastic Worlds 1997
MicroProse
Civilization II: Multiplayer Gold Edition
1998 Hasbro Interactive
Civilization II: Test of Time 1999
Hasbro Interactive
Civilization: Call to Power 1999
Activision, Inc.
Sid Meier's Alpha Centauri 1999
Electronic Arts
Sid Meier's Alien Crossfire 1999
Electronic Arts
Call to Power II 2000 Activision,
Inc.
Sid Meier's Civilization III 2001 Infogrames
Sid Meier's Civilization IV 2005 2K Games
Outre ces suites officieuses ou officielles,
Civ a inspiré quelques clones plus ou moins réussis :
Colonization reprend le principe pour
l'appliquer à une période historique plus courte : de 1492 au XVIIème siècle.
Votre but est de fonder une colonie et de la conduire jusqu'à l'indépendance. Si l'arbre
technologique y est moins présent, le jeu demeure une expérience vraiment passionnante compte
tenue des rebondissements en cours de partie. La réalisation était pour l'époque
de qualité et quelques innovations sympathiques bien présentes (personnellement j'ai un
petit faible pour ce clone de civ, les parties ressemblant à une relecture de l'Histoire à
chaque fois).
Master of Magic change l'univers historique
pour un monde d'heroic fantasy. Le principe de Civ est respecté et la qualité globale du
titre lui assura un certain succès auprès du public.
Master of Orion et Master of Orion
II sont un peu les précurseurs en terme d'univers d'Alpha Centauri mais la gestion y
est beaucoup plus large, le joueur ayant l'univers entier comme terrain de jeu. Assez difficile et exigeant,
la série des Master of Orion, développée par MicroProse (un troisième
volet est actuellement en développement) a réussi à trouver son public d'irréductibles
fans de science-fiction et rêvant de domination planétaire...
A noter qu'un clone de Civ développé
par une équipe internationale de fans et baptisé Freeciv ("parceque Civilization
devrait être gratuit") est disponible sur le net. Il permet de jouer en réseau ou en solo
et d'opter pour les règles de Civ 1 ou 2, la réalisation étant très proche
de Civ2. Vous pouvez le trouvez à cette adresse : http://www.freeciv.org/
Jean-Baptiste "Djib" LEBELLE