Le 1er site en français consacré à l'histoire des jeux vidéo
La première décennie de David
Date de Sortie : 1972
Systèmes : mental déficient
Développeurs : mon père et ma mère
Editeur : ma mère seulement
Support : physique, mais bientôt dématérialisé

1) Bonjour David, peux-tu te présenter aux lecteurs les plus récents ?

Salut, ben voilà, moi c'est David, prof d'anglais le jour, et joueur la nuit. Entre les deux, je dévore de nombreux films et séries télé (je suis un adepte du home-cinema depuis ses tout débuts), je pratique pas mal de sports de raquette, j'adore voyager (si possible très loin et façon road movie), et j'écoute beaucoup de musique (je ne peux tout simplement pas envisager la vie sans).

Ma première machine a été une console de type Pong. Elle contenait quatre jeux, tous fondés sur le déplacement de petits traits renvoyant un gros carré. J'y ai beaucoup joué, mais l'impossibilité de changer de jeux m'a vite lassé. Puis, entre deux parties de jeux d'arcade qui me faisaient baver d'envie tellement ils étaient bôs, je me suis très vite intéressé aux Game & Watch, surtout lorsque des adaptations comme celle de Donkey Kong ont débarqué. Pour la première fois, j'avais l'impression de jouer à des jeux autrement plus complexes et intéressants que ce que m'avaient proposé ma console Pong et les premiers modèles de Game & Watch.

Sans surprise, l'acquisition de l'Atari VCS, qui jouissait d'une ludothèque incroyablement riche et variée, constitua l'étape suivante. Après ça, ma chambre d'ado connut un déferlement ininterrompu de machines, micros comme consoles, dont le roulement permanent me permit de goûter à à peu près toutes les grandes machines parues dans les années 80 et 90. Je n'étais pas collectionneur dans l'âme (et je ne le suis toujours pas), aussi revendais-je mon matériel très régulièrement pour en acheter du nouveau. Ma très grosse lacune : le PC, que je n'ai absolument pas connu.

2) Comment es-tu arrivé sur GrosPixels ?

J'ai connu Grospixels alors que je découvrais la chaîne Game One - à la « grande époque ». Je venais tout juste de m'abonner au satellite et, au cours de l'émission hebdomadaire phare de la chaîne, une news consacrée à Grospixels m'a fait comprendre que je n'étais pas tout à fait le seul à m'intéresser aux jeux vidéo qui m'avaient tant passionné plus jeune.

3) Comment as-tu intégré l'équipe/as-tu décidé d'écrire pour le site ?

Je tenais une rubrique rétro sur le site de Game One. Cette rubrique n'a pas tenu longtemps, en partie parce que les joueurs intéressés par les vieilleries n'y étaient pas légion. J'ai donc naturellement proposé mes services à l'équipe de Grospixels peu de temps après.

4) Que représentait le site pour toi à l'époque et que représente-t-il aujourd'hui ?

À l'époque, c'était une sacrée aubaine. Mine de rien, c'était la première fois que je trouvais des gens dont l'intérêt pour le jeu vidéo ne s'arrêtait pas aux dernières nouveautés. Revenir sur toutes ces années passées m'a permis de beaucoup échanger. C'était vraiment passionnant.

Puis, avec le temps, les sujets de discussion se sont naturellement raréfiés au profit de débats plus actuels. D'une certaine façon, « tout a été dit » au sein de la team originelle, et ce n'est qu'avec l'arrivée de nouveaux membres, couplée à la parution très régulière d'articles sur le site, que les discussions sur le rétrogaming ont perduré.

5) Quels ont été tes gros coups de cœur dans ta vie de joueur, tes trois jeux préférés et pourquoi ceux-là ?

Des coups de cœur, j'en ai eu des tonnes. Mais celui qui dépassa tous les autres fut probablement le jour où je lançai sur mon PC, acheté en 1997, une des toutes premières versions de Mame. Le choc absolu : après tant d'années, je pouvais ENFIN m'adonner aux versions originales de ces jeux de café qui avaient représenté mon idéal vidéo-ludique pendant si longtemps. Exit les conversions ratées ; une salle d'arcade toute entière venait de s'ouvrir dans mon salon. Un vrai fantasme devenu réalité.

Pour ce qui est de mes jeux préférés, j'hésite à dire « joker » [NdT : Impossible, déjà utilisé pour ton âge], tant le nombre de jeux mémorables que j'ai pu croiser dépasse évidemment l'entendement. Je n'ai pas vraiment de titres ultimes en tête, aussi me contenterai-je de citer trois productions inoubliables sorties à trois époques très différentes.

"Last Ninja 2 GBA Redux", artwork de jnkboy

Le premier est The Last Ninja, sur Commodore 64. Ce micro 8-bits était capable de bien des prodiges, mais jamais ne l'avais-je vu sortir ses tripes avec un tel goût. Graphismes d'une richesse inouïe, animation impeccable, musique au top, niveaux longs et variés... Avec ce jeu, le Commodore est entré de plain pied dans le monde des super-productions. Une vraie révolution, qui a hélas beaucoup vieilli.

Le second, plus récent, est Equinox, sur Super Nintendo. La machine compte évidemment des classiques beaucoup plus indiscutables que celui-là, mais allez savoir, cette perle des petits Anglais de Software Creations, qui avaient déjà largement sévi sur 8-bits, m'est restée gravée dans le cerveau comme aucune autre. Peut-être est-ce pour des raisons purement nostalgiques (un jeu avec une saveur si eighties sur la console 16-bits de Nintendo, c'était totalement inespéré), mais j'aime à penser que la grande qualité de son gameplay ainsi que sa réalisation inspirée (putain de bande-son) constituent les raisons objectives de mon amour immodéré pour cette « petite » production.

