
Les hommes savent pourquoi
Allez les mâles, avouez : qui n'a jamais rêvé, dans sa prime jeunesse, d'incarner un illustre général en chef. Habituellement, les premiers symptômes apparaissent lors d'un anniversaire ou d'une fête quelconque lorsque l'on reçoit sa première boîte de soldats. La maladie s'accentue assez rapidement avec l'acquisition de modèles réduits, généralement des avions ou autres tanks (échelle 1/35ème). L'engrenage se révèle être irréversible quand on prend part à une partie de Risk chez un copain. Impossible de faire demi-tour. On peut penser que la situation ne peut être pire et pourtant... Alors que l'on passe devant une vitrine des plus sympathique, notre oeil (ou les deux) est attiré par certaines boîtes des plus aguichantes. J'ai nommé, Afrika et Stalingrad. De véritables wargames sur plateau.
Ce type de jeu apparaît cependant assez lourd à gérer : le bottin de règles habituellement lourdes et complexes, la vaste surface de jeu, les intervenants mobilisés pendant des heures et les cartons symbolisant vos unités s'envolant sous l'action, conjurée ou non, des courants d'airs et du chat / chien / femme / enfant ont généralement raison de notre loisir favori. Mais heureusement, l'informatique vient à la rescousse : au détour d'une sombre ruelle mal famée, on découvre un jeu d'apparence anodin : Decision In The Desert pour Commodore 64. A nouveau les parties s'enchaînent et la vie sociale prend le large. Une évolution s'ensuit avec le changement de micro, notre fidèle Decision de Microprose sur C64 cédant la place au nouveau Gettysburg de SSI sur Amiga.


Pour tous ceux qui ont connu les lourdeurs des wargames "plateau' (règles volumineuses, ...), le passage sur micro est considéré comme une véritable bénédiction. Pour l'anecdote, le titre ci-dessus, outre le fait qu'il ait été le premier du genre que j'ai essayé, date de 1985 et a été programmé par ... Sid Meier (voir dossier le concernant).
La relance du genre
Au fil du temps, les wargames au tour par tour dont on raffole tant se succèdent et, malheureusement aussi, se ressemblent. Le genre semble péricliter rapidement tant le copier/coller fait rage parmi le peu d'éditeurs intéressés par ce style : que ce soit les guerres napoléoniennes, le second conflit mondial, les batailles entre fédérés et confédérés ou le bourbier vietnamien, les titres changent mais le fond reste identique. Ajoutons la concurrence du stratégie temps réel, différent sous bien des aspects, et nous pouvons donc penser que le style s'installe inexorablement dans un marasme où il semble croupir à tout jamais. A l'ouest, rien de nouveau donc, jusqu'au moment ou l'on apprend soudain l'adaptation d'un des plus grands représentant du genre sur notre dernier support favori : Panzer General arrive sur 3DO.

Cette société fondée en 1979 (elle compte alors 3 employés) a plus de 200 jeux et 470 versions à son actif en 1996. Retenez bien ce nom car si vous êtes un amateur du genre, il est synonyme de plusieurs dizaines d'heures d'isolement en perspective. Madame va adorer...
Ce dernier, programmé par ceux d'en haut (SSI : Strategic Simulations Incorporation, tout un programme), a été élu wargame de l'année 1994 sur compatibles PC. Comme tous les connaisseurs vous le diront, c'est un double gage de qualité, donc. Analysons sans plus tarder la cause de mon émoi (snif)...


