

Noël 1996. Ouragan sur les jeux de plate-forme. Nintendo a sorti quelques mois plus tôt, en juin au Japon, son révolutionnaire Super Mario 64 sur sa toute nouvelle et rutilante Nintendo 64. Le monde entier crie au génie devant le phénoménal aboutissement du genre incarné par ce nouvel opus de Mario. Sony, de son côté, réalise un coup de maître, grâce à Naughty Dog, en éditant Crash Bandicoot sur PlayStation. Ce dernier, bien que forcément moins bon que le maître Mario, nen reste pas moins une surprise de beauté, de fun et de jouabilité. Sega, lautre grand faiseur de jeux notamment de plate-forme -, ne peut pas ne pas répondre. Et si la réponse vient, comme attendu, de la Sonic Team, ce nest étrangement pas avec un nouveau Sonic. Le développement de Sonic X-Trem, monstrueusement ambitieux jeu daction/plate-forme complètement speedé en full 3D, senlise en effet et cumule les retards. A tel point quil ne sortira jamais, sauf à considérer que le phénoménal Sonic Adventure à venir sur Dreamcast en décembre 1998 soit sa forme enfin achevée et forcément sublimée. Cest donc avec un tout nouveau jeu, un tout nouveau personnage, et, on peut le dire, une toute nouvelle vision du jeu de plate-forme, que Sega entend, sinon faire la nique à ses concurrents, au moins proposer une solide alternative, avec son enchanteur Nights: Into Dreams.


Nights est donc un jeu daction. Et la qualification jeu de plate-forme devient peut-être un peu abusive, puisque le concept est ici de diriger un personnage qui saffranchit de la gravité
Mais reprenons. Le monde onirique de Nightopia est sous le joug du grand méchant Wizeman qui enferme les gentilles petites créatures de nos songes. Nights, également créature de nos rêves, rencontre lesprit de deux jeunes enfants durant leur sommeil, Claris et Eliot, et leur demande bien évidemment de l'aider. Un niveau commence avec lun des deux bambins propulsé dans un magnifique environnement en 3D. Très vite, on se retrouve poursuivi par une espèce de réveil géant qui, sil attrape le héros, inflige le fatal Game Over
On comprend très vite quil sagit de rejoindre Nights, qui danse dans une espèce de kiosque, pour fusionner avec lui et sélancer vers les cieux
Cette fusion nétant que temporaire, il faudra faire vite pour récolter à chaque fois 20 boules bleues et aller les déposer dans le réceptacle prévu à cet effet pour pouvoir passer à la partie suivante du niveau jusquà affronter un gigantesque boss. Très simple en apparence. Sauf lorsque lon oublie le chronomètre et que, redevenu gamin, on fait une chute vertigineuse et se retrouve avec le réveil à ses trousses. Mais on comprend vite le truc, on apprend alors à ne plus tomber, sauf lorsque les niveaux se corsent


Le cur du jeu se situe donc dans les incessantes voltiges de Nights dans le pays des songes. Et qui dit ciel dit véritable 3D, dans le sens physique du terme, avec tout ce que cela implique comme difficultés de contrôle et de jouabilité. Car, à priori, avec les deux dimensions au sol couplées à la variation permanente daltitude, on se retrouve avec une 3D beaucoup plus difficile à gérer que celle dun Tomb Raider ou les déplacements sur l'axe vertical restaient souvent cantonnés pour le contrôle et non pour les énigmes à quelques sauts (des plus hasardeux dailleurs ;o). Dès lors comment Nights peut-il être correctement jouable ? Tout simplement parce que le problème na pas été résolu mais contourné par la création de niveaux en fausse 3D : si le rendu est définitivement polygonal (avec quelques petits sprites 2D je vous laccorde) la maniabilité se fait, elle, en 2D : Nights es "bloqué" sur la profondeur décran et ne peut se déplacer que de haut en bas


Trop facile ? Non car, sil est vrai que la Sonic Team a fait un choix « simple » - à relativiser car je ne crois pas que, 7 ans, après, une équipe soit à même de proposer un gameplay tout en 3D vraiment satisfaisant -, elle a su apporter pas mal de piment à sa fausse 3D. Les changements de profondeur, scriptés, nen restent en effet pas moins spectaculaires car souvent amples et brutaux, tout comme les brusques coups de vent qui vous emmènent parfois jusquà des hauteurs insoupçonnées, ou encore les changements de caméras qui peuvent suivre Nights de haut ou de derrière, le tout couplé à des décors rebondissants et déformables. Bref, une relative simplicité des contrôles qui, par une mise en forme spectaculaire, sefface pour ne laisser que le souvenir impérissable de hautes voltiges oniriques


La réalisation technique est, elle, de très haute volée, avec des décors excellemment modélisés, des textures riches et variées et des effets étonnants, comme leau, le vent ou les déformations en temps réel du décor
Le design est quant à lui supra mimi : le héros Nights, tout de violet vêtu, voltige dans des mondes riches et colorés, peuplés de créatures toutes plus gentilles les unes que les autres (hormis quelques anecdotiques monstres que Nights enverra balader dun coup de boule ou dun remous de vent bien placés) où lémerveillement est constant, devant un petit parc, avec ses bancs au bord dune rivière, ou encore ce petit train qui passe dans la neige, cet étrange musée plein de miroirs perdu dans une ondulante prairie, et cette forêt tropicale ou quelques vestiges humains sabandonnent à la nature
Dautant plus que les niveaux regorgent de surprises pour notre héros, comme ces anneaux électrifiés qui vous font perdre votre anti-gravité pour tomber comme du plomb, ces electro-aimants qui vous transforment en véritable ramasse-items super lourdos, une espèce de space-mountain qui vous plaque irrémédiablement contre votre siège puis vous largue en haute altitude une fois redevenu gamin
Grosse vautre garantie ! Sans compter ces canons ici et là qui vous envoient avec puissance dans nimporte quel coin du décor


Parcourir les niveaux devient ainsi un réel plaisir, grâce à une maniabilité assistée par un paddle analogique vendu à part, démesuré et dun confort inégalé tout au plus regrettera t-on le manque de vibrations-. On court après le score en passant au travers du plus danneaux consécutifs possibles, ramassant le plus de boules bleues puis dorées et détoiles, mais aussi en traversant des anneaux spéciaux qui vous collent une longue et belle traînée jaune pour enchaîner des figures de haute voltige
Il est possible, pour récolter plus vite les items voire même ceux qui ne sont pas dans le plan deffectuer des loopings qui aspireront tout dans un certain périmètre - une belle idée assurément. Les affrontements face aux boss sont quant à eux véritablement monumentaux, intelligents, beaux et variés, et sont par ailleurs notés. Nights est donc de ces jeux qui nous font courir derrière le score en tentant de réaliser la partie la plus parfaite - et surtout la plus esthétique possible-, car une note sanctionne irrémédiablement la fin de lexercice. Et de bonnes notes seront nécessaires pour accéder au dernier niveau


Le seul véritable défaut à signaler est une durée de vie finalement très faible : comptez une poignée dheures pour un débutant
Mais cest tellement bon que, en dehors de ça, Nights, cest du tout bon, un must-have absolu de la Saturn, un jeu daction historique sur 32-bits
Dont on a longtemps attendu une très hypothétique suite sur Dreamcast qui ne vint jamais. Et, 7 ans après, on attend encore.
Corentin M.