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Leander
Année : 1991
Système : Amiga, Megadrive
Développeur : Psygnosis
Éditeur : Psygnosis
Genre : Action / Plate-forme
[voir détails]
Par Laurent (26 février 2002)

WinUAE est devenu le n°1 incontesté des émulateurs Amiga (voir page Download). La version 0.8.21 a la particularité de mettre fin à des années de frustration pour les anciens possesseurs d'Amiga qui n'ont plus accès leur micro préféré. Leander tourne enfin sans le moindre bug (jusque là, la détection des collisions de sprites ne fonctionnait pas). C'est l'occasion de revenir sur ce jeu magnifique.

Un scénario d'une originalité à toute épreuve

La princesse Luccana a été enlevée par le perfide et puissant Thanatos. Vous êtes Leander, le chef de la garde royale qui aime en secret la princesse. Après que le roi vous ait appris que cet amour, contre toute attente, est réciproque, vous ne pouvez refuser la mission qu'il vous confie : traverser les trois mondes gouvernés par Thanathos et infestés de créatures à sa solde, le vaincre, ramener la princesse et étudier de près le contrat de mariage avant de prononcer le « oui » fatidique.

Si le scénario est classique, le gameplay l'est encore plus. Le charme de Leander réside avant tout dans sa réalisation et son ambiance. Il s'agit d'un mélange de beat'em'all et de jeu de plates-formes, qu'on peut comparer à Strider (pour l'armement du héros, un épée qui fouette les ennemis et laisse une traînée furtive derrière elle) et à Rastan Saga (pour le feeling global du jeu).

Il y a au total 22 niveaux, chacun des 3 mondes comprenant 7 niveaux, auxquels vient s'ajouter le combat final contre Thanatos. Le scrolling défile dans les quatre directions, et les décors vastes permettent des phases d'exploration qui évitent l'aspect bourrin d'un simple jeu d'action. À chaque niveau correspond un objectif simple, expliqué en préambule par de jolies sirènes (dépêchées par le père de la princesse pour vous aider). En général il s'agit de trouver un objet et de gagner la sortie du niveau, la réussite nécessitant bien sûr de parcourir la totalité du décor. Les ennemis sont très nombreux et changent à chaque monde. Cela va du simple garde à des créatures mutantes, comme des araignées géantes, en passant par des pièges très vicieux. Leander peut ramasser divers objets lui permettant d'améliorer la puissance de son épée ou de restaurer son énergie.

Il possède une armure, dont la couleur change en fonction de sa résistance. Elle peut être mauve, rouge, verte, bleue, dorée ou noire sur un échelle de résistance allant de 1 à 6 coups ou collisions avec l'ennemi encaissés. Au départ elle est bleue et on peut donc l'améliorer. Cela s'avère indispensable car les collisions avec les ennemis sont nombreuses. Ceux-ci suivent un parcours prédéfini, ou se précipitent vers le héros, et il est difficile de les éviter, Leander ayant une certaine inertie dans ses déplacements. Des coups spéciaux très destructeurs sont possibles en gardant le bouton de tir appuyé. Une jauge indique alors la puissance du coup. Si on la laisse atteindre son maximum, il s'agit d'un coup suicide qui fait beaucoup de dégâts mais provoque la perte d'une vie. Les niveaux sont également parsemés de boutiques dans lesquelles, il est possible d'acheter des armes ou améliorer son armure, en échange de pièces ramassées un peu partout.

Compte tenu de la grande étendue du jeu, des mots de passe permettent de commencer la partie au premier, deuxième ou troisième monde, et un nombre limité de continues sont disponibles.

Et l'Amiga devint console

On a là affaire à un jeu sorti à une époque ou l'Amiga 500 est en fin de carrière et commence à céder sa place, en tant que machine de jeux, aux consoles 16-bits, porteuses de nouvelles sensations video-ludiques. Le but des développeurs de Leander fut manifestement de contrecarrer cette tendance. On comprendra alors aisément pourquoi on a à ce point l'impression, en y jouant, d'être en train de tester un jeu sur Megadrive.

La réalisation graphique s'inspire grandement du style japonais, en dépit d'un scénario qui fait vaguement référence à la mythologie grecque. L'intro du jeu, époustouflante, montre Leander se précipiter sur son ennemi, l'air vindicatif et l'épée en avant, pendant que le décor défile à toute vitesse derrière lui. Ce genre de plan renvoie directement aux dessins animés japonais des années 80, et bien sûr nombre de jeux sur NEC PC Engine ou Megadrive.

De même, pendant le jeu, pratiquement tout évoque ce qui se fait sur consoles 16-bits. Le feeling est très différent des jeux Amiga ou ST auxquels on avait été habitué. L'animation des innombrables personnages (il y a parfois 60 sprites à l'écran, un exploit sur Amiga qui explique la difficulté à faire fonctionner le jeu en émulation) et le scrolling multi-directionnels sur deux plans ne souffrent pas du moindre ralentissement et sont d'une totale fluidité (50 images/secondes comme Shadow of the Beast ou Turrican). La maniabilité du héros est parfaite, très instinctive, et la jouabilité est irréprochable. Finir le jeu est un challenge qui prend beaucoup de temps mais s'avère tout à fait possible. La conception des niveaux est parfaite dans les deux premiers mondes, mais le troisième est un peu plus laborieux et on apprécie d'en voir à la fin. Les trois boss qui marquent la fin des mondes sont superbes et doivent être bien étudiés pour en déceler les points faibles.

Les graphismes sont absolument splendides, mais manquent un peu d'éclat dans leurs couleurs. Cela est probablement dû au fait que les développeurs ont utilisé une palette réduite pour économiser de la mémoire vidéo et se permettre une telle débauche d'animations. Celle du héros est parfaite et lui donne fière allure, de même que certains ennemis sont énormes et superbement dessinés.

