"Prepare
to qualify !", cette phrase résonne encore à
mes oreilles des années plus tard. Qu'est-ce que
j'ai pu jouer à ce jeu, à Clermont-Ferrand,
dans les années 1983-84 ! Le grand volant sur la
borne, avec le levier de vitesse, la petite musique du début,
tout concourait à faire de Pole Position
un jeu exceptionnel (en tout cas à mes yeux).
Je
vous ai déjà parlé de Turbo,
qui innovait sur bien des points. Pole Position
lui est supérieur, et ce n'est pas le succès
qu'il a eu qui me fera dire le contraire ! Version debout
ou assise, une fois qu'on avait le volant en main, le reste
n'existait plus. Mais je vais vous détailler tout
ça.
En
piste !
Pole
Position est une course de F1 sur le circuit
Fuji, au pied du Mont
Fuji (stratovolcan actif japonais de 3776 mètres
d'altitude, dont les éruptions principalement explosives
le classent comme un volcan gris (appelé aussi de
type Péléen) ; bien que sa forme ne le montre
pas, il est de la même catégorie que le Puy
de Dôme en France, fin de la parenthèse
sur un sujet qui me tient particulièrement à
cœur).
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Le
Mont Fuji, juste à côté du circuit.
La photo ne peut pas rendre la crainte respectueuse
qu'on ressent,
soi-même si petit, à se trouver aussi
près d'un immense volcan.
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Une
fois insérées les deux pièces de 1
franc (hé oui, ça remonte à loin),
le tracé apparaît à l'écran,
accompagné d'un petit jingle : ça fait le
même effet que pour Scramble,
ceux qui l'ont entendu ne peuvent pas l'avoir oublié.
Et puis, changement d'écran : on aperçoit
la piste, pendant qu'un dirigeable passe en tirant une banderole
indiquant "Prepare to qualify" ("Préparez-vous
pour les qualifications"). Au même moment, une
voix féminine annonce clairement ces mots : ceux
qui ont joué à Pole Position
ne peuvent pas l'avoir oubliée non plus ! Comme je
le disais au début, cet ensemble jingle + voix, je
m'en rappelle parfaitement des années plus tard.
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Le
circuit, une seule piste. |
Le
dirigeable qui passe,
avec la synthèse vocale inoubliable. |
Le
feu vert s'allume : pédale d'accélération
au plancher, vitesse lente engagée, la F1 bondit.
En quelques secondes la vitesse est suffisante pour passer
la vitesse rapide, mais il faut déjà prendre
garde au virage à droite qui semble se jeter sur
la voiture. Pas besoin de freiner, mais il faut au moins
ralentir et bien négocier le tournant. Prenez garde
à ne pas percuter un concurrent, lors des virages
la visibilité est fortement réduite. Ensuite
il faut foncer, la F1 peut dépasser les 300 km/h.
Le
but des qualifications est d'arriver à boucler un
tour suffisamment vite pour participer à la course.
Si vous n'allez pas assez vite, ce sera le Game Over par
manque de temps, car vous continuerez à piloter jusqu'à
la fin du compte à rebours sans vous qualifier.
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Le
Mont Fuji au loin... |
Quelques
pubs pour des jeux Atari. |
Pour
info, la pole position s'obtient en faisant moins de 58'50
(4000 points) ; la seconde place est disponible si vous
faites moins de 60 secondes (2000 points), et la troisième
en faisant mieux que 62 secondes (1400 points). Pour réussir
à obtenir au moins la dernière place, il faudra
faire moins de 73 secondes, cela vous rapportera 200 points.
À
fond, à fond, à fond !
Vous
vous êtes qualifié ? C'est le moment de concourir
pour de bon : vous vous retrouvez à la place que
vous avez gagnée lors des qualifications. Le dirigeable
repasse, tirant une bannière "Prepare to race"
("Préparez-vous pour la course"). Encore
une fois, la synthèse vocale prononce ces mots, effet
garanti.
