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Shanghaï 2 : Dragon's Eye
Anne : 1986
Systme : Apple IIGS, Mac
Dveloppeur : Activision
diteur : Activision
Genre : Réflexion

Malgr le succs considrable de Shanghai, il faut attendre 3 ans avant qu'Activision ne se dcide sortir une suite en 1989. Il faut dire que de trs nombreux clones sont apparus, souvent des sharewares vendus bas prix, et l'diteur cherchait peut-tre LA recette qui lui permettrait de donner aux fans l'envie de dlier les cordons de la bourse ? Toujours est-il que les nouveauts et amliorations prsentes dans cette suite, qui comme tous les autres jeux de la licence n'a pas t conue par Brodie Lockard, sont particulirement nombreuses.

cran d'intro sur PC.
Version Macintosh.

Sorti tout d'abord sur Macintosh, MSX et PC sous MS DOS ainsi que sous Windows 3.1, cette suite est plus jolie, affichant un graphisme en VGA sur PC, et est enfin pourvue de musiques. On y trouve mme de sympathiques animations qui se dclenchent l'intrieur des tuiles lorsqu'on ralise certaines paires. Toujours pour rester dans les amliorations esthtiques, ceux qui sont hermtiques aux pices de mahjong seront heureux d'apprendre qu'on peut les remplacer par d'autres motifs. Il y en a en fait 8 diffrents avec par exemple des lettres de l'alphabet, des illustrations d'heroic-fantasy, des drapeaux de divers pays ou, plus dpaysant, des illustrations venues du jeu de cartes japonais Hanafuda.

PC MS DOS : L'une des nouvelles dispositions et les motifs tirs du Hanafuda.

La premire grosse nouveaut provient de l'arrangement des tuiles : celui du premier pisode, dit du Dragon, n'est plus la seule faon de reprsenter la partie. Nous avons maintenant 12 dispositions qui reproduisent les animaux tirs du zodiaque chinois. Elles changent rellement la faon de jouer et certaines permettent d'avoir plus de possibilits de pices prenables, ce qui permet d'influer sur la difficult. A noter que, lorsqu'on choisit son arrangement, on peut galement cocher une option appele "winnable game". En effet, les pices sont toujours disposes au hasard et, en choisissant cette option, on obtient la garantie que la partie n'est pas impossible terminer, ce qui ne veut bien entendu pas dire pour autant qu'on ne peut pas se retrouver bloqu suite une dcision malheureuse.

Seconde nouveaut majeure, la prsence d'un diteur de niveaux qui permet au joueur de dfinir ses propres arrangements. Une attention sympathique mais qui ne rencontrera cependant pas un succs notable puisque non seulement elle ne figurera pas dans les conversions, mais de plus ne se retrouvera dans pratiquement aucun autre pisode de Shanghai.

Dragon's Eye sur PC MS DOS.

Et enfin, le vritable ajout de ce Shanghai, c'est ce fameux Dragon's Eye qui donne son nom au jeu. Mais de quoi s'agit-il ?
C'est en fait un jeu totalement diffrent bien qu'il fasse toujours usage des pices de mahjong et que les rgles gouvernant la prise de ces pices soient toujours prsentes. Ici, deux joueurs s'affrontent : le Dragon Master et le Dragon Slayer, dont les rles peuvent tre tenus par des joueurs humains ou le CPU. Sur un plateau de jeu particulier, le Dragon Master doit placer des pices sur chaque emplacement. Le Dragon Slayer doit l'en empcher en ralisant des paires, en respectant les rgles de Shanghai. Chacun joue tour de rle et, si pendant son tour le Dragon Slayer ne peut pas raliser de paire, il doit placer une pice avant de donner la main. Attention : si certaines pices deviennent imprenables, ce qui arrive si elles sont encadres d'autres pices des 2 cts, elles se retournent et on ne peut plus voir leur motif (jusqu' ce qu'elles deviennent prenables nouveau).
Dragon's Eye est un jeu beaucoup plus complexe que Shanghai et qui a malheureusement tendance se rvler frustrant, surtout lorsqu'on incarne le Dragon Slayer dont les chances de succs sont souvent trs minces. Et en parlant de succs, Dragon's Eye en aura peine plus que l'diteur de niveaux puisque encore une fois il ne sera pas prsent systmatiquement dans les conversions de ce second Shanghai, mais de plus il ne fera ensuite que de trs rares et discrtes apparitions au sein de la srie.

Shanghai 2 ne connatra pas autant de succs que son prdcesseur, en occident tout du moins, puisqu'il ne sera pas adapt sur Amiga ou Atari ST, ni sur les micro-ordinateurs 8-bits qui vivotent encore un peu en Europe ou aux USA cette poque. En revanche, le titre sera port en arcade et sur de nombreuses machines au Japon, mais avec parfois quelques changements qui confirment l'appropriation de la srie par les asiatiques.