Le troisième, encore plus récent, pourrait être Bioshock, mais je pense lui préférer Crackdown, cet ovni qui, alors que la démo m'avait laissé de marbre, me retourna comme une crêpe après s'être dévoilé chez Phyl lors d'une partie improvisée. Que retenir de ce chef-d'œuvre absolu ? Ses succès qui ont tout compris ? Sa chasse aux orbes ridiculement addictive ? La multiplicité de ses gameplays ? La redoutable précision de ses sauts gigantesques ? La violence totalement jouissive de ses combats ? Sa profondeur de champ infinie ? La moiteur de mes mains lorsque, en proie à une peur incontrôlable et inédite, je gravis les derniers étages de la Tour de l'Agence, perché à quelques centaines de mètres au-dessus du sol ? N'en jetez plus : Crackdown est ce que la génération actuelle nous a proposé de mieux.

6) As-tu conservé un attachement particulier au retro gaming ? Joues-tu encore à d'anciens jeux ?

Oui, bien sûr, le retrogaming reste au centre de mes occupations, même si sa consommation se fait par un biais un peu différent que celui de l'émulation ou de l'usage de vieilles machines. Qu'on ne s'y trompe pas : je joue toujours régulièrement à de vieux jeux (les émulateurs occupent une très grosse partie du disque dur de mon PC), mais je ne les lance que pour en faire de courtes parties. Je passe en fait bien plus de temps à lire les ouvrages et autres magazines qui leur sont consacrés. Leur histoire me passionne, et si je ne me suis jamais débarrassé de toute la presse que j'ai achetée depuis la création de Tilt en 1981, c'est bien pour conserver les traces d'une industrie en constante évolution. Je ne rate aucun numéro du magazine britannique Retro Gamer, que je recommande chaudement à tous les joueurs suffisamment ouverts pour trouver un intérêt aux productions de toutes les époques, même les plus anciennes. En France, les éditions Pix'n Love font, elles aussi, un boulot dément, même si leur approche naturellement plus francophone exclut de leurs pages des machines aussi incontournables que le ZX Spectrum.

7) Même question pour les jeux actuels.

Étant adepte de TOUS les jeux vidéo, je ne peux envisager de tirer un trait sur les titres récents sous prétexte qu'ils ne rentrent pas dans la catégorie « rétro ». Je continue donc de m'intéresser à toutes les nouveautés que produit l'industrie, et y trouve un intérêt qui, s'il n'a plus la même saveur qu'avant, me permet de beaucoup m'amuser encore. Bien entendu, cet attrait a un prix : mon temps de loisir n'étant pas extensible à l'infini, je pratique beaucoup moins le rétrogaming que d'autres, mais j'ai déjà consacré un temps tellement énorme aux jeux du passé que je ne ressens dans la situation qui est la mienne aucune frustration.

8) Passes-tu encore sur le site ? T'es-tu engagé auprès d'un autre site ? Voire possèdes-tu un blog sur le sujet (ou un autre) ?

Il est rare que je ne consulte pas le site au moins une fois par jour. Je n'y participe pas beaucoup - par manque de temps, mais aussi parfois par désintérêt pour les sujets qui y sont abordés. D'une certaine façon, je regrette que toute une époque - celle du début des jeux vidéo jusqu'au milieu des années 80 - ne génère aucune discussion. Cette période est sans doute celle qui m'intéresse le plus.

À part Grospixels, je ne consulte quasiment aucun autre site sur le jeu vidéo. L'année dernière, je me suis rapproché d'un groupe de Nordistes très (trop) adeptes du shoot them'up, dont l'idée était de créer un site consacré au genre : shmupemall.com. J'ai un peu participé à l'aventure en y écrivant quelques courts articles sur les shmups les plus mauvais de l'histoire. Outre l'humour, que je voulais relativement marqué, mon but plus ou moins inavoué était en réalité de montrer au public du site, pas forcément fan de vieilleries, que derrière de vilains graphismes se cachaient parfois des jeux très funs (...mais pas toujours !) La rubrique est actuellement au point mort, par manque d'inspiration. Elle est visible ici.

Mine de rien, ce rapprochement m'a permis de rencontrer des joueurs très sympas et assez différents de ceux que je côtoie sur Grospixels. Il m'a permis d'enregistrer quelques podcasts que j'ai mis en image à l'occasion du premier anniversaire du site l'année dernière (une de mes dernières lubies, et c'est tout récent, est le montage vidéo). Nous avons aussi fait une virée au concert Video Games Live de Paris, dont j'ai aussi fait un petit film. J'en garde un excellent souvenir. Je regrette vraiment que l'éloignement des membres de Grospixels nous empêche d'organiser de tels rassemblements.

9) Dix ans après sa création, comment vois-tu GrosPixels, ce qu'il est devenu et son futur ?

Grospixels a su rester ce qu'il a toujours été : une mine d'informations en constante évolution, alimentée par une équipe qui, en dépit de hauts et de bas, est toujours présente et a su s'entourer de nouveaux contributeurs à la passion débordante - la parution hebdomadaire d'un nouvel article atteste de la vigueur et de la motivation des membres du site et du forum. Cette solidité inébranlable, associée aux idées nouvelles régulièrement proposées par les uns et les autres, me fait penser que la vie du site ne fait que commencer.