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Les
résultats des qualifications. |
Au
départ de la course. |
La
course est identique aux qualifications, à part deux
points : le premier, c'est qu'il y a plus de concurrents
en piste ; le second, c'est la présence de flaques
d'eau qui ralentissement légèrement la voiture
si vous roulez dedans. En dehors de ça, le tracé
est le même, il faut arriver à tenir jusqu'à
boucler le tour, qui vous redonne du temps supplémentaire
pour recommencer, et ainsi de suite jusqu'à ce que
le compte à rebours tombe à zéro. Les
réglages par défaut du jeu demandent de réussir
3 tours pour la victoire.
Les
feux rouges s'allument l'un après l'autre... Puis
c'est le feu vert, c'est le départ ! Il faut dès
à présent zigzaguer entre les concurrents,
et bien sûr rouler le plus vite possible pour gagner
non seulement les points des voitures doublées, mais
aussi ceux du parcours effectué, et bien entendu
avoir le plus de temps possible pour les tours suivants.
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Je
double prudemment dans le virage. |
La
moindre touchette, c'est l'explosion. |
Du
coup, percuter un adversaire ou un panneau au bord de la
piste fait perdre de nombreuses secondes (en plus du temps
qu'on met à revenir à pleine vitesse) mais
pénalise aussi le score, car les concurrents vous
redoublent et ceux-là ne sont plus comptabilisés.
Le
jeu est relativement difficile, même s'il est simple
à comprendre et à manier. Personnellement,
je n'ai jamais réussi à faire plus de deux
tours. Les Lagier, en tout cas, est infiniment plus doué
que moi, puisqu'il a décroché le record officiel
le 30/06/1986 avec 67 310 points.
La
réalisation
Graphiquement,
Pole Position est au top. Les couleurs
flattent la rétine, l'angle de vue derrière
la voiture, plus bas que dans Turbo,
est parfait pour faire des kilomètres. Les décors
sont simples mais jolis, avec un petit dégradé
dans le ciel. Le Mont Fuji qu'on aperçoit donne un
certain cachet à un jeu qui pourrait être une
course de plus, mais voilà : on sait qu'on roule
sur un circuit réel, et ce petit plus graphique est
un des éléments qui ont fait de ce jeu un
jeu culte.
Les
sprites des voitures sont très bien faits, on voit
tout de suite qu'on ne conduit pas une trottinette. La piste
elle-même est très claire, les deux voies séparées
par la ligne discontinue et bordées par les ralentisseurs
permettent de bien voir les voitures débouler depuis
l'horizon.
Je
rebondis sur ces deux éléments de la piste
(ligne continue et bordures) qui constituent la partie vitesse
de l'animation : elle est bien rendue grâce à
leur défilement rapide et fluide. Les panneaux qui
approchent servent également à bien donner
cette sensation, qui est d'ailleurs mieux retracée
par le défilement de tous ces objets que par le compteur
de vitesse.
Les
différents sprites servant à l'éloignement
des voitures concurrentes sont suffisamment nombreux pour
qu'on n'ait pas l'impression de voir une voiture faire des
bonds : ici elles se rapprochent - ou s'éloignent
- régulièrement. Les différentes vues
de la voiture du joueur sont elles aussi assez nombreuses
pour la représenter lors des tournants. Par contre,
pas d'éparpillement des pièces en cas de choc,
à la place une belle explosion.
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Je
viens d'éviter une flaque d'eau. |
À
fond (307 km/h) dans la ligne droite. |
Le
son est bien fait pendant le jeu : le vrombissement du moteur,
l'effet Doppler lorsqu'on double un concurrent, les crissements
des pneus lors des virages appuyés, tout est bien
fait, même si ça reste plus ou moins dans la
norme. Non, dans Pole Position, c'est le
petit jingle qui accompagne le joueur quand il insère
la monnaie, et surtout cette synthèse vocale féminine
qui était, en 1982, à tomber par terre...
On a fait mieux depuis, bien sûr, mais à l'époque
!
Le
pilotage de la voiture est lui aussi très efficace.
Le volant fait tourner la voiture qui reste au centre de
l'écran (elle ne se déplace pas horizontalement
comme dans Turbo)
; le levier de vitesse lente/rapide est standard, par contre
ici on trouve deux pédales : une pour l'accélération,
l'autre pour le freinage. Du coup, le pilotage gagne encore
en réalisme.