La bande sonore est un véritable enchantement et joue un grand rôle dans la nostalgie que suscite ce jeu, même si une fois de plus il faut choisir entre la musique et les effets sonores, l'Amiga n'étant pas en mesure de jouer les deux en même temps. Le thème musical qui illustre la séquence d'intro précédemment décrite fait ainsi partie des classiques du mod Amiga, et celui qui accompagne l'action dans le premier monde, doux, mélancolique et très médiéval, est totalement à contre-courant de ce qu'on entend habituellement dans ce type de jeu.

On se laisse bercer par la musique, et on déguste des yeux des scrollings et des sprites qui baignent dans l'huile. Si tout ça évoque quelque chose pour vous, vous adorerez Leander, ou vous l'avez adoré.

L'ombre de la Bête

Toutes ces qualités font de Leander, fin 1991, un jeu inespéré pour les possesseurs d'Amiga amateurs de bons jeux de plates-formes qui sentent leur machine proche de l'obsolescence. Une fois de plus, c'est de Psygnosis que vient le salut. En découvrant le jeu et ses graphismes typiques de la firme au hibou, on ne manque pas de penser que ces messieurs de Reflections, auteurs sur Amiga de Shadow of the Beast et Awesome, ont encore frappé, et que Roger Dean est de la fête.

Surprise : si la bande son est bien l'oeuvre des frères Wright (qui ne sont pas des pionniers de l'aviation mais les auteurs des musiques de Awesome, Beast 2 et Beast 3), on doit le développement du jeu à des petits nouveaux : Travellers Tales, alias (à l'époque) Andy Ingram et Jon Burton. Par la suite, ce duo deviendra un studio de développement et travaillera beaucoup sur Megadrive, Saturn, Playstation et Dreamcast, pour le compte de Disney - Toy Story Racer (2000), Toy Story 2 (1999), A Bugs Life (1998), Buzz Lightyear of Star Command (2000), Rascal (1998), Toy Story (1995) et Mickey Mania (1994) - ainsi que pour Sega, toujours sur Saturn - Sonic R (1997), Sonic 3D (1997), voir le dossier Sonic. Tout récemment, ils se sont fait remarquer avec Crash Bandicoot: The Wrath of Cortex sur Playstation 2 et Xbox, et surtout la série Lego Star Wars, succès monumental édité par LucasArts.

Legend of Galahad (conversion de Leander sur Mega Drive) et Crash Bandicoot: The Wrath of Cortex (production postérieure de Traveller's Tales)

Une poursuite de carrière honorable, donc, mais pas aussi brillante que ne l'avait laissé espérer ce Leander proche de la perfection. La société Travellers Tales est aujourd'hui installée dans une ancienne ferme de Knutsford, près de Manchester, et compte une trentaine d'employés.

À noter qu'une suite fut prévue, intitulée Tigrander, mais on n'en vit jamais la couleur, probablement à cause de la lente disparition de l'Amiga à partir de 1992 (qui n'est toujours pas totale, d'ailleurs). Par ailleurs, le jeu a été adapté sur Megadrive, par Electronic Arts, et vendu sous le titre stupide de Legend of Galahad. Cette version est strictement identique à l'original sur Amiga sur le plan graphique (mises à part les couleurs d'armures qui ont disparu et le héros devenu blond), et les musiques ne souffrent pas trop du passage sur le processeur sonore si controversé de la 16-bits Sega, d'autant que cette fois elles cohabitent avec les effets sonores. Le peu de retentissement de Galahad à sa sortie, alors qu'il fut un évènement sur Amiga, fait que ce jeu reste pour les fans de l'ordinateur féminin totalement associé à leur machine. Il faut dire aussi que de bons jeux de plates-formes sur Megadrive, il y en avait des tas.

Conclusion

Soyons clairs : Leander n'est pas un sommet de l'histoire des jeux vidéo, mais c'est un vrai jeu d'action/plates-formes de qualité qui tient une place à part dans la ludothèque de l'Amiga, et tout amoureux de cette machine ne peut que s'en souvenir. La plupart des adaptations sur Amiga des succès de la SuperNES qui sont sortis par la suite (Mr Nutz, Adams Family) sont bien moins réussies et ne font que montrer les limites de la machine. On le recommandera aussi aux amateurs de Shadow of the Beast, dans la mesure où il en égale presque la beauté graphique et sonore, tout en étant beaucoup plus jouable et intéressant.

Si vous désirez tenter l'expérience, il vous faut au moins la version 0.8.17 de WinUAE, mais la 0.8.21 est recommandée (voir page download), car elle élimine les derniers petits bugs d'affichage sur le sprite du héros. Leander a fait l'objet de toute l'attention des développeurs de cet émulateur, afin de répondre à une forte demande qui démontre combien ce jeu est resté dans les mémoires. Il existe deux versions : la version disquettes (3 fichiers ADF), ou la version HD. Cette dernière est disponible sur le site de Amiga in a Box (AIAB). Pour ceux qui ne connaissent pas, AIAB est un ensemble de fichiers de configuration permettant de travailler sous émulation Amiga (avec WinUAE) avec un environnement graphique dont la qualité est équivalente à celle de Windows ou du MacOS. Il est alors possible (entre autres) de simuler la présence de disques durs Amiga et donc d'installer cette version de Leander, qui affranchit le joueur des changements de disquettes. Tout est très bien expliqué sur le site officiel d'AlAB : http://aiab.emuunlim.com

Laurent
(26 février 2002)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
Une reprise d'une des musiques de ce jeu est disponible en mp3 sur la page Gromix :
http://www.grospixels.com/site/remix.php
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