Dragon's Eye sur Megadrive
Shanghai 2 sur Megadrive

Commenons par le cas de la Megadrive qui est un peu particulier car le jeu y est port deux reprises. C'est d'abord en 1991, sous la houlette du dveloppeur japonais Home Data que sort un certain Dragon's Eye. trangement, le jeu est sous-titr Shanghai 3 ! Il s'agit pourtant bien d'une version fidle au second pisode, disposant de graphismes plutt austres et de tous les modes de jeu l'exception de l'diteur. Ce titre ne sortira pas du Japon.
Surprise : une nouvelle adaptation nomme comme il se doit Shanghai 2 (et sous titre Dragon's Eye) fait son apparition sur la mme machine en 1994 pour la march amricain ! Les options et modes de jeu sont les mmes mais la ralisation a totalement t revue pour nous servir un graphisme superbe avec des fonds d'cran anims sur lesquels les pices sont dposes, ainsi que de nouvelles animations trs esthtiques et de nombreux dtails comme un pointeur qui change de forme pour s'adapter son environnement ; des choses qui montrent le soin extrme dont bnficie cette magnifique version qui propose galement le support de la souris Megadrive.

Version Snes

La version Snes confie Hot B est d'une qualit graphique et sonore honorable, suprieure aux versions micro grce ses arrire-plans, mais en de de la trs belle version Megadrive de 94. Selon les marchs, elle se nomme Shanghai 2 ou Super Shanghai. Elle dispose des mmes options que les versions Megadrive.

Shanghai 2 sur Game Gear
Bien qu'appele Shanghai, cette version Lynx est plus proche du second pisode.

Pour emporter Shanghai 2 dans sa poche, il faut se tourner vers la Lynx d'Atari ou la Game Gear de Sega (et dans les 2 cas, avoir de grandes poches !). Deux versions russies mais qui ont laiss le mode Dragon's Eye de cot. La version Lynx (qui se nomme simplement Shanghai) fait un choix trange pour prserver une bonne lisibilit : le design des tuiles est simplifi mais lorsqu'une d'elle est slectionne, elle apparat sparment et en plus grand l'cran, avec son motif s'affichant de faon dtaille.

Version arcade.
Version Famicom.

Enfin, Shanghai 2 sort galement en Arcade, toujours grce Sunsoft. Sur le mme modle que la version arcade du 1er pisode, il s'agit de vider l'cran en temps trs limit tout en rcuprant quelques prcieuses secondes chaque paire ralise. Deux nouveauts cependant : d'abord les diffrentes dispositions reprenant les animaux du zodiaque chinois bien sr, mais aussi la possibilit d'activer dans les "dip-switches" la prsence de pices mystres, dont le motif est un point d'interrogation, qui ne se dvoilent que lorsqu'une paire et ralise proximit.
Sunsoft adapte cette version arcade sur Famicom, sans les pices mystres, mais avec le choix entre des arrangements de tuiles alatoires en mode normal et fixes en mode "tournament". Dans cette version comme en arcade, le mode Dragon's Eye est encore absent.

Avant de passer en revue les autres suites de Shanghai qui vont s'accumuler partir des annes 90, il convient d'aborder un point trs important afin de souligner l'influence nippone sur la srie...

DEUX VISIONS DE SHANGHAI

l'instar de Lode Runner et Tetris, Shanghai est un jeu occidental dont les japonais vont partiellement s'emparer, le re-modeler, et en produire de nombreuses suites parfaitement adaptes leur march local. Dans le cas de Lode Runner, les changements apports par les moutures japonaises sous l'impulsion de Hudson Soft taient assez voyants, commencer par l'utilisation de niveaux vus de beaucoup plus prs et se dvoilant par un scrolling, ce qui remettait totalement en cause le principe stratgique du jeu. Avec Tetris, c'est l'apparition de nouvelles rgles, souvent plus complexes, ou une orientation vers les affrontements multijoueurs, demandant souvent une pratique assidue pour en maitriser les mcaniques, comme dans Tetris the Grand Master.

Lode Runner se joue sur un seul cran dans sa version originale ( gauche) mais certains dveloppeurs japonais vont en changer radicalement le gameplay en zoomant l'action ("Lode Runner Twin" droite).
Tetris est un jeu abordable et reposant ( gauche), mais les japonais vont le transformer en un jeu nerveux demandant beaucoup d'adresse ("Tetris the Grand Master" droite).

Pour Shanghai, l'un des changements est moins vident premire vue mais son impact est tout aussi consquent. Il repose sur cette diffrence fondamentale : l'emplacement des tuiles sur le plateau ne se fait plus au hasard. Dans les versions occidentales de Shanghai, les tuiles sont distribues de manire alatoire, comme dans une partie de cartes de Solitaire sur le bureau de Windows. Ce principe assure la varit puisqu'il implique que 2 parties ne sont jamais identiques. Mais cela signifie galement que, d'une part il peut tre impossible de terminer une partie (problme corrig avec l'option "winnable game" de Shanghai 2), et d'autre part que certains arrangements rendront les choses largement moins intressantes dans certaines parties que dans d'autres.