L'adaptation du très remarqué Panzer General envahit la 3DO : une première sur ce standard.
Les voyages forment la jeunesse
Pour l'histoire, comme vous l'aurez sûrement deviné, vous endossez la casquette d'un général allemand parti combattre pour son pays dans la plus grande fosse commune qu'ait connu le siècle précédent : j'ai nommé, la seconde guerre mondiale. Le jeu vous propose donc de participer aux plus grands engagements livrés par les troupes du Reich aux 4 coins de l'Europe au travers de 38 scénarios. Des reconstitutions fidèles telles que les débuts en Pologne en passant par la campagne de France et l'invasion de l'URSS mais aussi des extrapolations comme le débarquement en Angleterre ou à Washington. Du tout bon donc et qui plus est, jouable à 2. On peut juste reprocher des disparités entre les forces en présence lors de certains scénarios mais il faut savoir que ce programme a d'abord été pensé pour son fabuleux mode campagne (uniquement du côté allemand) qui vous propose de combattre en Europe, en Afrique du Nord ou encore dans l'impitoyable Russie.
Voici l'aire de jeu mise à votre disposition : serez-vous capable de faire mieux et arriverez-vous à franchir l'Atlantique pour frapper le coeur des démocraties ? Pour l'anecdote, la carte ci-dessus représente l'extension maximale des forces de l'Axe (fin 1942). Le III ème Reich disposait alors, au faîte de sa puissance, d'une armée de 10.300.000 hommes.
Les différents scénarios proposés sont bien évidemment tirés de batailles s'étant déroulées durant le conflit mais aussi de situations imaginaires (fond bleu). Signalons que le type de victoire obtenu (majeure, mineure ou défaite) selon la vitesse d'exécution détermine la suite de la campagne. Le tableau ci-après classe les scénarios par ordre chronologique avec le nombre de tours accordés :
1 Septembre 1939 | Poland | 10 tours |
10 Septembre 1939 | Warsaw | 20 tours |
9 Avril 1940 | Norway | 25 tours |
10 Mai 1940 | Low Countries | 30 tours |
5 Juin 1940 | France | 25 tours |
1 Septembre 1940 | Sealion 40& Plus | 15 tours |
31 Mars 1941 | North Africa | 23 tours |
6 Avril 1941 | Balkans | 25 tours |
20 Mai 1941 | Crete | 13 tours |
22 Juin 1941 | Barbarossa | 23 tours |
23 Août 1941 | Kiev | 28 tours |
1 Septembre 1941 | Middle East | 25 tours |
8 Septembre 1941 | Early Moscow | 24 tours |
2 Octobre 1941 | Moscow 41 | 22 tours |
26 Mai 1942 | El Alamein | 25 tours |
7 Juin 1942 | Sevastopol | 17 tours |
25 Juin 1942 | Stalingrad | 31 tours |
30 Juin 1942 | Caucasus | 30 tours |
1 Octobre 1942 | Moscow 42 | 23 tours |
8 Novembre 1942 | Torch | 24 tours |
11 Février 1943 | Kharkov | 22 tours |
15 Juin 1943 | Sealion 43 | 15 tours |
5 Juillet 1943 | Kursk | 20 tours |
10 Juillet 1943 | Husky | 21 tours |
9 Octobre 1943 | Moscow 43 | 21 tours |
22 Janvier 1944 | Anzio | 14 tours |
6 Juin 1944 | D - Day | 15 tours |
22 Juin 1944 | Byellorussia | 23 tours |
25 Juillet 1944 | Cobra | 25 tours |
6 Août 1944 | Anvil | 23 tours |
17 Septembre 1944 | Market Garden | 16 tours |
16 Décembre 1944 | Ardennes | 32 tours |
6 Mars 1945 | Budapest | 20 tours |
1 Avril 1945 | Berlin, West& East | 13 tours |
1 Juin 1945 | Washington | 22 tours |
Une interface du tonnerre
Après une introduction à base de vidéos de l'époque, nous arrivons à l'écran principal. S'il est bien un aspect souvent rebutant pour ce style de programme, c'est évidemment l'accès aux divers menus et options. Dans le cas qui nous intéresse, nous naviguons aux côtés de la clarté, de l'intuitivité mais surtout, de l'abondance (j'exagère à peine). Place aux images :


En sélectionnant une unité, nous accédons à diverses options, accessible ou non selon le type :

Vol au dessus d'un nid de coucou
Maintenant que l'interface n'a plus aucun secret pour vous, attaquons sans plus tarder la campagne principale et survolons les premiers pas d'un joueur lambda...


On commence par la cinématique d'introduction de mission suivie du briefing (l'accent allemand lors de l'allocution est particulièrement savoureux) : la Pologne sera donc votre première victime.


Comme je suis un gros nul, je sélectionne la vue des troupes adverses ainsi que le pourcentage d'effectifs sous les unités. Les cases claires sont celles couvertes par le champ de visions de vos divisions.


Curieux de nature, je quantifie le nombre d'unités dont je dispose : 7 divisions d'infanteries, 3 blindées et 1 d'artillerie. Tant que j'y suis, un tour sur la carte générale me permet d'apprécier les forces adverses et les objectifs dont je dois m'emparer.


Je déplace courageusement ma 3ème Pz jusqu'au contact de la cavalerie polonaise : les prévisions me laisse à penser que cette attaque est sans risque pour mes blindés. La vue de la bataille qui s'ensuit me conforte dans cette idée. Victoire !


Une première attaque ne suffisant pas à annihiler l'adversaire, je me trouve dans l'obligation de faire intervenir la 2ème Pz. Le succès est ici total. La route vers Kalisz, la cité au nord, est enfin ouverte. Il suffira de positionner l'artillerie, sous le couvert de l'infanterie et de la dernière Pz, à portée de la ville pour la faire tomber au second tour. Je n'oublie cependant pas l'artillerie massée derrière la ville qui sera écartée par l'infanterie préalablement disposée à l'ouest.