Chris
Lindsey, directeur du Musée du Jeu Vidéo et
d'Arcade de Saint-Louis, explique que le succès de
Pole Position était dû à
de nombreux facteurs : son réalisme au niveau des
graphismes et du pilotage, le fait que la vision se trouve
derrière la voiture et plus au-dessus de la piste
(comme dans les Sprint
et dans une moindre mesure dans Turbo),
ce qui fait qu'on se sent plus impliqué dans le jeu
; mais aussi au fait qu'il n'y a pas de violence, et que
les femmes apprécient beaucoup ce type de jeu. Il
raconte qu'on trouvait Pole Position non
seulement dans les salles d'arcade, mais dans d'autres lieux,
même les stations service. Chez Namco, on revient
sur le fait que, lorsque le jeu fut vendu dans les salles
d'arcade, il était fréquent de voir les gens
faire la queue jusque sur le trottoir.
Les
suites et les conversions
Le
succès de Pole Position étant
tel, une suite ne pouvait pas ne pas voir le jour. Ce fut
chose faite dès l'année suivante avec Pole
Position II. Au programme : le choix entre 4 circuits,
un créé pour l'occasion et 3 autres existants
(Fuji, Suzuka et Seaside) disposant chacun de leurs propres
palettes et éléments de décor. Le pilotage
n'a pas évolué, même si la F1 roule
un peu plus vite en vitesse de pointe. Par contre, lors
d'un crash, cette fois la voiture explose avec des débris.
Graphiquement, je trouve que la voiture est moins fine,
mais c'est uniquement dû à la palette de couleurs
utilisée car le sprite n'a pas changé.
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Les
4 circuits de Pole Position II. |
Au
départ de l'ovale Test. |
Namco
et Atari continueront la saga en passant à Final
Lap en 1987. C'est un hommage à Pole
Position avec une nette amélioration graphique,
et un pilotage plus "glissant" à mon sens.
On pilote une Williams/Renault sur le circuit de Suzuka.
Bizarrement, je me rappelle que j'ai beaucoup aimé
le jeu de loin, mais une fois que j'ai pris les commandes,
avec la voiture qui semble déraper sur la piste lors
des tournants (comme si on pilotait une voiture de rallye),
le jeu a perdu beaucoup de son attrait... Le jeu sera décliné
ensuite en Final Lap 2, Final Lap
3, puis Final Lap R en 1993 (encore
amélioré graphiquement). Les Final
Lap suivants ne seront plus créés
par Namco.
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Final
Lap : une superbe digitalisation de la voiture. |
Final
Lap R : encore plus bô ! |
Juste
pour info, parce que je m'étais posé la question,
le "monstrueux" TX-1
aux 3 écrans ne fait pas partie de la saga.
Venons-en
maintenant aux conversions de Pole Position.
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Version
Atari 2600. |
Version
Atari 5200. |
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Version
Atari 7800. |
Version
Atari 400/800XL. |
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Version
C64. |
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Version
Vic 20. |
Version
Vectrex (avec le cache pour les couleurs). |
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Version
PC. |
Version
BBC Micro. |
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Version
Spectrum. |
Version
intellivision. |
Version
TI-99/4A. |
Comme
vous le voyez, ce ne sont pas les conversions qui ont manqué
!
Pole
Position est sorti sur la plupart des supports
de l'époque (mais pas la ColecoVision, dommage...
enfin, on se consolait avec Pitstop) et
compte-tenu des capacités des machines en question,
je trouve que les adaptations sont très correctes.
Je me rappelle d'avoir joué à la version Atari
2600, qui était très agréable,
même si je trouvais les concurrents hideux...
Le
jeu est ressorti depuis, dans les années 2000, dans
les habituelles compilation de souvenirs, sur PlayStation,
N64, Dreamcast, PS2, GameCube,
XBox, et PC (Namco Museum).
Pole
Position a lancé la tendance au photo-réalisme
dans les jeux vidéo - avec la technologie de l'époque
bien sûr. Ses superbes graphismes, son réalisme,
sa jouabilité au top et ses effets sonores inoubliables
(je ne l'ai pas déjà dit ?) l'ont propulsé
à la première place du hit-parade des jeux
d'arcade, et cela pendant deux ans. Si de nos jours il est
dépassé graphiquement, au niveau du gameplay
il est toujours d'actualité. Et sa renommée
est, encore aujourd'hui, considérable. Un jeu culte.
JPB