Les dveloppeurs japonais, comme Success ou Sunsoft qui disposent d'un arrangement avec Activision pour crer des jeux Shanghai, ont dcid de faire les choses de faon un peu diffrente. Ils vont crer des arrangements fixes, de difficult varie, de faon proposer toujours une partie intressante, avec plus ou moins de piges, ou en plaant dlibrment des paires des endroits trs loigns afin de rendre fous les joueurs les moins observateurs !

Choix du niveau dans Shanghai sur Master System avec 12 arrangements fixes des pices du jeu.

Et cette dmarche entre en uvre progressivement, dans de nombreux titres produits au Japon, mais pas dans tous. On rencontre ce changement d'abord dans la version Famicom du 1er Shanghai en 1987. Dans ce dernier, le mode "tournoi" n'invite plus simplement trouver le maximum de paires dans un temps donn. La contrainte de temps est toujours prsente, mais ici il s'agira de complter diffrents arrangements fixes choisir dans un menu. Dans la version Sega Master System sortie un an plus tard et programme par Sega, c'est dans le mode simple qu'on trouve le choix entre avoir les tuiles places au hasard ou suivant l'un des 12 arrangements disponibles, le mode tournoi, lui, impose les pices au hasard comme sur micro-ordinateurs.

Les diffrentes versions japonaises du jeu vont donc trs souvent proposer des suites d'arrangements fixes (ce sera quasiment toujours le cas en arcade), de plus en plus complexes, rsoudre comme on rsout les diffrents "puzzles" de titres de rflexion comme un Kwirk (Gameboy) ou un Puzznic (arcade). Ce sera mme le cur du jeu dans les pisodes DS avec une difficult progressive en fonction du nombre de tuiles prsentes et des piges qui se font de plus en plus vicieux.

L'influence japonaise sur la srie se manifestera galement par l'arcade et fera adopter Shanghai un caractre plus spectaculaire et comptitif, avec course au high-score grce des combinaisons rapportant plus ou moins de points, mise en scne dynamique avec bruitages percutants ou explosions lorsqu'on ralise des paires, et modes de jeu en "versus" o l'on affronte un adversaire dans une ambiance rappelant parfois les matches endiabls de Puyo Puyo ! Cela commence se ressentir rellement dans Shanghai 3 en 1993 qui introduit un duel o chaque joueur fait des paires sur son propre plateau et tente d'atteindre une tuile dore avant son adversaire. Plus tard, en 1998, Shanghai Matekibuyuu permettra mme aux joueurs de choisir des avatars, inspirs de guerriers issus de la mythologie chinoise, qui s'affrontent comme les hros d'un jeu de combat. Souvent, mme les adaptations domestiques de ces opus arcade ne permettent pas de jouer tranquillement sans limite de temps, une manire de s'amuser qui doit sembler dpourvue d'intrt aux yeux des dveloppeurs, un peu comme si on leur demandait de retirer les virages dans un jeu de course automobile !

Affrontement en versus et effets spciaux dans Shanghai Matekibuyuu (arcade).

Les versions occidentales en revanche ne suivront pas cette voie. Les arrangements seront quasiment toujours faits de faon alatoire, et le droulement du jeu gardera un rythme bien plus pos, plus "casual" pourrait-on dire. Les ralisations d'Activision continuent en effet s'adresser tous les publics, mme (et surtout ?) les joueurs les plus occasionnels qui s'adonnent principalement au Dmineur ou Freecell, tandis que les productions nippones de Sunsoft lorgnent plus vers le "gamer" pur et dur.

Deux approches diffrentes donc qui apportent plus de varit qu'on pourrait le penser entre les nombreuses diffrentes versions de Shanghai qui vont tre produites pendant les annes suivant la sortie du 1er pisode.

Tom Sloper : le monsieur Shanghai partir de 1991.

Et c'est l'occasion de mentionner le travail considrable d'un homme sur la srie : Tom Sloper. Ce vtran du jeu vido qui dveloppa entre-autres sur Atari VCS et Vectrex, et qui a travaill notamment chez Sega, rejoint ensuite Activision et en 1991, il est nomm au poste de producteur sur la srie Shanghai. Il s'occupera en fait directement du game-design de nombreux pisodes et participera mme la conception de certains opus produits par des quipes japonaises. Et anecdote amusante : son investissement dans Shanghai donnera envie Tom Sloper de goter au vrai jeu de mahjong. Il se passionnera tant pour ce dernier qu'il en deviendra un des grands spcialistes en occident.

Nous allons aborder dans la 3me partie de cet article quelques uns des pisodes de Shanghai sortis partir des annes 90 ...

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