Après avoir déplacé toute les forces mises à ma disposition, je m'attarde dans le menu achat : infanterie, blindés, matériel de reconnaissance, canon anti-tank, artillerie... sont les types d'unités accessibles que je peux acquérir via les points de prestige (la monnaie du jeu) accumulé lors des occupations de villes ou la destruction d'unités adverses. Ceci fait, je termine enfin le tour.


Après quelques tours de jeu, si les plans se sont bien déroulés, le glorieux assaut sur la dernière ville importante peut enfin être lancé. Au passage, notons les cases claires lors de l'activation d'une unité : elles représentent les différents endroits accessible par la division. La victoire est enfin mienne.
Impossible de terminer ce paragraphe sans vous signaler les traditionnels paramètres pris en compte par ce wargame :
- Le type de terrain : ville, forêt, montagne... Vérifiez à 2 fois avant de précipiter vos troupes sur l'adversaire. Même si ce dernier peut paraître inférieur, la nature du terrain peut grandement interférer dans le déroulement de la bataille. Vos déplacements peuvent aussi se voir réduits selon le terrain traversé.
- La météo : pour éviter de pester lors de la "raspoutitsa" (saison des pluies en Russie), n'hésitez pas à investir dans un matériel de pointe pour le déplacement de vos unités d'infanterie. Réfléchissez bien avant d'utiliser vos points de prestige dans la Luftwaffe : cette dernière se voit immanquablement clouée au sol lors des caprices d'Eole et ses amis.
- Le ravitaillement : contrôlez systématiquement le carburant et les munitions avant chaque attaque, votre adversaire pourrait bien profiter de votre négligence.
- L'accroissement des effectifs et de leur qualité : ne rognez jamais sur le type de renfort apporté à vos divisions. Ces dernières peuvent évoluer jusqu'à 150% de leur effectif initial et voir leur force de frappe s'accroître considérablement au fil de vos victoires.
- L'offensive inter-armée : établissez une collaboration étroite entre les différents types d'unités que vous employez. L'adéquation artillerie (volante ou terrestre) et les troupes au sol (blindé ou infanterie) est imparable.
- La progression : selon le type de victoire que vous allez acquérir (majeur, mineur ou défaite), vous accèderez ou non à certains scénarios. Cela peut se révéler très utile pour l'accroissement du nombre d'unités et le renouvellement du matériel, ce dernier évoluant au fil du temps.
Dans le cas ou vous jouez en "aveugle", ne sous-estimez pas les unités de reconnaissance aériennes et terrestres. Indispensable.
Dans votre course contre la montre, la météo peut s'avérer être un adversaire des plus impitoyables.
Dynastie
Suite à un succès plus que mérité lors de sa commercialisation, des adaptations furent mise en chantier : après le PC (1994), la 3DO (1995) et la Playstation (1996) succombèrent à leur tour.

Une publicité qui laisse réellement transpirer l'incompétence de ses géniteurs : si le titre est bien Panzer General II, il n'est autre que l'adaptation de Allied General (suite du fameux Panzer General). L'accent allemand est il alors toujours de mise ? Signalons que ce fût la dernière adaptation console de cette mythique série.
Non content de tout cela, des suites, toutes basées sur le même canevas, virent aussi le jour : Allied General (ou Panzer General II sur Playstation), Pacific General, Fantasy General et Star General naquirent et, même s'ils subirent des fortunes diverses, apportèrent chacun leur pierre à l'édifice du tour par tour. Notons que les 3 derniers n'eurent pas les honneurs d'une adaptation console. Ces 5 jeux, édités par SSI (paix à son âme), sont aussi connus sous le nom de "Five Stars Series'.
 |  |  |  |  |
1994 | 1995 | 1996 | 1997 | 1997 |
| Les 5 jeux de la série et leur année de sortie. Des dizaines d'heures de jeu en vue... |
Conclusion
Panzer General mérite sans conteste l'obtention du titre de "premier wargame digne de ce nom" consacré à la seconde guerre mondiale. Je ne vais pas m'attarder sur la simplicité des graphismes, l'animation minimaliste et la musique on ne peut plus répétitive qui sont indissociables, tout du moins à l'époque, de ce style du programme. La force de ce jeu réside plutôt dans son intérêt quasi-illimité, son accessibilité, la gestion de paramètres comme le type de terrain, la météo ou le ravitaillement et le souci historique apporté à l'ensemble. Si j'ajoute que les 2 premiers titres de la série sont tombés dans l'abandonware, il ne reste plus aucune excuse pour ne pas s'adonner aux plaisirs de la stratégie en chambre.

De la France à la Russie en passant par la Norvège et l'Afrique du Nord : dépaysement garanti.
Marc G.